ACTE III, SCENE VIII
jacouot, se frottant les mains.
Ah ! nous allons pas mal rire !
LE MARQUIS
Pas de violence, Jacquot.
CHARLOTTE
Elle voulait entrer de force au château, en soutenant toujours qu'elle était la marquise... Nous vous la ramenons...
la marquise, entrant.
Oui... je le soutiens !... je le soutiendrai toujours... je suis... {Regardant Margot.) Que vois-je ? mes habits !... mes traits... (A part.) Ah ! je suis perdue !..* margot, prenant la main de la Marquise. Pauvre femme !
la marquise.
Ah ! merci , mon enfant, merci ! Vous valez mieux que moi... Je le vois , tout ce qui m'arrive... ce prodige que je ne puis comprendre... c'est un châtiment du ciel !
JACQUOT
Voilà ma femme qui prêche à présent! Ce n'est pourtant pas dimanche !
la marquise.
Je me résigne à mon sort... (Au Marquis.) Adieu... monsieur, adieu... Vous ne me reverrez plus... adieu! le marquis, à part.
Je ne sais pourquoi... mais celte femme me procure de l'attendrissement...
Il essuie les yeux.
Avant de vous quitter , je ne vous demande qu'une grâce, une dernière...
LE MARQUIS
Parlez, jeune villageoise...
LA MARQUISE
Dites-moi que vous me pardonnez... et permettezmoi de vous embrasser.
LE MARQUIS
J'y acquiesce.
jacquot, vivement.
Mais non, non, non... Moi je m'oppose à cette plaisanterie !...
MARGOT
Et si je te permets de m'embrasser, moi...
jacquot, stupéfait.
Vous!... parole !... Quel honneur!... Ah ! si j'avais su... j'aurais fait ma barbe avant-z'hier !...
MARGOT
C'est convenu î... Allons !... ensemble !... (Tendant sa joue à Jacquot, pendant que le Marquis tend la sienne à la Marquise.) Uneî... deux !... trois!... jacquot, à part.
Oh ! j'ai mangé de l'ail... N'importe... (Haut.) Fen ! Musique. — Au moment où chaque mari embrasse sa véritable femme, Prelinpinpin parait à la croisée du fond, et étend la main. — Un coup de tamtam se fait entendre. — La Marquise se retrouve tout-à-coup avec ses habits de grande dame, et Margot avec ses vêtemens de paysanne. LE MARQUIS.
Que vois-je !