L ÉTÉ DE LA SAINT-MARTIN CONJUGAI
Arrivé a une certaine hauteur dans la latitude ou la longitude do L'océan conjugal, il so déclare un petil mal chronique, intermittent, assez semblable ;i des rages de dent...
Vous m'arrêtez, !<• le vois, pour mr dire:— Coimnenl relèvc-t-on la
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hauteur dans cette mer? Quand un mari peut-il se savoir a ce poinl nauiique; et peut-on en éviter les écueils?
On se trouve là, comprenez-vous, aussi bien après ili\ mois de mariage
qu'après <li\ ans : c'est selon la marche du vaisseau, selon sa voilure, selon la mousson, la force des courants, et surtout selon la composition de l'équipage. Eh bien ! il y a cet avantage que les marins n'ont qu'une manière de prendre le point, tandis que les maris en ont mille de trouver le leur.
Exemple» : Caroline, votre ex-biche, votre ex-trésor, devenue tout bonnement votre femme, s'appuie beaucoup trop sur votre liras en se promenant sur le Boulevard, ou, trouve beaucoup plus distingué de ne plus vous donner le bras ;
Ou, elle voit des hommes plus ou moins jeunes, plus ou moins bien nus, quand autrefois elle ne voyait personne, même quand le Boulevard était noir de cliapeaux et battu par plus de bulles que de bottines ;
Ou, quand vous rentre/, elle dit : « — (le n'est rien, c'est Monsieur'. « au heu de : « — Ali ! c'est Adolphe ! .1 qu'elle disait avec un geste, un regard, un accent qui faisaient penser à ceux qui l'admiraient : Enfin, en voilà une heureuse!
Cette exclamation d'une femme implique deux temps : celui pendant lequel elle est sincère, celui pendant lequel elle est hypocrite avec : « Vh! c'est Adolphe! » Quand elle dil : « Ce n'est rien, c'est Monsieur! » elle ne daigne plus jouer la comédie;
(tu, si unis revenez un peu tard (onze heures, minuit), elle... ronfle!! odieux indice !..
Ou, elle met ses bas devant vous.. .. (Ceci n'arrive qu'une seule fois dans la vie conjugale d'une lady; le lendemain, elle part pour le continent avec un captain quelconque, et ne pense plus à mettre ses bas) ;
Ou... Mais, restons-en là.
Ceci s'adresse à des marins ou maris familiarisés avec la t on» mssaw i des temps.
Kh bien ! sous celte ligne voisine d'un signe tropical sur le nom duquel le bon ^oùt interdit de faire une plaisanterie vulgaire el indigne de ce spirituel ouvrage, il se déclare une horrible petite misère ingénieusement ap—
PHILOSOPHIE DE LA VIE CONJUGALE A PARIS hit
pelée le Taon Conjugal, de tous les cousins, moustiques, taracanes, puces et scorpions, le plus impatientant, en ce qu'aucune moustiquaire n'a pu être inventée pour s'en préserver. Le taon ne pique pas sur-le-champ , il commence à tintinnuler à vos oreilles, et «ou* ne tare: pas encore ce que c'est. Ainsi, à propos de rien, de l'air le plus naturel du monde, Caroline dit : — Madame Deschars avait une bien belle robe hier... — Elle a du goût, répond Adolphe. — C'est son mari qui la lui a donnée, réplique Caroline. — Ali ' — Oui , une robe de quatre cents francs ! Elle a tout ce qui se fait de plus beau en velours... — Quatre cents francs! s'écrie Adolphe en prenant la pose de l'apôtre Thomas. — Mais il y a deux lés de rechange et un corsage...
— Il fait bien les choses, monsieur Deschars! reprend Adolphe en se réfugiant dans la plaisanterie. — Tous les hommes n'ont pas de ces attentions-là , dit Caroline sèchement. — Quelles attentions?. . . — Mais Adolphe. . . penser aux lés de rechange et à un corsage pour faire encore servir la robe quand elle ne sera plus de mise, décolletée....
Adolphe se dit en lui-même : — Caroline veut une robe.
Le pauvre homme!...!...!
Quelque temps après, monsieur Deschars a renouvelé la chambre de sa femme.
Puis monsieur Deschars a fait remonter à la nouvelle mode les diamants de sa femme.
Monsieur Deschars ne sort jamais sans sa femme , ou ne laisse sa femme aller nulle part sans lui donner le bras.
