DU MONDE A PARIS
ÏT DES GENS DU MONDÇ.
Partout où vous voyez se réunir de vingt 4 i&ux eents personnes qui se se connaissent pas, chez des gens qu'elles ne connaissent guère, et p^tout ou il se dit des choses qui n'intéressent ni celui qui les dit ai ceux qui tes écoutent, par cette bonn^ raison qu'on ne dit à des gens qu'on ne connaît pas que ce qu'on peut dire à tout Le monde, ^^ et (^pi'ii n'y a d'intéressant à entendre que ee qui ne peut être dit à personiM. . .'>— vous voyez c« qu'on nomme le monde à Paris,
Voir le mond«, aller dans le moifiie, bonnes gens qui apparemment n'êtes et ne serez jamais du monde, €e n'est pas courir les rues, ou quitta son village, ou prendre un passeport pour l'étranger, ce n'est pas môme aller chez un ami pour y trouver d'autres amis : c'est aller, avec quelque cérémonie, dmns use maison ûù vous rencontrerez beaucoup de gens dont v^us
seriez obligé de demander les noms si vous teniez à les savoir; encore devez- vous être averti que ces noms, personne, et pas même peut-être le maître de la maison, ne pourrait parfois vous les dire.
Une réunion, quelle qu'elle soit, où se trouveraient tous gens qui se connaîtraient — et qui s'aimeraient, — ne serait point ce qui constitue le monde à Paris.
Une réunion qui a un but, qui a une cause spéciale, n'est pas le monde.
On'' ne dîne pas dans le monde. — On ne va pas dans le monde quand on va à un bal de noce, à une soirée diplomatique, chez un ministre. — On n'est pas dans le monde quand on est aux Tuileries, — au Château^ voulons-nous dire.
On ne va dans le monde qu'à Paris.
On se contente encore en province d'aller où l'on va, au bal ou en soirée chez M. ou madame *". Ce n'est pas le monde qu'on y cherche, c'est la société. Le mot, à coup sûr, est provincial; mais, outre qu'à côté de cet autre mot considérable, — le monde! — il se trouve être modeste , il a l'avantage d'avoir un sens et d'exprinfer ce qu'il veut dire.
A Paris, il y a des réunions, mais pas de société.
Les gens du monde se voient tout un hiver , dans un salon, puis dans un autre; ils se saluent comme on se salue dans le monde, quand, par exemple, on s'est marché sur le pied, quand on quitte sa place pour en prendre une autre, quand on se gêne enfin,
OU quand un accident vous rapproche , ou encore avant et après une partie d'écarté , de whist ou dé bouillotte. — Mais une fois dans la rue, on ne se
connaît plus.
— Vous connaissez monsieur un tel?
— Mon Dieu, non; je Tai vu dans le monde.
Vous avez dansé vingt fois avec la belle madame de C...; vous ne vous êtes pas contenté peut-être de lui dire, comme tout le monde et avec les formules d'usage, qu'il faisait chaud, qu'elle était belle, que sa robe était de velours et ses yeux aussi; mais vous avez touché du bout de vos doigts ses doigts charmants; — vous l'avez tenue plus ou moins dans vos bras, suivant que vous êtes ou que vous n'êtes pas un valseur discret; — soit de plaisir, soit de fatigue, son cœur a battu sur votre cœur ; — vous l'avez regardée de très-près, vos yeux sur ses yeux, de façon à lire jusqu'au fond de son âme, si tant est que vous sachiez lire . . . Vous ne connaissez pas madame de C . . . .
Vous ne la connaissez pas plus que toutes les femmes à côté de qui vous passez sur les boulevards, et madame de C... vous connaît encore moins que vous ne la connaissez. Si vous saluiez madame de C. ., elle en serait offensée, et serait dans son droit.
D'où il suit que — dans le monde — qui peut le plus
ne peut pas le moins, et qu'on n'a pas toujours le droit
— d'être poli.
