‹ Le diable à Paris (volume 2)Chapitre 60 sur 143 · I.e Siiioe · texte numérisé non relu

I.e Siiioe

Qiulilt'v* i'x:;!<-e« : 5 piedt S paiire*

et de4 mollels.

Drpulo ronsfrTah'iir.

Pliy«iqiic simpli', mai? »ani

lu liomiiio qui pont ■^p iiiArii-r, et rf'ter u'ar^'on.

Prol.'gc pjr une d;inMDse.

Jeune pr.MniÏTC hor» d'îgr.

Madame hmile,

poff Ici Vierges et tout ce qui roncerno

•on élAl. 4 fr. U «eance.^

Jarrets de quiote milU francs.

BERTALL

hi MadiliM^ic, — IVla àc>* Wouliîvard».

HISTOIRE £T PllYSiaLOGIE

BOULEVARDS DE PAFUS.

— UE LA MAOELEIMv A LA BASTILLE.

Toute rapilale a son pociiic où elle s'exprime, où elle se résume, où elle est plus particulièrement elle-nu'ïTie< Les Boulevards sont aujourd'hui pour l*ans ce f[ue fut le Cirand Canal à Venise, ce quest la (lorsia dei Servi h Milan, le Corso à Borne, lu l*i^rs[M*clive n Pêli^rsbuurg {iuiita- Hon des Boulevards), Sous les Tilleuls k Berlin, le Bois de La Haye en Hollande, Kegenl-Slreet h Londres, le Graben ii Vienne, la porte du StïleiJ à Madrid* De tous ces cœurs de cités, nul n*est conipartible aux Boulevards de Paris. Le Craben, à peine Um^ comme le plus petit de nos Boulevards, ressenihïe aune bourgeoise endimancliée. Sons les Tillnulsest aussi morne que le tx)ulcvard du l*ont-anx-Cboux ; il a Tair d'un mail de province, elctï m menée par des htMelsqui ressemblent à des prisons d'Etat. La Perspective ne ressemble à nos Boulevards que comme le sirass ressemble au diamant, il y manque ce vivifiant soleil de TAme, la liberté... de se moquer de tout qui distingue les flâneurs parisiens. Les usages du pays enjpéclienl d*y causer trois ou de s*atlronper à la nioimlre elienùnée qui fume Irop. I^jdin le soir, si beau, si a^aeanl a Paris, fait laillîtc à la PerspecHve; tt. it

mais les édifices y sont étranges, el si F Art ne doit pas se préoccuper de la matière employée, un écrivain impartial avouera que la décoration architectni^ale peut en certains endroits disputer la palme aux Boulevards.

Lu Pi?r«|M»rliTc, i Pélersboarfr.

Mais toujours des uniformes, des plumes de coq et des manteaux! mais pas un groupe où se fasse le petit journal! mais rien d'imprévu, ni filles de joie ni joie. Les guenilles du peuple y sont sans variété. Le peuple, c'est toujours la mt^me peau de mouton qui marche ! A Regent-Street aussi, toujours le même Anglais et le même habit noir, ou le même macintosh ! A Pétersbourg, le rire se fige sur les lèvres ; mais, à Londres, Tennui les ouvre in cessamment de la façon la moins agréable. Entre Londres et Pétersbourg, tout le monde préférera les glaces de la nature à celle des figures. A la Perspective, il n'y a qu'un czar; à Londres, autant de lords autant de czars; c'est trop. Le Grand Canal est un cadavre, le Bois de La Haye n'est qu*une vaste guinguette de riches, et la Corsia d(M Servi, n'en déplaise à l'Autriche, est meublée de trop d'espions pour être elle-même; tandis qu'à Paris!... Oh ! à Paris, là est la liberté de l'intelligence, là est la vie ! une vie étrange el féconde, une vie cx)mmunicative, une vie chaude, une vie de lézard et une vie de soleil, une vie artiste et une vie amusante, une vie à contrastes. I^ Boulevard, qui ne se ressemble jamais à lui-même, ressent toutes les secousses de Paris : il a ses heures de mélancolie et ses heures de gaieté, ses heures désertes et ses heures tumultueuses, ses heures chastes et ses heures honteuses. A sept heures du matin, pas un pied n'y fait retentir la dalle, pas un roulis de voiture n'y agace le pavé. Le Boulevard s'éveille tout au plus à huit heures au bruit de quelques cabriolets, sous la pesante démarche de rares porteurs chargés, aux cris de quelques ouvriers en blouse allant à leurs chantiers. Pas une persienne ne bouge, les boutiques sont fermées comme des huîtres. C'est un spectacle inconnu de bien

