‹ Le Diable à ParisChapitre 5 sur 188 · COUP D'OEIL SUR PARIS A PROPOS DE L'EN F EH · texte numérisé non relu

COUP D'OEIL SUR PARIS A PROPOS DE L'EN F EH

qui, sorti depuis un an, se décidait enlin à rentrer; — mais loin en allant ouvrir, il lit réflexion que, quand on part comme Flammèche était parti, c'est qu'on peut revenir sans s'arrêter ainsi aux cérémonies de la porte; aussi n'éprouva-t-il aucune déconvenue quand, au lieu de voii

son maître, il se vit face à face avec le capitaine, qui était suivi de tout son monde.

« M. Flammèche est-il chez lui? » demanda le capitaine d'une voix qu'il s'efforçait de rendre agréable.

On sait que Baptiste était fort bref en ses discours.

« Non , répondit-il au capitaine.

— Et depuis quand est-il sorti? dit le capitaine.

— Depuis un an, dit Baptiste.

— Diable ! reprit le nouvel envoyé de Satan ; et savez-vous quand il rentrera ?

— Je n'en sais rien, répliqua Baptiste.

— De par l'enfer, » s'écria le capitaine oubliant tout à coup que son rôle pouvait être de cacher son jeu...

Baptiste, voyant que le capitaine s'échauffait, lui ferma la porte au nez. Sur quoi, abjurant toute réserve, le capitaine, après avoir crié et

tempêté de façon à ameuter contre lui tous les garçons de l'hôtel, se mit intrépidement à faire le siège de l'appartement de Flammèche, comme s'il eût disposé de tous les diables de l'enfer.

Mais par malheur pour lui la rue Richelieu est une rue où rien ne manque, pas même les agents de police; — à la réquisition du maître de l'hôtel, l'un d'eux s'en alla chercher la garde ; si bien que l'infortuné capitaine fut, après une résistance héroïque. arrêté et conduit, pieds et poings liés, faut-il le dire? — au violon d'abord , et puis après, devant M. le commissaire de police du quartier.

Là (historien véridique. nous sommes obligé de ne rien déguiser), là, le pauvre capitaine, sur cette réponse, la seule qu'on pût tirer de lui : « qu'il était venu de l'autre monde en celui-ci pour s'emparer du

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secrétaire intime de Satan, qui devait y être caché, » fut déclaré atteint «l.> folie, el par suite enfermé à Charenton.

Des diables qui étaient venus avec lui. pas un n'eut le courage de partager son sort. — Tous, voyant que les affaires de leur chef allaient mal. -Claient lâchement esquivés à la faveur du désordre que causa la défense de l'intrépide capitaine; et comme ils se trouvèrent bientôt sans ress 'Uivc sur le pavé de Paris, force leur fut de chercher à s'employer. Les uns trouvèrent à se caser au Vaudeville, où ils essayèrent de l'aire pièce a Flammèche en lui prenant le titre de son livre; les autres, sous divers noms, se répandirent dans les divers théâtres de Paris, qui furent en un clin d'œil inondés d'un déluge de chefs-d'œuvre où le diable avait nécessairement le beau rôle.— On en compta jusqu'à dixsept, et nous donnerons ici le nom de quelques-uns, pour l'instruction de la postérité : les Sept Châteaux du diable; — les Trois Péchés dit diable; — les Premières Armes du diable: — Satan ou le Diable à Paris: — Paris diabolique; — etc.. etc., etc.

Le diable une fois a la mode, on ne vit plus partout que diables el diableries, au grand scandale de ceux-ci et à la plus grande joie de ceuxlà; les murs en furent couverts, les maisons en furent pleines.

Quand tous les théâtres furent pourvus, quelques-uns, dit-on, s'allèrent mettre, en désespoir de cause, au service des ennemis, littéraires ou non, du livre que voici, et vécurent ainsi pendant quelques jours du produit de quelques pages qu'ils écrivirent . — contre tout ce qui réussit en général et contre le Diable à Paris en particulier, — dans deux petites revues, dont l'une va encore plus mal que l'autre, sans dont'1 parce qu'elle va plus souvent; mais il faut vivre, ce mot explique bien des choses, et tout bon apôtre trouvera que c'est justice que l'envie s'attache au succès et (pie la faim serve l'envie. Mais de ceci à quoi bon parler? et veuille I • ciel. — pour que toute jalousie s'apaise, — que ces renards de ht fable trouvent enfin ce qui leur manque, c'est-à-dire quelques douzaines d'abonnés !

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