Si vous apportez quoi que ce soit à Caroline, ce n'est jamais aussi bien que ce qu'a l'ait monsieur Deschars.
si unis Min-, permettez le moindre geste, la moindre parole un peu trop vifs; si miiis parlez un peu haut, VOUS en tende/ cette phrase sibilante et vipérine : — Ce n'est pas monsieur Deschars qui se conduirait ainsi! Prends
doue monsieur Deschars pour modèle.
Lutin, monsieur Deschars apparat! dans Mitre ménage a tout moment, et a propos de tout.
Ce mol ; — Vois donc un peu si monsieur Deschars se permet jamais . est une i pee de llauioeles. ou. ce qui est pis, une épingle, et votre amour propre esl la pelote ou votre femme la fourre continuellement, la relire et
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la cefonfre, sous une foule «le prétextes inattendus et variés, en se servant d'ailleurs des termes d'amitié les plus câlins ou avec des façons assez gentilles.
Adolphe, laonné jusqu'à se voir tatoue de piqûres, finit par faire ce qui se fait en lionne police, en gouvernement, en stratégie. (Voyez l'ouvrage de Vauban sur l'attaque et la défense des places fortes.) Il avise madame île Eischtaminel, femme encore jeune, élégante, un peu coquette, et il la pose comme un moxa sur l'épiderme excessivement chatouilleux de Caroline.
0 vous qui vous écriez souvent : — Je ne sais pas ce qu'a ma femme !... vous baiserez cette page de philosophie transcendante, car vous allez y trouver lu clef du caractère île toutes les femmes!... Mais les connaître aussi bien que je les connais, ce ne sera pas les connaître beaucoup, elles ne se connaissent pas elles-mêmes! Enfin, Dieu, vous le savez, s'est trompé sur le compte de la seule qu'il ail eue a gouverner et qu'il avait pris le soin de faire.
('.aniline veut liien piquer Adolphe il toute heure, mais cette faculté de làcher de temps en temps une guêpe au conjoint (tenue judiciaire) est un droit exclusivement réservé a l'épouse. Adolphe devient un monstre s'il détache sur sa femme une seule mouche. De Caroline, c'est de charmantes plaisanteries, un badinage pour égayer la vie a deux, et dicte surtout par les intentions les plus pures; tandis que, d'Adolphe, c'est une cruauté de Caraïbe, une méconnaissance du cœur de sa femme et un plan arrêté de lui causer <\u chagrin.
Ceci n'est rien.
— Vous aimez donc bien madame de Fischtaminel? demande Caroline. Ou a-t-ellc donc dans l'esprit ou dans les manières de si séduisant, celte... araignée-là?
— Mais, Caroline...
— Oh! ne prenez pas la peine de nier ce goûl bizarre, dit-elle en arrêtant une négation sur les lèvres d'Adolphe, il \ a longtemps que je m'aperçois <pie unis me préférez cet... echalas (madame de Eischtaminel csl maigre). Eh bien! allez... muis aurez bientôt reconnu la différence.
Comprenez-vous 1 Vous ne pouvez pas soupçonner Caroline d'avoir le
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moindre goût pour monsieur Deschars, tandis que vous aimez madame de Fischtaminel ! Et alors Caroline redevient spirituelle, vous avez deux taons au lieu d'un.
Le lendemain, elle vous demande en prenant un petit air bon-enfant : — Où en êtes-vous avec madame de Fischtaminel?...
Quand vous sortez, elle vous dit : — Va, mon ami, va prendre les eaux ! Car, dans leur colère contre une rivale, toutes les femmes, même les duchesses, emploient l'invective et s'avancent jusque dans les tropes de la Halle ; elles font alors arme de tout.
Vouloir convaincre Caroline d'erreur et lui prouver que madame Fischtaminel ne vous est de rien, vous coûterait trop cher. C'est une sottise qu'un homme d'esprit ne commet pas dans son ménage : il y perd son pouvoir et il s'y ébrèche.
Oh! Adolphe, tu es arrivé malheureusement à cette saison si ingénieusement nommée l'Eté de la Saint-Martin du mariage. Hélas! il faut, chose délicieuse ! reconquérir ta femme, ta Caroline, la reprendre par la taille et devenir le meilleur des maris en tâchant de deviner ce qui lui plaît, afin de faire a son plaisir au lieu de faire à ta volonté ! Toute la question est là désormais.