des Parisiens qui croient le Boulevard toujours parc, de même qu ils croient, ainsi que le croit leur critique favori, les homards nés rouges. A neuf heures, le Boulevard se lave les pieds sur toute la ligne, ses boutiques ouvrent les yeux en montrant un affreux désordre intérieur. Quelques moments aprtXs, il est affairé comme une grisette, quelques paletots intrigants sillonnent ses trottoirs. Vers onze heures, les cabriolets courent aux procès» aux payements, aux avoués, aux notaires, voiturant des faillites en bourgeon, des quarts d'agent de change, des transactions, des intrigues à figures pensives, des bonheurs endormis à redingotes boutonnées, des tailleurs, des chemisiers, enfin le monde matinal et affairé de Paris. Le Boulevard a faim vers midi, on y déjeune, les boursiers arrivent. Enfin, de deux heures h cinq heures, sa vie atteint à Tapogée, il donne sa grande représentation GRATIS. Ses trois mille boutiques scintillent, et le grand poème de l'étalage chante ses strophes de couleurs depuis la Madeleine jusqu'à la porte Saint-Denis. Artistes sans le savoir, les passants vous jouent le chœur de la tragédie antique : ils rient, ils aiment, ils pleurent, ils sourient, ils songent creux! ils vont comme des ombres ou comme des feux follets !... On ne fait pas deux boulevards sans rencontrer un ami ou un ennemi, un original qui prête à rire ou à penser, un pauvre qui cherche un sou, un

vaudevilliste qui cherche un sujet, aussi indigents mais plus riches l'un que l'autre. C'est là qu'on observe la comédie de l'habit. Autant d'hommes.

Oi LE TIKOm DU DIABLE.

aillant d'habils différents; et autant d'habits, autant de caractères! Par les belles journées , les femmes se montrent, mais Sims toilette. Les toilettes aujourd'hui vont dans Tavenue des Champs-Elysées ou au Bois. Les femmes comme il faut qui se promènent sur les boulevards n'ont que des fantaisies à contenter, s amusent à marchander; elles passent vile et sans reconnaître personne.

La vie de Paris, sa physionomie, a été, en 1500, rue Saint-Antoine; en 1600, à la place Royale; ^"^51 en 1700, au pont Neuf; en 1800, au Palais-Royjil. Tous ces endroits ont été tour à tour les Boulevards!... La terre a été passionnée là, comme Tasphalte Test aujourd'hui sous les pieds des boursiers, au perron de Torloni. Enfin, le Boulevard a eu ses destinées lui-même. Le Boulevard ne fit pressentir ce qu'il serait un jour qu'en 1800. De la rue du Faubourg-du-Templc h la rue Chariot où grouillait tout Paris, sa vie s'est transportée en 1815 au boulevard du Panorama. En 1820, elle s'est fixée au boulevard dit de Gand, et maintenant elle tend à remonter de là vers la Madeleine. En 1860, le cœur de Paris sera de la rue de la Paix à la .place de la Concorde. Ces déplacements de la vie parisienne s'expliquent. En 1500, la cour était au château des Tournelles, sous la protection de la Bastille. En 1600, l'aristocratie demeurait à la fameuse place Royale, chantée par Corneille, comme quelque jour on chantera les Boulevards. La cour allait alors tantôt à Saint-Germain, tantôt à Fontainebleau, tantôt à Blois; le Louvre n'était pas le dernier mot de la Royauté. Quand Louis XIV décida Versailles, le pont Neuf devint la grande artère par où toute la ville passa pour aller d'une rive à l'autre. En 1800, il n'y avait plus de centre, on cherchait Tamusement où il se faisait: les spectacles de Paris se trouvaient sur le boulevard du Temple, le boulevard du Temple fut donc toute la ville, et Désaugiers le célébra par sa fameuse chanson. Les Boulevards n'étaient alors qu'une route royale de première classe qui menait au plaisir, car on sait ce que fut le Cadran-Bleu!... Les Bourbons, en 1815, ayant mis l'activité de la France à hi Chambre, les Boulevards devinrent le grand chemin de toute la cité. Ni'amnoins, la splendeur du Boulevard n'a monté vers son apogée