La jolie chose, la chose sensée, que l'usage I
Est-ce à dire qu'il ne vous sert à rien d'avoir valsé avec madame de C, ., et qu'elle vous aura trouvé impunément un valseur très-fln et un causeur un peu hardi? Non, certes. Si on ne valsait que pour valser, qui valserait ? Mais je vous répète que madame de €..• ne vous connaîtra jamais, ou du moins qu'elle ne vous reconnaîtra jamais : car on peut encore se connaître , mais se reconnaître , non î — Que ditesvous? — Ehl mon cher, vous deviendriez, vous seriez son amant, qu'elle n'aurait jamais pour vous un salut I Que dirait-on d'une femme qui reconnaîtrait — ses valseurs?
Le monde est un lieu où tout est si peu ce que tout devrait y être, que le plus honnête peut ne s'y point trouver à sa place, que le plus honorable peut ne savoir quelle contenance y faire , que le plus spirituel peut y montrer la figure d'un sot. Les sots seuls, ou ks fats, y sont pour de ton à leur aise, — peut-être parce qu'ils y sont en nombre. Nous ne parlons pas des femmes, des jolies femmes surtout, qui sont bien partout, partout où elles sont jolies.
Vous allez dans le monde, vous avez été dans le monde, vous rentrez chez vous; qu'en avez-vous rapporté? — Car enfin tout le monde n'est pas le valseur de madame de C..., quoique madame de G... valse, dit-on, avec beaucoup de monde.
Ah I — vous avez vu madame de Z., la spirituelle et sage madame de Z., la femme de M. le comte
de Z. , son mari, — si renommée pour Texemplaire fldélité qu'elle montre — à M. de R. 1
Mais madame de Z. ne vous a pas vu; mais vous n'êtes ni M. de R., ni môme M. le comte de Z. !
— Quel est ce monsieur à qui vous venez de serrer si tendrement la main ?
Réponse, — C'est B....
— Quoi, B...I
— Que voulez-vous, mon cher? dans le monde... et puis : — Ce B. est un homme dangereux I il a deux journaux; je sais bien que les deux font la paire, mais il écrit ou fait écrire des deux mains, tantôt blanc, tantôt noir, au nom d'une certaine morale qui ne manque jamais de souplesse. Roguesur sa litière et humble sur le tapis des autres , c'est un animal domestique qui se donne les airs d'un sanglier. Il est sot, envieux, laid, méchant, bouflTi, et, par-dessus tout, mal élevé. L'encre versée me fait peur plus que le sang! C'est un homme dont il faut être...
— L'ennemi?
— Non pasi
— Quoi donc?
— L'ami, mon cher I
(Qui donc a osé dire que le monde — « est un mauvais lieu que l'on avoue ? »)
— Et cet autre, que vous venez de me recommander et de me présenter si affectueusement?
— C'est un auditeur au conseil d'État.
— Après?
-— Il a trente mille francs de rente.
— Après ?
— Son père était procureur du roi.
— Mais, mon cher, vous ne me répondez pas; estce un homme bon, digne, honorable, unhonmie qu'on puisse recevoir ?
Réponse. — Il héritera de son oncle, qui est fort riche.
Il y a des gens qui vont dans le monde, c'est-àdire, qui vont se montrer pour n'être pas vus, regarder pour ne pas voir, écouter pour ne rien entendre; qui vont danser pour danser, figurer dans une pastourelle pour faire la figure qu'on fait quand on danse une pastourelle , sans avoir un motif secret, une raison cachée, une raison très-grave; sans céder à une contrainte ou à une passion quelconque, rien que pour faire enfin tout ce que nous venons de dire, et qui, une fois sortis d'un salon, hâtent de leurs vœux l'heure où ils pourront y rentrer! Voilà peut-être les seules gens qu'il convienne d'appeler de ce nom que quelques-uns envient, les gens du monde! Ceux-là, en effet, je dis — qu'ils sont au monde, — qu'ils lui appartiennent, qu'ils méritent leur nom, qu'ils l'ont gagné, qu'il ne leur manque que des gages et une livrée !
Le véritable homme du monde, ai^'ourd'hui, est ou doit être l'homme à tout faire dans une société ;
c'est l'employé aux bouquets, aux contredanses^ aux petits soins, aux éventails, aux voitures, aux châles; il est charmant, il est utile, il est assommant; il a tout pour lui, — voire répingle que vous venez de perdre et le crayon qui vous manque. Vous avez oublié le nom de votre danseur, son rival I conune il sait son nom, il va vous le dire I son rival est sauvé.
