‹ Le diable à Paris (volume 2)Chapitre 92 sur 143 · ARIE · texte numérisé non relu

ARIE

Mais combien me pénètre et m'émeut le sentiment qui n'a permis de tracer là que ce seul nom ! Je voudrais connaître celle qui le portait; et cependant je sais gré à ceux qui me la cachent et n& veulent que Dieu pour

témoin de leur douleur. Était-ce une jeune fille, bonne, douce, aioMuilei qui s'est endormie pour toujours au milieu de rôves de bonheur?... Était-ce une jeune mère enlevée à un époux qui Tadorait et à des enfants qui la pleurent sans comprendre encore ce qu'ils ont perdu?... Oh! sans doute elle veille sur eux !

On a ri de Fépitaphe d'un marchand mercier ainsi terminée :

Sil VEUVE CONTINL'B SON COMMERCE, RUE SAINT-DENIS, 349.

Eh bien ! presque toutes les épitaphes ont à peu près le môme sens, presque toutes sont à l'adresse du public pour le profit ou la vanité des familles.

Autant que la prose et les vers, Tarchitecture ambitieuse me déplatt dans les cimetières : une croix, quelques fleurs, voilà les ornements qui leur conviennent. Entrons-nous dans ces tristes lieux pour y admirer des colonnades, des temples et des statues?

Si les réformes avaient de nos jours plus de chances de succès, j'en pro* poserais une : je demanderais pour tous l'égalité du tombeau.

Les hommes, je le sais, ne sont point égaux : la nature établit d'abord entre leur force physique, leur adresse, leur intelligence, d'incontestables différences, qui, développées ensuite, ou altérées par le travail ou l'inertie, la vertu ou le vice, enfin et surtout par Faction presque irrésistible des institutions et des gouvernements, se perpétuent de race en race et séparent de mille manières les individus. Mais trop souvent Torgucil accompagne le succès ; on se croit tout, parce qu'on est quelque chose, comme si, dans nos sociétés compliquées, les grands rouages pouvaient jouer sans les petits ; et l'on perd de sa valeur réelle à proportion du soin qu'on met à s'isoler de la valeur des autres.

Je voudrais donc que la mort suppléât ce qui manque aux enseignements de la vie, et que, dans nos cimetières, les tombeaux, pareils pour tous, rappelassent aux visiteurs l'inévitable égalité qui nous attend. Ils trouveraient là une haute et sévère leçon.

Élevez des nK)numents aux hommes vraiment grands, vraiment utiles;

LES CIMETIÈRES DE PARIS. Ul

élevez-les sur vos places, aux regards, à Tadmiration, à Témnlation, à la reconnaissance de tous. Ne souffrez pas que For de Tagioteur, du banqueroutier, de la courtisane, puisse édifier, dans dos lieux sacrés, une tombe dont le luxe et Tinscription trompent ou insultent la morale publique.

A Tappui de ces réflexions qu il me soit permis de citer la fable suivante :

LFS DEUX TOMBEAUX

Un Turc, comblé des dons de la forliinc, Visilail «i Stamboul le funèbre séjour Où chncun esl reçu, riche ou jiauvrc, i\ son lour. 11 rcnconlre un jeune homme, à la mise commune,

Priant auprès d'un modesle tombeau :

<« Ah! c*cst là, lui dit-il, le tomlieau de ton pére^

Que je te plains de n*avoir pu mieux faire ! .

Vois celui-ci, comme il est boau !

Mon père, à moi, durt sous cet édifice Où le sombre granit s*unit au marbre blanc ; Et tu |)eux lire, au froulispice.

Son nom, ses titres et son rang.

— Assez, assez, lui répond le jeune homme; Lorsque des Icmps s'accomplira la somme. Au jour de résurrection, Jour où, derant Allah, le méchant et le bon

Paraiironi pour demander grâce, Avani que votre père, au signal entendu. Ait {m se retourner sous cette lourde masse, Le mien au ciel sera rendu. »

S» UiTAIATTX.

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