qif à partir de 1830 environ. Chose étrange, ce fut le côté nord qui eut la vogue; les Parisiens s'obstinaient à ne passer que sur cette ligne. La ligne méridionale, sans passants, partant sans valeur, voyait ses boutiques sans preneurs et sans chalands, livrées à des con)merces sans luxe ni dignité. Celte bizarrerie avait encore sa cause. Paris vivait alors tout entier entre la ligne nord et les quais. En quinze ans, un second Paris s'est construit entre les collines de Montmartre et la ligne du midi. Dès lors, les deux lignes ont rivalisé d'élégance et se sont disputé les promeneurs.

L'histoire du Boulevard, comme celle des empires, offre des commencements mesquins. Quel Parisien, s'il est quadragénaire, ne se souvient encore de la barbarie municipale qui laissa pendant si longtemps à l'entrée de chaque boulevard, des poteaux dans lesquels se donnaient des femmes enceintes, des jeunes gens distraits dont les yeux occupés ne leur permettaient pas d'apercevoir ce poteau sur lequel on s'empalait l'abdomen? Il n'y avait pas moins de mille accidents graves par an, et l'on en riait!... Le maintien barbare et stupide de ces poteaux, pendant trente ans, explique l'administration française, et surtout celle de la ville de P^rris, la moins habile, la plus gaspilleuse, et la moins imaginative de toutes. I^es Boulevards furent un cloaque impraticable par les temps de pluie. Enfin, l'Auvei^nat Chabrol entreprit son dallage mesquin en pierre de Volvic. Autre trait du caractère municipal I On fit venir du fond de l'Auvergne des dalles volcaniques, poreuses, sans durée, quand la Seine pouvait amener du granit des côtes de l'Océan. Ce progrès fut salué par les Parisiens comme un bienfait, quoique le bienfait ne permit pas à trois personnes de se rencontrer.

Encore aujourd'hui bien des améliorations sont attendues. La voie des Boulevards devrait être d'un asphalte égal, et ne pas être entremêlée de dalles et d'asphalte, car on pense aussi par les pieds à Paris, et ce changement dans le tillac cahote la tête. Le pavage de la chaussée devrait être établi richement, coquettement, dans le genre de l'essai fait rue Montmartre. Enfin, le terrain devrait être égalisé d'un bout à l'autre, et la porte Saint-Denis désobstniée. Mais les Boulevards ne seront dignes de Paris qu'après un changement radical dans les constructions riveraines, quand on pourra s'y promener à couvert aussi bien qu'à découvert, sans avoir à craindre ou la grillade ou la pluie. La reconstruction des maisons serait d'une cherté qui la rend impos-

sible; mais on obtiendrait d'excellents résultats par des halcons en saillie et continus. (Voir Ce qui disparaît de Paris.) Et pourquoi ne ferait-on pas murmurer, au bas de chaque allée, un limpide ruisseau, de la place de la Concorde à la place de la Bastille? Quels arbres! quelle végétation que celle des Boulevards aujourd'hui!... N'aurait-on élevé Teau de la Seine au quai de Billy que pour la reverser dans la Seine au pont Louis XVI, en la faisant passer par des corps de sirènes ? ce serait un enfantillage ou un mythe. Tels qu'ils sont néanmoins, en aucun temps, chez aucune nation, il n'a existé de points de vue, ni de promenades, ni de spectacles, pareils à ceux que présentent les Boulevards depuis le pont d'Austerlitz, au bout duquel est le Jardin des Plantes, jusqu'à la Madeleine, au bout de laquelle sont la place de la Concorde et les Champs-Elysées.

