‹ Le diable amoureux (volume 2)Chapitre 4 sur 14 · AU DIMANCHE DE DEVANT LA SAINT-JEAN · texte numérisé non relu

AU DIMANCHE DE DEVANT LA SAINT-JEAN

J'étais dans un capharnaùm depuis longtemps et sans m'en douter, quoiqu'un petit chien que j'ai vu courir sur un toit, et sauter d'une distance d'une poutre couverte en ardoises sur une autre, eut dû me donner du soupçon.

J'entre dans un appartement ; j'y trouve une jeune

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dtmoisdU seule ; ou u\r lu donne intérieurement pour une partntt du COmt€ dt Dampierrc ; elle parait me reconnaitre rt m<- salue. Je m'aperçois bientôt qu'elle ,1 da vertiges; elle semble dire des douceurs à un objet qui est vis-à-vis d'elle; je vois qu'elle est en vision avec un esprit, et soudain j'ordonne, en faisant le signe de la croix sur le front de la demoiselle, à l'esprit de paraître.

Je vois une figure de quatorze à quinze ans, point laide, mais dans la parure, la mine et l'attitude d'un polisson; je le lie, et il se récrie sur ce que je fais. Parait une autre femme pareillement obsédée; je fais pour elle la même chose. Les deux esprits quittent leurs effets, me font face et faisaient les insolents, quand, d'une porte qui s'ouvre, sort un homme gros et court, de l'habillement et de la figure d'un guichetier : il tire de sa poche deux petites menottes qui s'attachent comme d'elles-mêmes aux mains des deux captifs que j'ai faits. Je les mets sous la puissance de Jésus-Christ . Je ne sais quelle raison me fait passer pour un moment de cette pièce dans une autre, mais j'y rentre bien vite pour demander mes prisonniers ; ils sont assis sur un banc dans une espèce d'alcôve ; ils se lèvent à mon approche, et six personnages vêtus en archers des pauvres s'en emparent. Je sors après eux; une espèce d'aumônier marchait à côté de moi.

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Je vais, disait-il, chez monsieur le marquis tel} c'est un bon homme; j'emploie mes moments libres à le visiter. Je crois que je prenais la détermination de le suivre, quand je me suis aperçu que mes deux souliers étaient en pantoufle} je voulais m' arrêter et poser les pieds quelque part pour relever les quartiers de ma chaussure, quand un gros homme est venu m'attaquer au milieu d'une grande cour remplie de monde; je lui mis la main sur le front, et l'ai lié au nom de la sainte Trinité et par celui de Jésus, sous l'appui duquel je l'ai mis.

« De Jésus-Christ! s'est écriée la foule qui m'entourait. — Oui, ai- je dit, et je vous y mets tous après vous avoir liés. » On faisait de grands murmures silice propos.

Arrive une voiture comme un coche; un homme m'appelle par mon nom, de la portière : « Mais, Sire Cazotte, vous parlez de Jésus-Christ ; pouvons-nous tomber sous la puissance de Jésus-Christ? » Alors j'ai repris la parole, et ai parlé avec assez d'étendue de Jésus-Christ et de sa miséricorde sur les pécheurs. « Que vous êtes heureux! ai-je ajouté : vous allez changer de fers. — De fers! s'est écrié un homme enfermé dans la voiture, sur la bosse de laquelle j'étais monté : est-ce qu'on ne pouvait nous donner un moment de relâche?

— Allez, u dit quelqu'un, vous êtes heureux, vous ailes changer de maître, >t </»-/ maitn ! t Le premier homme </(" m'avait parlé disait i ■ J'avais quelque