Vous n'êtes bon à rien , — vous n'occupez , je ne dis pas aucun emploi, mais aucune place dans le inonde, cependant, si peu que vous puissiez être, il faut que vous soyez quelque chose; vous êtes riche, d'ailleurs, j'en conviens, — vous saluez comme il faut; votre coiffeur vous coiffe deux fois par jour, absolument comme il se coiffe lui-même; votre tailleur vous habille avec goût, et votre maître à danser vous a appris tout ce qu'on peut apprendre d'un maître à d^er; vous savez, en un mot, entrer et sortir d'un salon et^ au besoin, y demeurer :.de plus, les chevaux qui vous attendent à la porte sont passables : — vous êtes un homme du monde.
Et c'est une qualité, à tout prendre , puisque cela vous épargne, jusqu'à un certain point, ou de n'être rien du tout, ou d'être le premier venu.
Je sais qu'on a voulu hausser l'homme du monde et en faire — ce serait peut-être en faire quelque chose — l'homme qui a du savoir-vivre par excellence et de parfaites manières, l'homme bien élevé, et, pour tout dire, le successeur de ces gentilshommes d'un autre temps qui exerçaient sur la cour et sur la ville unvéri-
i62 LE DIABLE A PARIS.
table empire parla seule puissance de leur bon goût et parla seule séduction de leur personne ; mais on a eu tort. Cet homme du monde, s'il existe, est un modèle qui n'a point eu de copie, ou plutôt c'est un idéal, c'est celui qu'on rêve, mais ce n'est pas celui qui est. Qu'on m'en cite un, en effet, un seul, qui ne soit rien autre chose qu'un homme du monde, et qui ait, .par cela seul , cette valeur réelle , cette importance , ce poids qu'avaient jadis quelques-uns de ces grands seigneurs à qui il suffisait véritablement d'être ce qu'ils étaint pour demeurer , en dehors de tout emploi, quelque chose de considérable dans l'État.
Il serait donc peut-être vrai de dire : — « Ou bien qu'il n'y a pas plus d'hommes^du monde de nos jours, dans l'acceptation typique et exclusive de ce mot , qu'il n'y a de grands seigneurs, ceux qui pourraient l'être ayant , pour la plupart, le bon esprit de faire d'eux-mêmes quelque emploi plus utile ; — ou bien que, par ce mot homme du monde j il convient d'entendre seulement celui dont l'unité ajoutée à d'autres unités de son espèce forme cette classe nombreuse de laquelle nous venons de parler, et qu'il faut désigner sous cette rubrique générale — les gens du monde* »
L'esprit dans le monde consistant à parler pour ne rien dire, et cet esprit étant spécialement celui des gens qui n'en ont pas, il s'ensuit que le mondé est un
théâtre où les figurants, les comparses, les troisièmes amoureux, les ténors légers, les débutants et les écoliers semblent, au premier abord, jouer les premiers rôles et tenir toute la scène, — les chefs d'emploi se taisant d'ordinaire, ou se contentant de soufEler leurs doublures, quand ils ne peuvent faire autrement.
La pièce qu'on y joue est donc en apparence toujours la même et de celles qu'on appelle des levers de rideau; mais celui qui ne voit que ce qu'on lui montre, qui ne sait que ce qu'on lui dit, qui ne regarde, comme les enfants , que quand on lui a crié : C'est fait I celui-là n'a jamais rien vu et n*a jamais rien su. En même temps que cette pièce visible, se joue une pièce invisible, et c'est cette pièce invisible qui donne tant d'intérêt, et parfois un si étrange et si puissant intérêt à ces réunions fades et banales qu'on appelle les réunions du monde.
Cette pièce invisible est toute dans les aparté^ dans les coulisses et dans la salle, plutôt que sur la scène; elle est dans un geste, dans un regard, dans le silence. Elle ne se joue pas, elle ne se parle pas, elle se mime peut-être, ou plutôt elle ne se mime pas, elle se pense, elle est muette ; elle est, en un mot, quoiqu'elle soit comme si elle n'était pas. Elle est bouffonne, elle est terrible, elle est admirable I elle serait complète si elle pouvait se jouer; et c'est pour le coup qu'on verrait, dans toute son horrible beauté , cette union du drame et de la comédie, que cherchent en core nos auteurs modernes.