Maintenant prenons notre vol comme si nous étions en omnibus, et suivons ce fleuve, cette seconde Seine sèche, étudions-en la physionomie... De la Madeleine à la rue Caumartin, on ne flâne pas. C'est un passage dominé par notre imitation du Parthénon, grande et belle chose, quoi qu'on dise, mais gâtée par les infâmes sculptures de café qui déshonorent les frises latérales. La rue parallèle au Boulevard, du côté du midi, éloigne les passants des boutiques, et les constructions sur la ligne gauche ne sont entreprises que depuis un an. Aussi le Boulevard, dans cette partie, attend-il ses destinées de l'avenir; elles seront brillantes, surtout si l'on supprime la rue méridionale. Jusqu'à la transformation prochaine du Ministère des Affaires étrangères en maisons à boutiques, toute cette zone est sacrifiée. On y passe, on ne s'y promène pas. Cette partie est sans animation , quoique le passant soit généralement bien mis, élégant et riche. C'est le passage le plus dangereux : cinq rues y débouchent . C'est le passage le plus glissant : le Ministère des Affaires étrangères est là. Voilà peut-être la raison qui fait que personne ne reste sur ce boulevard; la politique déteint sur la locomotion ; mais on va supprimer la politique. Tant que la rue Basse-du-Rempart, la dernière des rues basses, existera, ce boulevard n'aura ni gaieté, ni caractère, ni flâneurs, ni vente conséquemment. 0 propriétaires, sachez semer les cents mille francs qui donnent les millions ! En cet endroit. Le flâneur se sait trop vu ; le Parisien n^aime pas à ce que les maisons lui disent si insolemment qu'il est là pour les menus plaisirs des premiers étages.

LES BOULEVARDS m: WWUS La maison qtii fait langle de la me Catiiiiarth o^i une des niaisoiis les plus r4'^Ièhres (hi tiixtuii- , ïièiiie sieelc; UKidemoiselie Giiiumrd lliabila jus- [ |

qu'au niomeiit d alk^r oecuper son hôtel rue de ta Chaussée-d*Antin. On y voit encore les attributs de Topera sculptés sur le pavillon arrondi qui (liil laufjîle de la rue* Ce sera démoli quelque jour, comme la maison de Lulli, située aussi a un angle, celui tie la rue Neuve-dcs-I*etits-Cliauips et de la rue Sainte-Anne, et ou il a signé son nom par des sculptures parmi lesquelles se voit, sous forme de lyre, le viokm qui tU s;i fortune,

A ta rue de la Paix, tout change» le passant ahonde. Autrefois le Boulevard Unissait réel Icni eut là- Tout ï^aris débouchait par la rue de la Paix pour aller aux Tuileries. La rue de la Paix est la lutirre antagoniste de la rue Richelieu, ce sera la rue Sainl-Denis moderne. Des que vous avez passé ce point, vous atteignez au cœur du Paris actuel, qui palpite entre la rue de la Chaussée-dWntin et la rue dn Faubourg- Montmailre. Là commencent ces édiiices bizarres et nierveilieiïx qui tous sont un conte fantastique ou cpielque page des Mille et une Nuits. D'abord, le pavillon de Hanovre et la grande maison qui lui fait face, bâtie par Simon pour ^jter la vue des jardins au mare* chai deUichelieu. Tout l*aria passe par là sans se douter qu il y eut un procès de vingt ans, perdu par le maréchal, et l on croit au règne du bon plaisir dans un temps où le roi lui-même succonil>ail en plein parlement î Puis les Bains Chinois, Tune des plus grandes audaces commerciales, une annonce d'un million, une réclame éternelle, et, chose étrange! faite sous TËmpire.