idée comme relu, t

Je tournais le dos au coche et avançais dans cette COlir (Fune prodigieuse étendue; on n'y était éclairé que par des étoiles. J'ai observé le ciel, il était d'un bel azur pâle et très étoile; pendant que je le comparais dans ma mémoire à d'autres deux que j'avais vus dans le capharnaiim, il a été troublé par une horrible tempête; un affreux coup de tonnerre l'a mis tout en feu ; le carreau, tombé à cent pas de moi, est venu se roulant vers moi; il en est sorti un esprit sous la forme d'un oiseau de la grosseur d'un coq blanc, et la forme du corps plus allongée, plus bas sur pattes, le bec plus émoussé. J'ai couru sur l'oiseau en faisant des signes de croix ; et, me sentant rempli d'une force plus qu'ordinaire, il est venu tomber à mes pieds. Je voulais lui mettre sur la tète... Un homme de la taille du baron de Loi, aussi joli qu'il était jeune, vêtu en gris et argent, m'a fait face, et dit de ne pas le fouler aux pieds. Il a tiré de sa poche une paire de ciseaux enfermée dans un étui garni de diamants, en me faisant entendre que je devais m'en servir pour couper le cou de la bête. Je prenais les ciseaux, quand j'ai été éveillé par le chant Le Diable amoureux. i

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en chœur de la foule qui était dans le capharnaùm : c'était un chant plein, sans accord, dont les paroles non rimées étaient : Chantons notre heureuse délivrance.

Réveillé, je me suis mis en prières; mais, me tenant en défiance contre ce songe-ci, comme contre tant d'autres par lesquels je puis soupçonner Satan de vouloir me remplir d'orgueil, je continuai mes prières à Dieu par l'intercession de la sainte Vierge, et sans relâche, pour obtenir de lui de connaître sa volonté sur moi, et cependant je lierai sur la terre ce qu'il me paraîtra à propos de lier pour la plus grande gloire de Dieu et le besoin de ses créatures.

Quelque jugement que puissent porter les esprits sérieux sur cette trop fidèle peinture des hallucinations du rêve, si décousues que soient forcément les impressions d'un pareil récit, il y a dans cette série de visions bizarres quelque chose de terrible et de mystérieux. Il ne faut voir aussi dans ce soin de recueillir un songe, en partie dépourvu de sens, que les préoccupations d'un mystique qui lie à l'action du monde extérieur les phénomènes du sommeil. Rien dans la masse d'écrits qu'on a conservés de cette

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époque de lu vit é ( axottt n'indiqut un affaiblissement quelconque dans ses facultés intellectuelles. Ses révélations, toujours empreintes de ses opinions mo-

nar chiques t tendent à présenter dans tout ce qui te passe alors des rapports avec les vagua prédictions de l'Apocalypse. C'est ce que l'école de Swedenborg appelle la science des correspondances. Quelques phrases de l'introduction méritent d'être remarquées :

« Je voulais, en offrant ce tableau fidèle, donner une grande leçon à ces milliers d'individus dont la pusillanimité doute toujours, parce qu'il leur faudrait un effort pour croire. Us ne marquent dans le cercle de la vie quelques instants plus ou moins rapides que comme le cadran, qui ne sait pas quel ressort lui fait indiquer l'espace des heures ou le système planétaire.

« Quel homme, au milieu d'une anxiété douloureuse, fatigué d'interroger tous les êtres qui vivent ou végètent autour de lui, sans pouvoir en trouver un seul qui lui réponde de manière à lui rendre, sinon le bonheur, au moins le repos, n'a pas levé ses yeux mouillés de larmes vers la voûte des deux?

« Il semble qu'alors la douce espérance vient remplir pour lui l'espace immense qui sépare ce globe sublunaire du séjour où repose sur sa base inébranlable le trône de l'Éternel. Ce n'est plus seulement à ses yeux que luisent les feux parsemés sur ce voile

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d'azur qui embrase l'horizon d'un pôle à l'autre : ces feux célestes passent dans son âme ; le don de la pensée devient celui du génie. Il entre en conversation avec l'Eternel lui-même : la nature semble se taire pour ne point troubler cet entretien sublime.

a Dieu révélant à l'homme les secrets de sa sagesse suprême et les mystères auxquels il soumet la créature trop souvent ingrate, pour la forcer à se rejeter dans son sein paternel, quelle idée majestueuse, consolante surtout ! Car, pour l'homme vraiment sensible, une affection tendre vaut mieux que l'élan même du génie ; pour lui, les jouissances de la gloire, celles même de l'orgueil, fuissent toujours où commencent les douleurs de ce qu'il aime. »

