‹ Le diable à quatre, vaudeville en trois actesChapitre 50 sur 50 · THEATRES ROYAUX · texte numérisé non relu

THEATRES ROYAUX

Répertoire de la semaine : Lundi, le Postillon de Lonjumeau,un Chef-oV OEuvrc inconnu; Mardi, le Gendre d'un Millionnaire, com. en cinq actes, leChalety opéra-corn. ; Mercredi, 12me repr. de Charles VI , grand-opéra ; Jeudi, le Pré -aux- Clercs , la Double Echelle , op. -com ; Vendredi , la Reine de Chypre; Samedi (au Parc), bénéfice de M. DAVELOUIS, Un Amour de la reine Margot, le Diable à Quatre , la Servante du Curé , et un Intermède ; Dimanche , la 13me repr. de Charles VI.

Les premières soirées de la semaine ont été orageuses. L abonnement suspendu , qui toujours indispose plus ou moins les intéressés, avait été imposé dimanche et lundi ; on voulait dès lors mieux que des opérascomiques et des comédies. Nous aimons à reconnaître les droits de MM. les Abonnés dont le concours est si puissant pour la prospérité du théâtre ; mais nous croyons cependant que, dans celte occasion , leur exigence n'était pas tellement fondée, qu'une objection ne puisse trouver place. En effet, le lendemain et la veille de la représentation d'un ouvrage qui occupe aussi péniblement que le fait Charles VI, tout le personnel chantant, peut-on exiger un grand-opéra ?... Nous ne le pensons pas. 11 y a impossibilité réelle. Mme» Laborde, Julien, MM. Laurent et Laborde sans lesquels il n'y a pas de grand ouvrage possible , verraient bientôt leurs forces trahir leur zèle, s'ils entreprenaient un pareil travail, et l'administration des théâtres fait sagement de ne pas tenter une épreuve dont

le succès même aurait de graves conséquences pour l'avenir du répertoire. On ne pouvait donc pas blâmer lundi et mardi la composition du spectacle puisqu'elle était la seule'possible, et. en outre, parfaitement conforme aux exigences de la première scène. On pouvait seulement ne pas se montrer satisfait du laisser-aller avec lequel certains artistes se sont acquittés de leur rôle. Même en fêtant un administrateur aimé, ils ne leur était pas permis d'oublier qu'ils se devaient au public pour la soirée.

Ces quelques mots nous tiendront lieu de critique sur les opéras-comiques qui ont défrayé le répertoire pendant les soirées dont Charles VI n'a pas fait le succès.

Cet ouvrage continue à jouir d'une vogue extraordinaire; le succès est même plus grand après douze représentations qu'à la ire. La riche et savante musique d'Halévyest maintenant jugée, non plus d'après les opinions de feuilletons écrits sous l'influence de préventions, dont le motif est trop évident pour qu'il soit nécessaire de l'indiquer, mais d'après l'impression qu'elle produit et les belles combinaisons qui s'y révèlent à chaque nouvelle audition. Il serait maintenant à désirer que la partie dramatique fût aussi bien traitée par quelques artistes que l'est par eux la partie chantante; alors l'œuvre d'Halévy compterait autant d'admirateurs enthousiastes que d'auditeurs empressés. Les artistes chargés des principaux rôles font beaucoup, mais ne nous mettent-ils pas en droit de supposer (M. Laurent excepté, cependant), que dès la lre représentation ils ont donné

là mesure de leur talent ? Quelques-uns paraissent ne rien avoir découvert de nouveau en intentions scèniques et en ressources musicales. Ce n'est pas possible, s'ils ont constamment travaillé leur rôle, et cela devrait être en présence d'un succès aussi grand , aussi soutenu que celui de Charles VI. Le public applaudit beaucoup et paraît tout disposé à le faire plus souvent encore si Ton veut lui en fournir les moyens ; c'est l'affaire des principaux artistes; nous aimons à croire qu'ils ne la négligeront pas.

Les étrangers accourus en grand nombre pour entendre Charles VI, onlété tellement émerveillés de la mise en scène de cet opéra et des beautés de la musique, qu'ils ont demandé une représentation de la Heine de Chypre du même compositeur. Les Administrateurs des théâtres se sont empressés de déférer à un désir qui était tout à leur avantage.

Au moment où nous écrivons ces lignes , le théâtre du Parc ouvre ses portes pour une représentation au bénéfice de M. Davelouis. C'est so^ s le triple titre d'auteur, de bénéficiaire et d'acteur que notre 1er rôle se présente en cette occasion. Homme de goût et d'intelligence, M. Davelouis répondra , sans aucun doute, à l'attente de ses nombreux amis , et celte fois encore un brillant et légitime succès récompensera ses efforts, son zèle et son désir de plaire au public. Nous n'avons pas dit notre dernier mot à ce sujet , y revenir sera pour nous un plaisir et un devoir.

Bruxelles, 8 Novembre 18io.

AfcMves de ta Ville de Bruxelles Archief van de Stad ërussei

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