Ufl^iHiM tltf Lulli'.

B4in« C.hinoit.

ÎH»

LR TIUOIR DU DIABLE.

Cafe d« Pari«. — Rue T«iU>oat. — TortoDÏ. — Maison Durén. — Rue ]

Si les beaux et curieux édifices, comme la maison Dorée, comme celle du Grand balcon, qui meublent les Boulevards n'étaient pas entremêlés de sales et ignobles constructions plâtreuses, sans goût, sans décor, les Boulevards pourraient lutter, comme fantaisie d*architecture, avec le grand canal de Venise.

.girafe

Haiion du Grand balcon. Entrce de la rue Grange-Batelière.

Regardez bien l'entrée de la rue Grange-Batelière, bordée à chaque encoignure d'édifices sans grandeur ni caractère, au milieu de tant de splendeurs I Croiriez-vous que Tune de ces maisons soit celle du Jockey-Club? ne trouvez-vous pas étrange que ses membres, aussi riches qu'élégants, n'aient pas eu la pensée nationale de lutter avec les clubs de Londres, dont la magnificence dépasse celle des rois? C'est à un ancien tapissier, devenu par vocation architecte, que l'on doit la fameuse maison Dorée I Eh bien ! de l'autre côté du Boulevard, c'est au célèbre tailleur Buisson que les Boulevards sont redevables de l'immense maison bâtie dans la cour de l'hôtel où tous les joueurs de Paris ont palpité pendant trente-cinq ans! Là fut Frascati, dont le nom est religieusement conservé par un café,

98 m TIROIR DU DIABLE.

Une fois que vous avez mis le pied là, votre journée est perdue, si vous êtes homme de pensée. C*est un rêve d'or et d*une distraction invincible. On est à la fois seul et eu compagnie. Lesgravureâ des marchands d'estampes, lés spectacles du jour, les friandises des cafés, lés bril-^ lants des bijoutiers, tout vous grise et vous surexcite. Toute la haute et fine

marchandise de Paris est là : bijoux, étoffes, gravures, librairie. Le préfet de police devrait interdire aux pauvres de passer par là, car ils doivent vouloir procéder immédiatement à la loi agraire. La lorette débouche infailliblement par les quatre

à cinq lignes qui mènent aux rues qu'elle affectionne; et, tout à coup, le penseur est comme un chasseur lisant Horace qui vœt filer devant lui dés compagnies de perdrix ! On sait s'y rencontrer, les rendez- vous s'y donnent. On sort du champ

de bataille de la Bourse pour aller aux restaurants, en passant d'une digestion à une autre. Tortoni n'estil pas à la fois la préface et le déiloùment de la Bourse? Les clubs de Paris sont là presque tous, les artistes fameux.

les illustres richards; TOpéra et ses mille pieds y passent à tout moment; les cafés y sont d'une splendeur fabuleuse. Dix théâtres, y compris celui de Comte, rayonnent aux environs. Ce point de Paris a tué le Palais-Royal. On s'y croit riche, enfin on peut s'y croire spirituel en frôlant sans cesse des gens d'esprit. Il y roule tant d'équipages, que, par moments, on ne s'y croit plus à pied. Ce mouvement vertigineux vous gagne ; il est dangereux de res-

ter là, sans une causerie ou une pensée inléressante. Voilà ce qui fait qu'on est plus heureux à Paris avec cent louis de rente, qu'à Londres avec cinquante millions de fortune , et à Pétersbourg avec cinquante mille paysans de rente. A partir de la rue Montmartre jusqu'à la rue Saint-Denis, la physionomie'du Boulevard change entièrement, malgré des constructions qui

Aneiui bôlel Uf nag*. Maison il« Pont d« fer. Bastr Bonn»-Non«ellc.

ne manquent pas de caractère, et parmi lesquelles on remarque tout d'abord le magnifique hôtel Lagrange, où logent maintenant les tapis d'Aubus-

son. On a vainement bâti la maison babylonienne du pont de fer qui s'est donné le tort d'être en plâtre; le Gymnase y montre vainement sa petite façade coquette; plus loin, le bazar Bonne-

Théâtre doGjoinaM

dramaliqoa.