La journée du 10 août vint mettre fin aux illusions des amis de la monarchie. Le peuple pénétra dans les Tuileries, après avoir mis à mort les Suisses et un assez grand nombre de gentilshommes dévoués au roi ; l'un des fils de Cazotte combattait parmi ces derniers, l'autre servait dans les armées de l'émigration. On cherchait partout des preuves de la conspiration royaliste dite des Chevaliers du poignard; en saisissant les papiers de Laporte, intendant de la liste civile, on y découvrit toute la correspondance de Cazotte avec son ami Ponteau; aussitôt il fut décrété d'accusation et arrêté dans sa maison de Pierry.

q Rcconnaissezrvotu tes lettre*} lui dit le commissaire de l'Assemblée législah

— Elles sont de moi, en <//.?.

— Et c'est moi qui les ai écrites tous la dictée de mon pire », s'écria sa fille Elisabeth, jalouse de partes dangers et sa prison.

Elle fut arrêtée avec son père, et tous deux, conduits à Paris dans la voiture de Cazottc, furent enfermés à l'Abbaye dans les derniers jours du mois d'août. Mme Cazotte implora en vain de son côté la faveur d'accompagner son mari et sa fille.

Les malheureux réunis dans cette prison jouissaient encore de quelque liberté intérieure. Il leur était permis de se réunir à certaines heures, et souvent l'ancienne chapelle où se rassemblaient les prisonniers présentait le tableau des brillantes réunions du monde. Ces illusions réveillées amenèrent des imprudences : on faisait des discours, on chantait, on paraissait aux fenêtres, et des rumeurs populaires accusaient les prisonniers du 10 août de se réjouir des progrès de l'armée du duc de Brunswick et d'en attendre leur délivrance. On se plaignait des lenteurs du tribunal extraordinaire, créé à regret par l'Assemblée législative sur les menaces de la Commune ; on croyait ci un complot formé dans les

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prisons pour en enfoncer les portes à l'approche des étrangers, se répandre dans la ville et faire une Saint- Barthélémy des républicains.

La nouvelle de la prise de Longwy et le bruit prématuré de celle de Verdun achevèrent d'exaspérer les masses. Le danger de la patrie fut proclamé, et les sections se réunirent au Champ de Mars. Cependant, des bandes furieuses se portaient aux prisons et établissaient aux guichets extérieurs une sorte de tribunal de sang destiné à suppléer à l'autre.

A l'Abbaye, les prisonniers étaient réunis dans la chapelle, livrés à leurs conversations ordinaires, quand le cri des guichetiers : « Faites remonter les femmes ! » retentit inopinément. Trois coups de canon et un roulement de tambour ajoutèrent à l'épouvante, et, les hommes étant restés seuls, deux prêtres, d'entre les prisonniers, parurent dans une tribune de la chapelle et annoncèrent à tous le sort qui leur était réservé.

Un silence funèbre régna dans cette triste assemblée ; dix hommes du peuple, précédés par les guichetiers, entrèrent dans la chapelle, firent ranger les prisonniers le long du mur et en comptèrent cinquante-trois.

De ce moment, on fit l'appel des noms, de quart d'heure en quart d'heure : ce temps suffisant à peu

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pris aux jugements du tribunal improvise il l'entrée

de lu priton.

QuelqueS-UlU furent épargnes, parmi eux le vénérable abbé Sicard ; la plupart étaient frappés au sortir du guichet par les meurtriers fanatiques qui avaient accepté cette triste tâche. Vers minuit, on cria le nom de Jacques Cazottc.

