‹ Le Diabète et son traitementChapitre 11 sur 34 · DIABÉTIQUES MAIGRES · texte numérisé non relu

DIABÉTIQUES MAIGRES

Chez les diabétiques maigres, on rencontre assez souvent une sclérose atrophique considérable du pancréas (Lancereaux. La lésion type est celle qui est de nature calculeuse. Dans ces cas, le canal pancréatique est très dilaté, et le tissu glandulaire est transformé plus ou moins complètement en tissu fibreux.

Les calculs du pancréas, bien qu'amen ant l'atrophie du tissu glandulaire, produisent parfois une augmentation du volume de l'organe. Ainsi, dans un cas de diabète rapporté par R. Mackenzie (1) qui se termina par un coma mortel, le pancréas, très augmenté de longueur et d'épaisseur, présentait de nombreuses bosselures. Le canal de Wirsung était inégalement dilaté et rempli, ainsi que les canaux accessoires, de nombreuses concrétions calcaires. A l'examen macroscopique, on ne pouvait reconnaître trace de tissu glandulaire. A l'aide du microscope on n'en put découvrir que quelques îlots, et les cellules glandulaires étaient beaucoup plus petites qu'à l'état normal. Dans ce cas, comme c'est d'ailleurs la règle, les calculs n'avaient pas été diagnostiqués.

L'affection calculeuse du pancréas n'est pas commune (2) : Hansemann en cite 14 cas sur 72 cas de lésions diabétogônes du pancréas (3), mais cette proportion me paraît exceptionnelle ; en tous cas, elle n'est pas en rapport avec ce que j'observe dans la région lyonnaise. J'ai vu, à l'autopsie, bien des scléroses du pancréas et n'en ai pas encore trouvé qui fût d'origine calculeuse.

On doit à Lannois et Lemoine une bonne étude; histologique de la sclérose pancréatique commune, fondée sur l'étude de quatre cas : « Certains lobules sont séparés les uns des autres par des travées de tissu fibreux d'où partent des

(1) Mackenzie (R.), Montréal med. journal, janvier 1898.

(2) L'auteur de Die Erkrankunpen des Pankreas (dans l'Encycl. de Nothnagel, p. 305) évalue à "70 le nombre des cas connus de lithiase pancréatique. Sur ce nombre, il y a 24 cas de diabète ou de glycosurie.

(3) Hansemann, Zeitschrift fUrklinische Medicin, 1804, t. XXVI, p, 191»

DIABÉTIQUES MAir.RKS JS

travées secondaires qui vont découper irrégulièrement le lobule primitif, enserrant, comme dans les mailles d'un filet, un groupe d'acini, ou des acini isolés. Sur les points où la lésion est moins avancée, on voit déjà une sclérose des vaisseaux sanguins qui poussent des prolongements dans l'intérieur du lobule. Les canaux excréteurs, au contraire, ne sont que peu altérés (i). »

Bien que cette sclérose intra-acineuse laisse intacte la plus grande partie de la glande, on ne peut lui dénier une sérieuse valeur pathogénique, car cette forme de sclérose n'ajusqu'ici été observée que dans le diabète. C'est, du moins, l'opinion d'il anse ma nu qui a fait un travail important sur la question (2). C'est aussi celle de Kashara (3), qui a étudié l'état du pancréas chez un grand nombre de sujets.

Outre la sclérose, il faut mentionner, parmi les lésions pancréatiques diabétogènes, l'atrophie simple, sans pancréatite interstitielle. Dans ce cas, il s'agît d'une altération des cellules glandulaires seules. Cette atrophie avec ou sans dégénération graisseuse concomitante, n'est pas rare. Au contraire, la transformation graisseuse totale est exceptionnelle. J'en ai observé un cas : le pancréas, petit, était converti en une masse de graisse et on ne le reconnaissait qu'à sa forme (4).

(I) La^oi^ (.1 I.emuim;. Aiv/iirat de :::JtU'cii<? expérimentale. mi, a. 33.

'2) 1Iansema>3. loc. cit.

,i) Kashaha. Ueber d.i= UÎihI 1 'ltimv..-IjP 'II- Pnukrpiia Wi <<v- Kskuid.KranlihûUm (VirchuvxArchiv, lS9li, lou.o CXLlII.p. 111).

(i) Je crois utile <le donner ici l'indicatif» bililioi;r;i|>l]i.|uu îles principales observations de diabète pun créa tique, qui ont éta publiées postérieurement à mi Revu* çriUtjut lur la

Quant au cancer du pancréas, on ne le rencontre que fort rarement à l'autopsie des cas qui, cliniquement, ont été considérés comme ressortissant au diabète maigre, car, dans l'immense majorité des cas, la symptomatologie du cancer du pancréas, sur laquelle l'attention est fixée depuis les travaux de Bard et Pic, ne ressemble pas à celle du diabète: la glycosurie n'existe pas dans la plupart des cas de cancer du pancréas (1)

question (Revue de médecine, 1892, p. 403). — Eichhorst, Neuritis diabetica (Virch. Ârchiv. 1892 ; tome 127, p. 1); 2 cas d'atrophie du pancréas. — Hadden, Cirrhosis of Pancréas in diabetes(Transaclionsofthepath. Society, tome XLII, p. 184). — Vàugiiàn Harley (British med. journal, 1892, n° 1618). — Tmroloix, Bulletin de la Société anatomique, 1892, p. 238. — Freihan, Diabètes in folge von Pankreassteinen (Berliner kl. Woch. 1893, p. 129), 2 cas. — Obici (Bolletino délie scienzemed., nov. 1893), 1 cas. — Hoppe Seyler (Deutsches Archiv f. kl. Med., 1893, tome LU), 1 cas. — Fleiner (Berliiier kl. \\och. 1894, l or janvier), 2 cas d'atrophie du pancréas, le premier seulement avec un diabète grave. — Schabad (Zeitschrift fur kl. Med., 1894, tome XXIV, p. 108). Un cas de diabète maigre avec dégénération pigmentaire des cellules du pancréas. — Lichtheim. Zur Diagnose der Pankreasatrophie durch Steinbildung (Berl. kl. W., 1894, p. 185), un cas; une portion de la glande était saine. — Lauritzen, Uospit. Tidende 1894. — Dieckhoff, Beitrâge zur path. Anatomie des Pankreas mit besond. Berucksichtigung der Diabetesfrage (Festschrift fur Theodor Thierfelder, Leipzig, 189o. (Statistique importante.) — Williamson (Med. chronicle, 1892 — Lancet, 1894. April 14) et Diabètes mellitus. Edinburgh 1898, p. 140 et suiv. (Statistique très importante). — Mackintosh (Lancet, 1896, oct. 24). Vieux kyste (très probablement du pancréas) chez un diabétique. — Wille, Centralblatt filr innere Medicin, 1897, p. 1052. — Nicolas. Lithiase pancréatique, angio-pancréati te suppurée: sclérose de voisinage; diabète, (Province médicale, 28 janv. 1897). — Jolasse. Un cas de calcul du pancréas avec diabète. Biologische Abtheil. der aerztlichen Vereins Hamburg (Miinchener med. Woch., 1899, p. 161). — Simmonds (id. f id.) Deux cas.

(1) D'après Bard et Pic (Revue de Médecine, 1897), la glycosurie se rencontre seulement dans le quart des cas. — Guillon (Thèse de Paris, 1898 et Gazette hebdomadaire 1898, p. 841) insiste avec raison sur le fait qu'elle manque toujours dans la période cachectique ultime. — Bard et Pic sont d'avis que la glycosurie doit être expliquée, non par la dégénérescence des

Page 1