Nouvelle, aussi beau qu'un palais vénitien , est en vain sorti de terre comme au coup de baguette d'une fée :

tout cela, peines perdues ! . . .

Il n'y a plus d'élégance chez les passants, les belles robes

y sont comme dépaysées; l'artiste, le lion, ne s'aventurent plus dans ces . parages. Les masses inélégantes et provinciales, commerciales et mai chaussées, des rues Saint-Denis, des faubourgs du Temple, de la rue Saint - Martin , arrivent; les vieux propriétaires, les bourgeois retirés se montrent ; et c'est tout un autre monde I . . .

Le même phénomène a lieu d'ailleurs à Pétersbourg, où la

vie de la Perspective est concentrée entre la Horskaia et le palais d'Anikoff.

A Paris, un seul boulevard d1nter\'alle produit ce changement total. Les

boutiques n'ont plus cette audace dans le décor, ce luxe dans les détails,

reUe richesse d'tHalagf, qui poélisml les Boulevards entre liinif^fle ta Paix ot là nie MùiitJimrlre* Les rnarchaïKlises sunl loiil auii'os, relîronlée boutique h vingl'CiîK| sous étale ses produiLs éphémères, Ilniaginalioii n a plus ces sliiiiulaiits si prodifjjiiés quelques pas (dus loiu. Ce eontrasle est si frappant que Tespril s'en resserit ; les idées ne sont plus les mêmes, on ïttisse ses pièces de eenl sous tranquilles dans sa poche, i|uaud on en a.

mm

Mais si vous allez jusqu^a la porïe Sjiint-Denis, que le conseil municipal

essaie (le déga^çer depuis viugl ans sans y jiarvenir, oh ! alors, malgré Taspect

original de ce vaste Lassin, il prend envie aux pieds

de relouruer quand la nécessité d'une affaire vous

oblige à vous aveniurer diuis

ces parages. CelHuilevard of-

!'l fre une variélé de blouses,

i dlîaliils déchii'és, depavsaus,

I d'ouvriers, de cliarroltes, de

^ peuple eidin, qui fait d*une |1| fcf tl

' toiletie iru peu propre une

dissonance choquante , un

scandale Irt «s- rem arqué.

Vous retrouvez là rioepiie de la vitk.% elle brille en plein soleîL A dix

pieds de la porte Saint-Denis, on liùsse depuis cinquante ans une fontaim*

uniquemenl destinée à vendre de Feau. C'est un affreux lîî^V&k^. infranchissable par tous les temps, qui fiait de la crotte à vingt mètres à \i i^nde,

ot qui déshonore ce coin. Pourquoi? je défie cent conseils municii>aux de Pexpliquer» de le justifier. Ce boulevard fut toujours une sentine ignoble. On y a laissé subsister pendant cent ans un petit mur d'un mètre de hauteur, qui séparait une rue basse du boulevard. Devant le passage dit du Bois-de-Boulogne, il y avait un petit escalier où la fameuse Guimard se démit le pied en le descendant. Tout Paris fut en rumeur à cette cause. Le petit mur a subsisté, depuis cet accident, encore cinquante ans. Si Lafayette, que le peuple a hué en cet endroit en 1832, en 1* accusant de trahison, s'était enrhumé sous la pompe, elle y aurait gagné cent ans d'existence. Les malheurs causés par les abus consolident, à Paris, les abus. On ne s'appelle pas préfet de la Seine pour rien, il faut en vendre l'eau partout. Mais pourquoi TEau ne se mettrait-elle pas en boutique? manquet-on par là de coins honteux où la ville élèverait d'élégants réservoirs semblables à celui de la rue de l'Arcade?

Voici le côté populaire des Boulevards. A partir du théâtre de la Porte- Saint-Hartni jusqu'au café Turc, le peuple de Paris a tout pris éous su protection. Ainsi le Succès amène au Théâtre non pas des spectateurs, mais toute la nation des faubourgs. Le Château-d'Eau n'a jamais été calomnié par les romanciers populaires ; et, de midi à quatre heures, la scène du caporal et de la payse y est visible tous les jours de beau temps.