Le vieillard se présenta avec fermeté devant le sanglant tribunal, qui siégeait dans une petite salle précédant le guichet, et que présidait le terrible Maillard. En ce moment, quelques forcenés demandaient qu'on fit aussi comparaître les femmes, et on les fit en effet descendre une à une dans la chapelle ; mais les membres du tribunal repoussèrent cet horrible voeu, et Maillard, ayant donné l'ordre au guichetier Lavaquerie de les faire remonter, feuilleta l'écrou de la prison et appela Cazotte à haute voix. A ce nom, la fille du prisonnier, qui remontait avec les autres femmes, se précipita au bas de l'escalier et traversa la foule au moment où Maillard prononçait le mot terrible : « A la Force! » qui voulait dire : A la mort !

La porte extérieure s'ouvrait, la cour entourée de longs cloîtres, où l'on continuait à égorger, était pleine de monde et retentissait encore du cri des mourants ; la courageuse Elisabeth s'élança entre

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les deux tueurs qui déjà avaient mis la main sur son père, et qui s'appelaient, dit-on, Michel et Sauvage, et leur demanda, ainsi qu'au peuple, la grâce de son père.

Son apparition inattendue, ses paroles touchantes, l'âge du condamné, presque octogénaire, et dont le crime politique n'était pas facile à définir et à constater, l'effet sublime de ces deux nobles figures, touchante image de l'héroïsme filial, émurent des instincts généreux dans une partie de la foule. On cria grâce de toutes parts. Maillard hésitait encore. Michel versa un verre de vin et dit à Elisabeth : « Ecoutez, citoyenne, pour prouver au citoyen Maillard que vous n'êtes pas une aristocrate, buvez cela au salut de la nation et au triomphe de la République ! »

La courageuse fille but sans hésiter ; les Marseillais lui firent place, et la foule, applaudissant, s'ouvrit pour laisser passer le père et sa fille; on les reconduisit jusqu'à leur demeure.

On a cherché dans le songe de Cazotte cité plus haut, et dans l'heureuse délivrance chantée par la foule au dénoùment de la scène, quelques rapports vagues de lieux et de détails avec la scène que nous venons de décrire ; il serait puéril de les relever ; un pressentiment plus évident lui apprit que le beau

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dévouement île vi /ille nr OOUVûU le soitbtiaire à sa destinée.

I ttndemain du jour où il avait été ramené en triomphe par le peuple, plusieurs de ses amis vinrent le félicittr. Un d'eux, M. de Saint-Charles, lui dit en l'abordant: « Vous voilà sauvé! — Pas pour longtemps, répondit Cazottc en souriant tristement... Un moment avant votre arrivée, j'ai eu une vision. J'ai cru voir un gendarme qui venait me chercher de la part de Pétion ; j'ai été obligé de le suivre; j'ai paru devant le maire de Paris, qui m'a fait conduire à la Conciergerie, et de là au tribunal révolutionnaire . Mon heure est venue. »

M. de Saint-Charles le quitta, croyant que sa raison avait souffert des terribles épreuves par lesquelles il avait passé. Un avocat, nommé Julienne, offrit à Cazotte sa maison pour asile et les moyens d'échapper aux recherches ; mais le vieillard était résolu à ne point combattre la destinée. Le i i septembre, il vit entrer chez lui l'homme de sa vision, un gendarme portant un ordre signé Pétion, Paris et Sergent ; on le conduisit à la mairie, et de là à la Conciergerie, où ses amis ne purent le voir. Elisabeth obtint, à force de prières, la permission de servir son père, et demeura dans sa prison jusqu'au dernier jour. Mais ses efforts pour intéresser Us

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jugts n'eurent pas le même succès qu'auprès du peuple, et Cazotte, sur le réquisitoire de Fouquier- Tinville, fut condamné a mort après vingt- sept heures d'interrogatoire.

Avant le prononcé de l'arrêt, l'on fit mettre au secret sa fille, dont on craignait les derniers efforts et l'influence sur l'auditoire ; le plaidoyer du citoyen Julienne fit sentir en vain ce qu'avait de sacré cette victime échappée à la justice du peuple; le tribunal paraissait obéir à une conviction inébranlable.

La plus étrange circonstance de ce procès fut le discours du président Lavau, ancien membre, comme Cazotte, de la Société des Illuminés.

