GANGRÈNE SÈCHE CHEZ LE DIABÉTIQUE
La gangrène sèche est, chez les diabétiques, comme chez les non diabétiques, le résultat d'un défaut de sang artériel. On n’a constaté que rarement l'oblitération complète de l'artère principale de la partie gangrenée 1 2 3 * ; mais son rétrécissement plus ou moins prononcé, avec thrombose, est la règle. Parfois il existe aussi des thromboses dans les veines*.
La coexistence du diabète et d’accidents gangréneux a été signalée depuis longtemps 5 ; mais il n’y a guère plus de soixante ans qu’on s’est préoccupé de la relation qui peut les réunir. La
1. L’oblitération complète de l’artère a été trouvée par II Marsh (1854). — Rotais, dans Marchai. (de Calvi), p. 416. — Amiral (Gaz. hebdom.. 1875, n° 20, l,-r cas). — Israël, dans Ghussmaxn, ol»s. 40. p. 05; et ohs. 49, p. 07, etc.
2. Voy Il î i.i>f.br andt. (Deutsche Zeitschrift fiir Chirurgie, 1904. LXXII
3. Pour l’historique des cas anciens, voy. Charcot ; Gazette hebdo-
madaire, 1801).
COMPLICATIONS DU DIABÈTE
question a été posée en 18i;j à la Société pathologique, de Dublin et résolue affirmativement quelques années plus tard par Marchai (deCalvi), Hodgkin, etc. Ces auteurs ont cru que le diabète était, ipso facto , la cause de la gangrène. L’examen attentif des faits ne permet pas d’accepter aujourd’hui celte opinion ; et, comme je le disais plus haut, la coexistence d’une oblitération artérielle plus ou moins complète est la règle dans la gangrène diabétique . D’autre part, l’influence de la dyscrasie est prouvée par le fait que la gangrène sèche peut se manifester chez les diabétiques à un Age moins avancé que chez les non diabétiques ’, et que, chez les premiers, clic est plus fréquente et plus grave. La gangrène sèche est plus commune chez les diabétiques alcooliques que chez les tempérants. Ce fait montre l’influence adjuvante de l’alcoolisme.
Evolution de la gangrène — Dans la majorité des cas, la maladie débute par un pied. Elle s’accompagne des symptômes ordinaires de la gangrène, fourmillements, douleurs, changement
1. Carmichael, Adams et Marsh. ( Dublin (Juarterlg Journal , 1846).
2. Marchai, (de Calvi). ( Gazette des hôpitaux , 15 avril 1852). — .Marchai.. Remarques historiques sur la gangrène diabétique [Union médicale, 1861, t. XI, p. 164, 193. 226,258 et 294). — Marchai.. ( Recherches sur les accidents diabétiques, Paris, 1864). — Hodukin ( Société harveienne , 1854, et Dublin Hospital Gazette, 1858). — Dionisdes Carrières ( Moniteur des hôpitaux, 1857). — Fauconneau-Dufresne ( Union médicale, 1858 et 1859, etc.).
On remarquera que, dans la plupart des publications précédentes, la gangrène humide est à tort confondue avec la gangrène sèche.
3. Un homme de soixante-neuf ans. qui ne se savait pas diabétique, fait une promenade de quelques heures. Quatre jours après, il est apporté dans mon service avec une gangrène d’une partie de la peau du pied, et il succomba le lendemain à une complication pulmonaire. L’urine renfermait, par litre. 50 grammes de sucre et 15 grammes d’urée. A l’autopsie, j’ai trouvé une oblitération complète de la tibiale antérieure par un caillot récent siégeant aii niveau d une plaque d’athérome qui rétrécissait l’artère.
4. D'après IIilderrand, l’âge moyen de 15 sujets atteints de gangrène diabétique était de cinquante-quatre ans, tandis qu’il était de soixante-six ans chez 19 sujets atteints de gangrène sénile (Hii.deiirand (Zcitscli. fur Chirurgie, 1904, LXXII).
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do coloration, insensibilité et refroidissement de la peau, absence de battements artériels, etc. D'après Maurice Raynaud, la gangrène diabétique se développerait surtout en surface 1 ; j’ai noté, en effet, celle particularité dans quelques autopsies, mais elle est loin d’être constante et n’est point spéciale à la gangrène diabétique.
On voit parfois la gangrène rester très limitée, et, ce qui est plus rare encore, les parties menacées de gangrène reprendre en apparence leur vitalité. Mais cette amélioration n’autorise pas à croire que tout danger est écarté ; les rechutes sont fréquentes, et la gangrène devient souvent définitive après une rémission trompeuse.
Les deux terminaisons les plus habituelles sont les suivantes :
1° La gangrène se limite, et le malade guérit, ou meurt après une intervention chirurgicale qui l’a débarrassé de la portion mortifiée ;
2 " La gangrène sèche, faute d’une asepsie suffisante, se complique de phlegmon, accident redoutable que nous étudierons dans un des chapitres suivants.