Mais elle ne se jouera jamais, parce qu'il lui manquera toujours un personnage qui a toujours manqué — heureusement peut-être — à notre triste société.
Ce personnage, ce serait : — la Vérité !
Que pensez- vous, en effet, de ce qui arriverait de l'entrée soudaine et redoutable de la lumière, — de la clarté, — de la vérité sans voiles au milieu de tous ces mensonges, de toutes ces ténèbres, de toutes ces fictions, de tous ces petits et de tous ces grands mystères sur lesquels repose, et repose en paix, beaucoup le croient du moins, ce qu'on nomme notre édifice social ?
Voyez-vous enfin chacun devenant ce qu'il est, c'està-dire ce qu'on ne l'a jamais vu? Ce mari sans femme, cette femme sans mari; celle-ci dans les bras d'un inconnu et revendiquée par un autre ou plusieurs autres inconnus; celui-là aux genoux d'une femme à laquelle il n'a jamais parlé ; ce père reniant son enfant, cet enfant demandant le nom de son père; ces gens polis s'iiîjuriant , s'égorgeant sans mot dire; ces femmes souriantes en proie à tous les démons que les passions comprimées enferment dans les cœurs— et ces démons déchaînés!
Hermione riant au nez d'Oreste, et cherchant dans la salle un héros plus commode, Pylade peut-être; Étéocle et Polynice , vêtus de noir et se disputant l'héritage paternel; Agnès parlant de ses enfants, et Julie, la douce et chaste Julie , remplaçant, dans une heure de délire , et réalisant Saint-Preux — par un
soldai! Toutes choses enûn d'où l'on pourrait conclure que, dans ce carnaval qui dure toute Tannée et qu'on appelle le monde, une seule chose est véritablement indispensable, -!» le masque I
Et encore, qui sait si celte vérité vulgaire et générale que je vais chercher avec tout le monde au fond de son puits, qui sait si elle ne pâlirait pas devant une vérité plus vraie encore, devant celle qui sortirait du fond même des âmes — et des entrailles de chacun? — Pour un dévouement sublime, combien de trahisons 1 pour une vie sans tache, combien d'existences souillées ! pour une conscience saine, combien de consciences pourries ! pour un remords , cette vertu des coupables, combien de vices effrontés I
Et presque partout, au lieu de Tamour, qui, de même que le feu, purifie tout, les sympathies les plus inattendues, les unions les plus incroyables, les passions les plus excentriques!
Mais il n'y a de ressemblants que les portraits flattés'; — ce portrait n'est pas ressemblant.
Que chacun donc de ceux qui me lisent regarde autour de soi. Et heui*eux, heureux ou aveugle celui pour qui je me trompe !
En présence de tous ces désordres , fils du mensonge, qui donc oserait le premier jeter la pierre à tous ces fous jeunes et vieux qui révent une société absolument nouvelle , une organisation nouvelle, impossible peut-être, mais dont le mensonge au moins ne serait pas— l'élément nécessaire, l'unique garantie ?
Du monde, que vous dirai-je encore, que vous dirai-je enfin ? — Sinon qu'il y a dans Paris une incommensurable quantité — de mondes.
Ceux qui habitent chacun de ces mondes ne manqueront pas de vous dire le contraire, et affirmeront qu'il n'y en a qu'un, qui est le leur; lequel est le bon, lequel est l'unique.
Ceci ne prouve qu'une chose, c'est que tous ces mondes, qui ne voient qu'eux-mêmes, qui ont les yeux en dedans comme certains philosophes, s'ignot^nt entre eux, ou que tout au moins, s'ils ne s'ignorent pas, ils trouvent bon de se nier.
Tous ces mondes inconnus les uns aux autres forment ce qu'on pourrait appeler — le firmament parisien.
Dans ce firmament , il se trouve, comme dans tout firmament bien constitué, des astres de tout ordre, des lunes et des soleils, des corps errants et des planètes, des étoiles fixes et des étoiles filantes. Il a ses tourbillons, ses apparitions, ses météores, ses aurores boréales, ses phénomènes et ses éclipses, ses saisons, ses mois, ses jours et ses années, ses pluies enfin et son beau temps.
