CHEZ LE CHIEN
Pour obtenir la survie des animaux une condition essentielle est de prévenir la mortification du duodénum. Dans ce but, Minkowski pratique, dans une première séance, l’ectopic de la portion descendante du duodénum; dans une seconde séance, l'ablation du reste de l’organe, et, dans une troisième, l'extirpation du fragment ectopié. Cette ingénieuse opération, en trois temps, a été réglée par Hédon de la manière suivante :
La portion descendante du pancréas étant absolument libre dans le mésentère, il suffit de la séparer du reste de la glande, immédiatement au-dessous du canal de Wirsung, par une section transversale entre deux ligatures, et do l’attirer hors de la cavité péritonéale, en respectant le pédicule vasculaire. I. incision de l'abdomen ayant été faite sur la ligne médiane, on décolle la peau à gauche de cette incision, de façon à faire une loge dans laquelle on fixe le morceau de la glande par quelques points au catgut. Le pédicule vasculaire risquant d’être comprimé entre les muscles droits, on prévient ce danger par un petit débridement en travers. De plus, afin d éviter que le suc pancréatique se déverse dans le tissu cellulaire, on fixe par un point de suture la surface sectionnée du pancréas au niveau des lèvres de l’incision cutanée. Pendant les jours suivants, on voit s’écouler de cette fistule un liquide plus ou moins séreux, qui possède les principales propriétés du suc pancréatique.
Quand l’animal est remis de cette première opération, on extirpe le pancréas restant dans l’abdomen, au moyen d une inci-
1 Voir Bocca rdi Lésions chez les animaux privés de pancréas. ( Ilendiconto délie Accad. med. cliirurg. di Mapoli, t. XLIY).
sion longitudinale faite à droite du fragment ectopié, et en évitant de compromettre la vitalité du duodénum par la ligature du tronc pancréalico-duodénal. Dans les cas types, la glycosurie fait défaut. C est le résultat qu’IIédon dit avoir observé 13 fois sur2o.
Un peu plus tard, on extirpe la portion ectopiéc sous la peau, ce qui n’olïre aucune difficulté, et c’est alors (pie se développe la glycosurie.
Dans un bon nombre de cas on n’a même pas besoin de pratiquer cette dernière opération, la portion ectopiée s'atrophiant plus ou moins à la longue. Il suffit donc, parfois, d’attendre un certain temps pour voir se développer un vrai diabète.
D’atrophie progressive du fragment ectopié est d’autant moins surprenante que, souvent, des fragments juxta-duodénaux, laissés en place lors de l’extirpation de la plus grande partie du pancréas, s’ils ont été plus ou moins mâchés entre les mors d’une pince, se sclérosent et linissent par s'atrophier; de sorte que l’on peut observer, après des extirpations très incomplètes du pancréas, l apparition d’un diabète atténué, c’est-à-dire d une glycosurie intermittente, apparaissant après une alimentation riche en hydrates de carbone.
Sandmeyer1 2 a publié avec détails deux expériences de ce genre : chez le premier chien, qui avait conservé environ la neuvième partie de son pancréas, il s’est développé assez promptement un diabète léger, qui augmenta d intensité au bout de trois mois; puis se transforma en diabète grave, et amena la mort deux mois plus tard. Chez le second chien, dont le fragment pancréatique conservé était un peu plus volumineux, la glycosurie débuta sept semaines après l'opération; elle augmenta d’intensité au bout d'un an, et la mort survint huit mois plus tard.
Au lieu de faire, avec l’instrument tranchant, une ablation volontairement incomplète, on peut, à l'exemple de Cl. Bernard, de Schiff, de (dey -, d’Hédon3 4 et de Thiroloix ’*, injecter diverses
1. Sandmeyf.k. Ueber die Folgen der partielier Pankreasexslirpation beim Mande ( Zeitschrift far Biologie , 1895, XXXI, p. 12).