‹ Le diable à Paris: Paris et les ParisiensChapitre 24 sur 44 · CHEZ M. DUFOUR · texte numérisé non relu

CHEZ M. DUFOUR

MADAME DUFOUR^ dam une bergère ; M. DUFOUR^ dans un fauteuil.

B^DAME DUFOUR, ks yeiAx baignés de lamies. — Mon Dieu I que je suis doue malheureuse ! ce n'est pas assez du chagrin que j'ai de me séparer de ma fille, il faut encore que j'aie sans cesse sur les épaules un monstre d'homme qui ne me laisse pas une minute de tranquillité.

DUFOUR. — Bon I voilà que je ne te laisse pas tranquille , à présent I

MAOAME DUFOUR. — Si jc l'étais, je ne me plaindrais pas. Je n'ai pas pour habitude de me plaindre quand je n'en ai pas sujet.

DUFOUR. — Je ne dis rieni

MADAME DUFOUR. — Vous appelez ne rien dire, gémir comme vous gémissez depuis deux heures I C'est comme une pompe, et pourquoi? parce que votre habit n'est pas arrivé ! Si vous étiez un enfant, on vous donnerait le fouet , et bien serré , et vous ne l'auriez pas volé .

DUFOUR. — Je voudrais te voir à ma place, si tu serais bien aise d'aller à la noce de ta fille sans être habillée.

MADAME DUFOUR. — Vous scrcz toiyours habillé. Il ne s'agit pas de ça.

DUFOUR. — De quoi s'agît-il donc?

MADAME DUFOUR. — Du bonhcur de ma fille, de ma fille à moi.

DUFOUR. — Boni te voilà encore une fois dans les pleurs. Depuis huit jours tu ne fhis que ça.

MADAME DUFOUR, — Parco quc depuis huit jours je suis la plus malheureuse des femmes,

DUFOUR. — Je ne vois pas que ce soit un si g/emd malheur d'établir ses enfants.

MADAME DUFOUR. — Vous uc voycz jamais rien.

DUFOUR. — Que diable ! on ne t'a pas mis le couteau sous la gorge.

MADAME DUFOUR. — Jc uc Taurais passouffcrt.

DUFOUR. — Tu maries ta fille parce que tu veux bien, personne ne t'y contraint.

MADAME DUFOUR, — Nc ditcs douc pas ccla; on croirait, à vous entendre, qu'il n'y a dans la maison d'autre volonté que la mienne.

i>uF0U9. -«*Ma foi.,.

MADAME QUFOUA. *«» Taisez^Yous,,. Comptez - vous passer toute la journée dans votre fauteuil à atteodre votre habit?

BHJFOUR,-^ Je ne sais en vérité pas ce que je doia faire.

MADAME DCFOUR. — Ni Hioi non plus.

DUFOUR, Si j'y allais?

-MADAME DUFOUR. — OÙ CCla ?

DUFOUR. — Chez le tailleur.

MADAME DUFOOR. <-^ Allez-y, si vous voulez, que voulez- vous que je vous dise ?

DUFOUR. — ■■ Crois-tu qu'il serait convenable que j*y allasse., .^chère amie? Tu ne réponds pas...

MADAME DUFOUR. — Olli.

DUFOUR.-^ Je te demande s'il serait convenable que j'allasse chez le tailleur?

MADAME DUFOUR. — Mou Dicu ! faitcs ce que vous voudrez... mais, au nom du ciel, donnez-moi la paix.

D^JFOUR. — Cela ne te contrarie pas? (Il se lève de son fauteuil,)

MADAME DUFOUR, agitant ses jambes. — Non.

DUFOUR. — Bien vrai ?

MADAME DUFOUR, même jeu des jambes, mais plus précipité* — En voilà jusqu'à demain.

DUFOUR. — J'y vas, minette, j'y vas. (7^ gagne doucement la porte y et sort après avoir contemplé un moment la figure refrognée de son épouse.)

MADAME DUFOUR. — Et l'ou veut qu'uno mère soit

( raaquille et bien aise quand sa fille est exposée à rencontrer un être comme monsieur son père , un homme qui , de sa vie , n'a eu une idée à lui , un brouillon , un hurluberlu qui n*a pas plus de tête (ju'un enfant I Mon Dieu I mon Dieu ! que les femmes sont donc à plaindre !

MADAME DUFOUR, LA BONNE un pUlatu à la main.

LA BONNE. — V'ià vot' café.

MADAME DUFOUR. — Ah ! te voilà !

LA BONNE. — A quelle heure donc que vous vous fUes levés ?

MADAME DUFOUR. — Ce u'cst pas moi, c'est mon mari.

