‹ Le diable à Paris (volume 2)Chapitre 99 sur 143 · I.oiii.-'o-t;r,iii.l · texte numérisé non relu

I.oiii.-'o-t;r,iii.l

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Çest toul un monde* — Vous qui entrer, laissez entrer avec vous Tespi^rancel vous èles dans iine prison d'un jour Là, vous n'enlendez ni le grincement des verrous, ni nn^me le cri du remords. Le remords de lu jïrison pour dettes, c'est tout au plus Je regret, tout au plus le repentir. On pense à ce qu'on a perdu, à ce qu on retrouvera bientôt, on se rappelle les jours de fêtes, les nuits de bal, les chansons, les festins, les belles paroles, les bons vins, le sourire agaçant, le cbeval dans Tarène, la belle dame mollement penchée sur le devant lîe sa loge, et qui semblait dire : liegm^dez-mot\ J'appartiens â ce beau jeiote homme! Tels sont les joyeux recors qui vous mènent à Clichy; le ch^r numéroté qui vous trahie est payé par votre créancier lui-même. Bah! dites-vous, la dette est une bonne fille un peu tigresse qu'il me sera t^icile d'apprivoiser! Que de fois elle m*a montré ses dents et ses fçriffes, et que de fois j'en suis venu à bout par un bon mot, par une promesse en Tair, par un tendre reg<u'd n la femme de mon préleur! La dette me saisit au corps aujourd'hui ; eh bien, û son aisiiî et qu^elle fasse à sa giiîse^ d'ailleurs, j'ai besoin de solitude et de silence* Enfermez-moi,

je le veux bien; j'emporte, pour me consoler, mon poème commencé; et les lettres de Fanny, 01a lionne, partie, on ne sait où, avec mon denier écu et mon dernier cheval I

Ainsi Ton arrive, presque en chantant, dans Télégant déshabillé du ma^ tin, jusqu'à ce pahiîs entre deux jardins, qui longe le parc de Tivoli, ombrages si chers aux vagabondes amours. Facilis deêcensui Averni. Et en eflbt, le soiitier qui conduit à Clichy est des plus belles : doux sentiers semés de fleurs, d*espérances et de folies. Allons, un peu de patience et de courage! Vous souffrez, jeunes gens, mais pour de bonnes causes, pour de. beaux yeux, pour de beaux jours, pour avoir eu, au delà de votre part légitime» votre bonne part dans les sourires des jeunes femmes, dans la mousse pétillante du vin de Champagne, dans le luxe, dans le voyage, dans les plaisirs, dans les diamants, dans le velours ; vous avez mené la vie à grandes guides, on vous demande un instant de repos, quoi de plus utile? quoi de plus juste? et ne trouvez- vous pas aussi quelque ennui à vous promener tous les matins à cheval, à dîner tous les jours au Rocher, à vous amuser tous les soirs au théâtre, à courir le bal toute la nuit? De bonne foi, à ce jeu impitoyable de toutes les heures, voti'e vie entière se f&t perdue, votre jeunesse s'évanouissait déjà ! Donc bénissez la main prévoyante qui voua arrête dans ces prodigalités insensées; votre père lui-même, vous voyant sur cette pente glissante, n'eût pas mieux fait que de vous condamner à quelques mois de diète, de patience, de sagesse et de repos.

Les joyeux captifs! ne les plaignez pas, ils n'ont besoin ni de vos consolations ni de votre pitié. Laissez la fantaisie les entourer de ses prévenances, laissez Timagination changer ces cellules en boudoirs. La plupart du temps Tamitié s'arrête sur ce seuil si peu terrible ; l'amour, au contraire, qui aime les obstacles, franchit soudain ces barreaux et ces grilles ; voyez-les passer, légères comme les Grâces d'Horace au clair de la lune de mai, ces pauvres anges de la rue du Helder. Tendres cœurs! sensibles cœurs! elles ont ruiné, et ruiné sans remords comme sans prévoyance, ces victimes innocentes de la dette ; mais à présent que le jeune homme est en prison, Jes voilà qui lui reviennent plus belles que jamais et plus empressées, l'œil brillant, le sourire à la lèvre, en robe modeste, bien chaussées, bien gantées! Soudain chacun fait place à cette beauté qui passe; on les traite

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