<( Faible jouet de la vieillesse ! dit-il, toi, dont le cceur ne fut pas assez grand pour sentir le prix d'une liberté sainte, mais qui as prouvé, par ta sécurité dans les débats, que tu savais sacrifier jusqu'à ton existence pour le soutien de ton opinion, écoute les dernières paroles de tes juges ! puissent-elles verser dans ton âme le baume précieux des consolations ! puissent-elles, en te déterminant à plaindre le sort de ceux qui viennent de te condamner , t'inspirer cette stoïcité qui doit présider à tes derniers instants, et te pénétrer du respect que la loi nous impose à nous-mêmes!... Tes pairs t'ont entendu, tes pairs t'ont condamné ; mais, au moins, leur jugement fut

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l>ui comme lew conscience} au moins, aucun intértt personnel ne vint troubler leur décision. Va, reprends ton murage, rassemble tes forces; envisage tant trainit \t trépas; songe qu'il n'a pas droit de bétonner : ce n'est pas un instant qui doit effrayer un homme tel que toi. Mais, avant </< te séparer de la vie, regarde l'attitude imposante de la France, dans le sein de laquelle tu ne craignais pas d'appeler à grands cris l'ennemi ; vois ton ancienne patrie opposer aux attaques de ses vils détracteurs autant de courage que tu lui as supposé de lâcheté. Si la loi eût pu prévoir qu'elle aurait à prononcer contre un coupable de ta sorte , par considération pour tes vieux ans, elle ne t'eut pas imposé d'autre peine ; mais rassure-toi : si elle est sévère quand elle poursuit, quand elle a prononcé, le glaive tombe bientôt de ses mains ; elle gémit sur la perte même de ceux qui voulaient la déchirer. Regarde-la verser des larmes sur ces cheveux blancs qu'elle a cru devoir respecter jusqu'au moment de ta condamnation ; que ce spectacle porte en toile repentir; qu'il t'engage, vieillard malheureux, à profiter du moment qui te sépare encore de la mort, pour effacer jusqu'aux moindres traces de tes complots par un regret justetement senti ! Encore un mot : tu fus homme, chrétien, philosophe, initié, sache mourir en homme,

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sache mourir en chrétien ; c'est tout ce que ton pays peut encore attendre de toi. »

Ce discours, dont le fond inusité et mystérieux frappa de stupeur l'assemblée, ne fit aucune impression sur Cazotte, qui, au passage où le président tentait de recourir à la persuasion, leva les yeux au ciel et fit un signe d'inébranlable foi dans ses convictions. Il dit ensuite à ceux qui l'entouraient qu'il savait qu'il méritait la mort ; que la loi était sévère, mais qu'il la trouvait juste. Lorsqu'on lui coupa les cheveux, il recommanda de les couper le plus près possible, et chargea son confesseur de les remettre à sa fille, encore consignée dans une des chambres de la prison.

Avant de marcher au supplice, il écrivit quelques mots à sa femme et à ses enfants ; puis, monté sur l'échafaud, il s'écria d'une voix très haute : « Je meurs comme j'ai vécu, fidèle à Dieu et à mon roi. » L'exécution eut lieu le 2 5 septembre, à sept heures du soir, sur la place du Carrousel.

Elisabeth Cazotte, fiancée depuis longtemps par son père au chevalier de Plas, officier au régiment de Poitou, épousa, huit ans après, ce jeune homme, qui avait suivi le parti de l'émigration. La destinée de cette héroïne ne devait pas être plus heureuse qu'auparavant : elle périt de l'opération césarienne

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en donnant le jour à un enfant, et en s écriant qu'on njx'il en morceaux s'il lr fallait pour le sauver. L'enfant ne n'eut que peu d'instants. Il reste encore cependant plusieurs personnes de la famille de Cazotte. Son fils Scévole, échappé comme par miracle au massacre du 10 août, existe à Paris, et conserve pieusement la tradition des croyances et des vertus paternelles.

Gérard de Nerval.

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