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Le diabète sucré

Professeur de clinique médicale à P Université de Lyon Correspondant de l’Institut Associé de l’Académie de Médecine , etc.

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Diabète Sucré

Paris, FELIX A LC A .V, éditeur, igog.

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PRÉFACE

La méthode hippocratique, c’est-à-dire l’observation pure, appliquée pendant des siècles, a permis de distinguer des symptômes morbides, de reconnaître comment ils sont habituellement groupés, et de quelle manière évoluent les maladies. — Combinée à un empirisme judicieux, elle a fait réaliser à la médecine d insignes progrès, et procuré à la thérapeutique presque tous ses grands remèdes.

Mais comme l'a remarqué Cl. Bernard, l’observation a un champ d'action limité : elle est incapable de nous révéler la cause intime des maladies. — Des médecins justement célèbres, auxquels il est impossible de refuser une haute intelligence et une rare sagacité, ont observé des diabétiques, pendant dix-huit cents ans, etils ont cru — peut-on leur en faire un reproche? — que le vice organique de leur maladie se trouvait dans le rein.

Pour n'ètre pas abusé par des apparences trompeuses, il faut recourir à une méthode plus pénétrante : partir toujours de l'observation clinique, seule base solide: puis, en s’aidant des lumières de la biologie, s’élever à

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h PRÉFACE

la recherche cl à la détermination aussi exacte que possible de la déviation fonctionnelle.

Cette méthode a un défaut : pour être féconde, elle exige que nos connaissances biologiques soient non seulement exactes, mais encore suffisamment étendues. On n’a pu la mettre à profit dans l’élude des maladies nerveuses que lorsque la physiologie du système nerveux a été assez avancée; et, pour l’appliquer au diabète, Cl. Bernard a dû, préalablement, étudier la glycémie, découvrir la glycogénie hépatique, cl l'influence que le système nerveux exerce sur elle.

Encore ces grandes découvertes qui, dans leur temps, passionnèrent les médecins, ne lui ont-elles pas fourni une base suffisamment large, puisqu’il n’a pu, malgré son génie, proposer une théorie satisfaisante du diabète, et une thérapeutique utile.

Après le labeur accompli dans ces derniers temps, qui nous a dévoilé, en partie, le mystère des sécrétions internes, la diminution de laglycolyse chez le diabétique, depuis longtemps soutenue par le professeur Bouchard, et un certain nombre de faits relatifs au métabolisme des hydrates de carbone, il semblera peut-être permis de tenter à nouveau une synthèse du diabète. — J’ai fidèlement suivi la méthode de Cl. Bernard, et, à son exemple, étudié soigneusement la glycémie. Avec M. Boulud, j’ai trouvé que ce qu’on a appelé jusqu’ici « le sucre du sang » ne représente pas la moitié de sa quantité totale, attendu que la plus grande partie est à l’état de combinaison, plus ou moins solide suivant les circonstances,

PRÉFACE

ni

— qui le dissimule à tous nos réactifs, mais dont il se dégage spontanément dans le torrent circulatoire pour les besoins de la glycolyse fonctionnelle. — C’est donc un sucre immédiatement disponible, quoique non apparent, d'où le nom de sucre virtuel. On ne peut lui refuser une réelle importance biologique.

Quant à l’autre partie, celle que l'on connaît depuis Cl. Bernard, elle n'est pas non plus tout à fait libre; car elle ne dialyse point. L étal de combinaison lâche, dans lequel elle se trouve, explique en grande partie, et indépendamment de l’état du rein, le défaut de parallélisme entre l’hyperglycémie et la glycosurie.

On trouvera aussi dans cet ouvrage quelques précisions sur la glycogénie, si fouillée dans ces dernières années et sur la glycolyse, que nos derniers travaux sur le sucre virtuel ont transformée. — J’ai longuement traité des glycosuries, parce que chacune d’elles ayant, en quelque sorte, sa pathogénie propre, son étude jette des clartés sur certaines variétés de diabète. La glycosurie phlorizique est particulièrement suggestive. On l’a considérée comme une curiosité expérimentale, sans analogie avec le diabète de l’homme, .le ne partage pas cette manière de voir : ses rapports avec certains diabètes consomptifs justifient l’analyse attentive de son mécanisme.

Le diabète pancréatique du chien est également instructif, bien que, contrairement à ce qu'on a supposé, il soit en réalité un peu spécial, et n’ait que rarement son analogue dans la pathologie humaine.

PRKFACK

Aiusi éclairé par les lumières de la physiologie el de l’expérimentation, le lecteur pourra mieux sonder les obscurités que présentent les états morbides si divers qu’on a englobés sous le nom de diabète sucré, type provisoire, qui n'est pas plus une maladie que l’ hémorragie, et que l’on démembrera dès qu’on saura bien distinguer les éléments morbides qui le constituent.

Au point de vue pratique je me suis attaché à montrer qu’en général, et quand il n’est pas compliqué d’acétonémiegrave, le diabète est guérissable, à la condition toutefois que, comme la tuberculose, on le traite hygiéniquement, médicalement, et, — pourquoi ne pas l’avouer? — empiriquement. Vu l'étal imparfait de nos connaissances je trouve qu’on a trop systématisé le traitement du diabète. Il ne faut être dupe — ni des théories, car elles sont essentiellement provisoires, — ni des analyses chimiques des aliments, car leur précision n’est qu’apparente : À quoi nous sert de connaître la quantité globale des hydrates de carbone de tel fruit, alors qu’une bonne part est mieux utilisée que le glycose? Et quel est l’avantage d’être fixé en milligrammes sur la teneur en azote de tel aliment, quand on sait que les albumines sont foncièrement différentes les unes des autres?

Les faits nouveaux exposés dans cet ouvrage sont le résultat d’un travail de vingt ans. — C’est par dizaines de mille que se chiffrent les dosages de sucre du sang faits dans mon laboratoire, à l’aide des méthodes les plus précises, par mes chefs de laboratoire, MM. Porteret,

PRÉFACE

Barrai, Métroz, Martz et Boulud. — .le leur adresse à tous mes remerciements sincères; mais à deux d’entre eux je dois une mention spéciale : c’est avec M. Barrai que j'ai commencé l’étude de la glycolyse; avec M. Boulud j’ai découvert le dégagement de sucre dans le sang circulant, et poursuivi la révision de maintes questions difficiles. Il m’est particulièrement agréable de rendre ici hommage à son habileté technique, à sa rare sagacité, et à son zèle infatigable pour la science.

Lyon, le 5 décembre 1008.

TABLE DES CHAPITRES

HISTORIQUE

V' période, avant 1775 \ .

2' période, de 1775 à 1847

3 période, des premiers travaux de Cl. Bernard à sa mort

4'' période, de 1877 à 1889

5* période, de 1889 à 1892

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