La pluralité des mondes parisiens, leurs différences et leurs ressemblances, la comparaison de leurs mœurs et de leurs couleurs fourniraient à un obs«^ vateur un livre tout aussi spirituel et qui demanderait
tout autant de science peul-ôtre que le livre charmant de Fontenelle sur la pluralité des mondes physiques.
Voyagez dans ces mondes, et vous découvrirez avec étonriement que , si rapprochés qu'ils soient ( rien n'empêche qu'il y en ail quatre ou cinq dans la même maison), vous découvrirez que les abîmes mêmes de Tinfiniles séparent. Nier ces abîmes, ce serait nier l'élasticité de l'étendue et méconnaître les distances qui séparent un étage d'un autre étage ^ un quartier d'un autre quartier, l'homme qui a trois cent mille» francs de rente de l'homme qui reçoit à crédit, le riche du pauvre.
Que, si l'on accepte qu'un salon, c'est-à-dire quelque chose comme un lieu de passage, soit le monde, qu'on s'étonne après cela que, pour le paysan qui n'est jamais sorti de son village, le monde ce soit ce village , c'est-à-dire le lieu où il est né , celui où il a aimé*, souffert, travaillé, celui où son père est mort , celui où il mourra lui-même ;
Que la montagne, avec ses aspects infinis, soit le monde du montagnard;
Que la mer sans limite soit le monde du marin, et que la forêt embaumée soit celui du sauvage, si tou-; tefoiSy hélas I il y a encore des sauvages ! . . .
Nous avons dit ce que sont les gens du monde, fant-il dir^ ce qu'ils ne sont pas ? — Mais en finirions-uous, puisqu'ils ne sont rien de ce qui est quel-
que chose? — Otez-les du salon où ils passent et où ils repassent, éteignez les bougies, — et il n'en reste rien, — et si bien rien, que je crois vraiment qu'à Texceplion de ces rares moments où ils brillent comme on brille dans lô^ monde, — c'est-à-dire sans éclairer, sans échauffer, sans produire... ils ont véritablement le bonheur de n'être nulle part, — à moins pourtant que les femmes dont ils sont les maris, car ils peuvent être mariés — auquel cas ils ont à ajouter % leur titre à* homme du monde tous ceux auxquels peut prétendre un homme marié, — à moins, dis-je, que leurs femmes ne les aient serrés avec ceux de leurs byoux qui ne supporteraient pas le grand jour, avec leurs parures de stras, dans un coin quelconque de leur appartement.
Que, si quelque chose pouvait faire accepter le monde , excuser ses travers et tolérer jusqu'à ses vices, c'est qu'il est animé, habité, traversé par la femm^ du monde, sur laquelle ne porte rien de tout ce que nous venons d'adresser aux gens du monde et à Vhomme du monde.
Un homme du monde aurait toujours quelque chose de mieux à faire que d'être un homme du #monde; mais une femme, que serait-elle si, — ayant été dans le jour ce que doit être une femme, c'est-àdire une tendre mère, une épouse attentive, une sœur, une fiancée, voire une (idèle maîtresse, — si,
le soir venu, et sa douce tâche accomplie, elle n'était pas — au besoin — un peu de ce monde que nous blâmons si fort, mais que nous blâmerions davantage si elle ne s'y rencontrait pas ?
La femme du monde, c'est-à-dire la femme qui fait à merveille les honneurs de son salon, de sa fortune, de son esprit, de sa bonne grâce, et de son cœur, n'a rien de commun avec l'homme du monde.
La femme qui est à la femme ce qu'est à l'homme — l'homme du monde, c'est, j'en suis fâché pour elle, c'est la femme dont la beauté est devenue si banale, si publique, qu'elle est réputée une femme à la mode.
La femme du monde, tu peux l'aimer, lecteur, en restant ce que tu es, c'est-à-dire le bon, et simple, et peut-être spirituel garçon que j'imagine. — Mais la femme à la mode, qui oserait l'aimer? — si ce n'est le plus vain, le plus fat et le plus vide parmi tous ces beaux fils dont Paris abonde, lesquels se piquent d'être des hommes du monde dans ce que ce mot pourrait avoir de bon et de flatteur, parce qu'ils passent — leurs journées dans une écurie, — leurs soirées dans ce monde dont nous venons de parler,— et leurs nuits on ne sait où 1
p. i. STAHL {HetzeL)