INFLUENCE DU SYSTÈME NERVEUX SUR LA GLYCOGÉNIE
Dans son premier mémoire, Cl. Bernard avait noté l’absence de sucre danslefoied un lapin dont les pneumogastriques avaient été sectionnés. Dans le but de produire un effet inverse, c’est-àdire d’exagérer la glycogénie, il eut l’idée de piquer, chez un de -ces animaux, l’origine de ces nerfs dans le bulbe. Une heure après, le lapin était glycosurique.
Cette découverte semblait, au premier abord, confirmer l’hypothèse que I influence nerveuse capable d’exciter la glycogénie hépatique suivait la voie des pneumogastriques ; mais, après la section préalable de ces nerfs, Cl. Bernard constata que la piqûre du bulbe amenait encore l’hyperglycémie et la glycosurie. Elle ne devint inefficace qu’après la section de la moelle à la partie inférieure delà région cervicale, ou supérieure de la région dorsale ‘.
Une nouvelle preuve que l’influx nerveux ne prend pas la voie des pneumogastriques fut donnée par le fait (pie la section de ces nerfs au-dessous du diaphragme ne trouble pas la glycogénie hépatique9.
Ces remarquables expériences furent répétées par divers physiologistes \
1. Cl. Bernard. Leçons de pathologie expérimentale, 1854-55, 20" leçon, t. I et surtout Leçons sur le système nerveux, t. I, p. 444.
2. Cl. Bernard. Leçons de pathologie expérimentale, 1854-55, 17e leçon, t. I, p. 327 et suivantes. — D’après lui le pneumogastrique conduit une influence centripète, partie du poumon et qui redescend par la moelle. — Vulpian (Leçons sur les vaso-moteurs, 11, p. 23-24) considère comme plus vraisemblable que la différence des effets de la section des vagues suivant qu’elle est faite au cou ou au-dessous du diaphragme tient à ce que la première de ces sections, qui sacrifie les nerfs laryngés cardiaques et pulmonaires, est beaucoup plus grave ipie l’autre.
3. Voir notamment: B. Wagner et Schrader. Ueber die Erzeugung der Diabètes bei kaninchen durch Verletzung einer Sicile des verlangesten Markes aufdem Bodcn der 4len Hirnhœhle (Gülting-Nachrichten, 1852, n° 4. — W. Kuehne : Ueber den künstlichen Diabètes bei Frôscher (Inaug. Dissert. Cottingen, 1850. — Bernhardt. Ueber der Zuckerstich bei Vogeln (Yirckou's Archiv, 187*, t. LIX, p. 407). —
GLYCOSURIES D’ORIGINE NERVEUSE
Un d’eux, Schiff1, observa une glycosurie en produisant différentes lésions du système nerveux : 1° de la protubérance, 2° des faisceaux antérieurs delà moelle, dans toute sa hauteur, et même des faisceaux postérieurs.
On savait, depuis ce travail précédemment cité de Cl. Bernard, que l’influx nerveux du bulbe descend dans la moelle J ; mais de celle-ci au foie quelle voie suit-il?
D’après ce physiologiste la section préalable des splanchniques empêcherait la piqûre du plancher du i" ventricule de produire la glycosurie, mais celle-ci persisterait lorsque la section des nerfs est pratiquée après la piqûre. Le premier de ces deux faits n'est d’ailleurs rien moins que eonstnnt; car certains expérimentateurs ont vu que la section seule des splanchniques peut être suivie de glycosurie.
Il résulte des travaux de l'avv ‘ Eckhard *, Cvon et AladofP qu’on peut aussi l’observer après la section (ou l’extirpation du premier ganglion thoracique.
L'intérêt de ce dernier travail réside dans le fait que CI. Bernard n’avait pas réussi à constater la présence de sucre dans les excréments de pigeons qui avaient subi la piqûre du bulbe, et que Bernhardt en a pu démontrer l’existence d’une manière certaine. Ces pigeons étaient depuis longtemps nourris de viande. Il s’était préalablement assuré que dans res conditions d'alimentation les excréments de pigeons sains ne sont jamais sucrés, tandis qu ils peuvent l'être si les animaux sont nourris de grain.
I Schiff. Untersuchungen iiber die Zuckerbildung , etc.. Wurzburg,
2. Cl. Hkhnahd. Leçons sur le système nerveux, t. II. p. 528-551
3. I'avy . Procecdings of the Royal Society of London, vol . X, 1859, p. 27.
4. Eckh.yri). lieilrûye zur Anatomie and Physiologie, Giessen, 1 «09, t. IV, p. t, 1870. I. VII, p 12.
5. Cvox et Aladoff. Die Roile der Xerven bei Erzcugungvon kunstlichen Diabètes {Bulletin de l’Acad. de St-Pétersbourg, 1871. t. XVI, p. 308 Analysé dans le Centralblatt fiirdie medicin. \\ issenschaften. 1872, p. 152 . — Voir aussi Luchanofl ;de Kiew analyse dans le Jahresbericht tle Hofinann et Schnalbe. 1875. partie physiologique, p. 350. — On trouvera des détails sur quelques-uns des travaux précédents dans la thèse de Laffont : Recherches expérimentales sur ta glycosurie v Journal de l'Anatomie et de la Physiologie, 1880, p. 347 .
HISTORIQUE
Par quel mécanisme ces diverses lésions nerveuses peuventelles amener la glycosurie?
D après Scliill, elles auraient pour effet commun de produire une hyperémie des viscères abdominaux, soit par élargissement actif des vaisseaux, consécutivement à une contraction anormale de fibres longitudinales (hypothétiques), soit par élargissement passif, succédant à la paralysie des nerfs vasomoteurs1.
Mais l’hypothèse des fibres longitudinales n’a pas fait fortune. Aussi, dans scs Leçons de 18(16, Schiff ne parle-t-il plus d’hyperémie active; mais possédé par son idée de la production d’un ferment dans le sang, il admet que ce ferment prend naissance dans les cas d'hyperémie passive « étendue à une vaste province du corps », sans que la participation du foie soit nécessaire .
Pour Cl. Bernard l'influence nerveuse agit sur le foie par l’intermédiaire delà circulation2. Est-ce un phénomène d’excitation ou de paralysie? Après beaucoup d’hésitation il incline à penser qu'elle n’est pas le résultat d’une simple paralysie, attendu qu’elle devrait, dans cette hypothèse, persister jusqu’à la cicatrisation complète des fibres nerveuses divisées «tandis qu’elle disparaît habituellement deux jours après l’opération, et quelquefois beaucoup plus tôt. Cela semble venir à l’appui de l’idée qu'il ne s’agirait pas d’une dilatation passive, mais d’une dilatation active des vaisseaux qui se produit alors par excitation spéciale 3 ».
On doità Vulpian d'avoir montré l’insuffisance delà théorie précédente: ayant remarqué que la vascularité du foie ne paraît pas influencée par la section ou l’excitation faradique des splanchniques etdcs pneumogastriques, Vulpian suppose qu’outre des fibres vasomotrices, les nerfs destinés au foie contiennent d’autres libres qui peuvent y influencer les phénomènes dénutrition. Ces fibres