LA BONNE. — J' peux plus mc lever, c'est fini ; vous m' direz à ça, j' mai couchée si tard I

MADAME DUFOUR. — C'ost commc moi, je n*ai pas fermé Toeil, je n'ai fait que pleurer toute la nuit, LA BONNE. ^— Ça ne va donc pas mieux ?

MADAME DUFOUR. — Nc m'en parle pas; je crois que depuis huit jours j'ai donné toutes les larmes de mon corps.

LA BONNE. — Vous u'êtos pas raisonnable. Je vous fleiuande si ça a le sens commun de faire ce que vous faites?

MADAME DUFOUR. — Jc SUiS HlèrC I

LA BONNE. — Je veux mourir si on dirait) à vous

voir, que c'est aujourd'hui que vous mariez vol* dedemoiselle.

MADAME DUFOUR. — Tu Tas vue ?

LA BONNE. — Qui ça?

MADAME DUFOUR. — Ma 811e.

LA BONNE. — J'en sors.

MADAME DUFOUR. — Eh bien?

LA BONNE. — Que voulezvous que je vous dise?

MADAME DUFOUR. — Que fait-elle?

LA BONNE. — Tout comme vous, la même chose; elle est dans sa chambre, qui se désole.

MADAME DUFOUR. — Elle tient de moi; pauvre chérie! tout mon caractère.

LA BONNE. — Heureusement qu'à monsieur rien ne fait ; sans ça, faudrait vous enterrer.

MADAME DUFOUR. — Mon mari est un homme, c'est tout dire.

LA BONNE. — Ah ça I pendant que nous sommes là à rien faire, v'ià vot' café qui va t'ôtre froid ; est-ce que vous n'allez pas le prendre ?

MADAME DUFpUR. — Nou; je n'ai de goût à rien, je t'assure.

LA BONNE. — Y ne s'agit pas de ça , le vin est tiré , faut le boire; voyons, avalez-moi ça.

MADAME DUFOUR. — Jc te remercie.

LA BONNE , avançant la tasse sous le nez de sa mat* tresse. — Voyons, voyons, dépêchons, je n'ai pas de temps à perdre.

MADAME DUFOUR. — Nou, jc tc dis ; dcpuis hier c'est

aOi LE DIABLE A PARIS.

comme uoe barre que j'ai sur l'estomae , rien ne me passe.

LA BONNE. — Tenez, la jolie, jolie mauillellel ouvrez la bouche à sa maman.

MADAME DUFOUR. — Tu fais do moi ce cfue tu yeux.

LA BONNE. — Encore cette petite-là, pendant que nous y sommes.

MADAME DUFOUR, — ^ Que lu es enfant l

LA BONNE. — C'est vrai ça, vous allez enoope vous mettre à table à je ne sais quelle heure.

MADAME DUFOUR. — Eutro doux et trois.

LA BONNE. — Mettez-en quatre et n'en parlons pkis.

MADAME DUFOUR. — Tu CrOJS?

LA BONNE. — Estrce que je ne connais pas ça, on n'en finit pas dans les noces; vous verrez que vous allez avoir une faim d'enfer en sortant de la messe, vous vous jetterez sur les plats comme une enragée, et vous viendrez me dire que vot' estomac vous tire ; \enez-y , j'vous dirai : C'est bien fait, vous n'avez que ce que vous méritez!

MADAME DUFOUR. — Avec toi pas moyen de rien faire, tu veux toujours avoir raison.

LA BO^NB. — Quand c'est poup un bien. Voyons , la dernière des dernières, ônissoQS-en... A la bonne heure, v'ià qu'est bien.

MADAME »UFOUR. — r.Es-tu coutenle^

LA BONNE. — C'est pas sans peine.

MADAME DUFOUR. — DiS-moi...

LA BONNE. — Quoi quo c'est encore?

PARIS ET LES PARlSIEiNS. 203

MADAME DUFOUR. -^ Ma fUlc esl-olle levée?

LA BONNE. — Elle se levait comme j'entrais.

MADAME DUPOUR. — Pauvrc chéHe! c'est le premier chagrin qu'elle aura donné à sa mère.

LA BONNE. — Je ne dis pas non ; mais tenez-vous un peu par-là bas, que je balaye par ici.

MADAME DUFOUR. — Je voudrais mourir.

LA BONNE. — C'est possible; mais plus près de la croisée, sans vous commander.

MADAME DUPOUR. — Sî j'allais retrouver mon enfaatl

LA BONNE. — C'est ça, d'autant qu'elle peut avoir besoin de vous.

MADAME DUPOUR. J'y VaS*

LA BONNE. — Allez , allcz.

MADAME DUFOUR. -« Viendras-tu nous aider à noua hfibiller ?

LA BONNE. — Je ne .vous promets rien, n'y compté» pas ; nous verrons , si j*ai le temps.

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