Cette zone est enfin le boulevard des Italiens du peuple ; mais elle n'est cela que le soir, car le matin tout y est morne, sans activité, sans vie, sans caractère ; tandis que le soir, c'est effrayant d'animation. Huit théâtres y ap*

104 lE TtliOin DU niARKE

nie Saint-Louis,, lesgreniors craliomlnnce, la calonii*^ dr Juillet, les fossés de la Biistillo, la SalpLirièro, le PanthértiK tout y psI f^antlioso. Yramicnt la fin d» dniine parisien est digne de son conmienrenirnt.

Eîî^

Allez, au grand Irol d*im cheval anglais, de la |>lace de !a Concorde et de la Madeleine au pont d'Austerlilï , vous lirez en un quart d'heure ce poëme de l*aris, depuis Tare de Iriomphe de rÉtoile, ou revivent trois mille soldats Jusqu'au palais oii viveul trois mille folios: depuis le Carde-Meulile jusqu'au Muséum, depuis réchufaud tie Ltniis XVI, cduvcrl par uû caillou d'Égyple, jusqu'au premier eoup rie feu de la Hévolution allumé sous les yeux de Beaumarchais, qui tini le preniier bon mot dix ans avant le promîer coupde fusil; depuis les Toumelles, où naquit le lloî de France, jusqu'à la Chambre, où il est morl sous le roi des Français. Lliistoire de France, tes dernières pages principalement, sont écrilessur les Itou tevanls.

Une concurrence formidable se prëpai-e caiitn' les Boulevards. Aujomdljui les gens distingués se promènent aux Champs-Elysées, dans la contre-allée méridionale; mais la môme imprévoyance qui rend les Bouli'vardsitupi'îilicables en temps de pluie, le temps le plus fréquent a Paris, arrêtera pendant longtemps le succès de hi grande avenue des Champs-Elysées. Ca* veoni cornu les! Tai dit.

MEDITATIONS A LlLE SAINT-DENIS.

El y a des paunes feiniBs mu Ëcboes liéles pour se kkï i l'eau parœ \m bonEiie les pillerai h itominei quelque chose de raiel

Par Gav^hni^

(îmv i^nr |{%ha et QhHnHP

LES «EM DE Muet.

Ceiniurea dorées. — 2.

La petite i la mère

Par Oatamni

Csrmvé |Mir La vieille.

LKf ^Zm^ Dl PARIS.

Ceintures dorées. — 5.

Oo eo a fait bien des folies pour Dorothée I

Par Gavahni.

G rare pitr Dlot.OT.

,\,\iWiil!illliirr-..j.^i,.inirvfAj,i ,.„,,;lll|f^c/*.^

Sol lucet omoitius

ur Gatakni.

r,t.i%ê pir Uaha il Gût\aù

Ml qnV m'eibètel abl ((uï miàî\t\ abl pï m'eibëlelL..

Pat GiVj^RNr.

Gmvv pir Bahà et Oérabt»,

ILKS MHS DK ^Mlf .

Ceintures dorées. — 6.

A éprouvé bien des pertes I

Par tîWARKi.

Oravé par Piaud.

IIq sacrel de poiicliioBle

Pût Ga^ahsi.

Ortf 4 fiT Oaua it G à' Il AU b.

h secrel de pdichiiieile

P4f GAAAPht.

Gfi^ pÊX O^UA • t GfKAftD.

LM eSNê DK ^MIS

Ceiniures dorées. — 8.

Départ pour la chasse.

Par OAVikiivi

Hrayé par Budzilowicii.

Les etm ë)E iparos.

Ceinturée dorées —9.

Ddb feiDiDe i la mode, du Pays latiD.

Par (fAVARNi.

Gravé par Bar A et Grrard.

&.E9 esm DK PAKD9.

Ceintures dorées. — -10.

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