ROMANCE
Adieu je m’en vas !
Ne me r’tenez pas!
Je m’en r’tourn' là-bas !
Mon oncle m’attend dans notre carriole!
J’aurais bien trop peur De fair’ vot’ malheur...
R’prenez vol’ parole...
(feignant de pleurer.)
Ah! ali!
Ne me r’tenez pas.
Adieu, je m’en vas!
Ça m’ fait je le sens, du chagrin tout d’ mêmé.
J’ vous rends tolre foi : •
Mais bien malgré moi;
Et si je vous r’fus’ c’est parc’ que j’ vous aime !...
(Essuyant ses yeux et riant an pnblie.)
Ah! ah!
Ne me r’tenez pas.
Adieu, je m’en vas!...
Mais votre souv’nir me suivra là-bas!
ANTOINE, très-ému, tirant sou mouchoir de sa poche et s'essuyant les yeux.
Mam’sclle Marthe... si vous vouliez seulement rester encore ' queuqu’ temps ici avec votre oncle... j’ crois que j’ viendrais à bout d' vous corriger.
MARTHE, d’un air surpris.
Et... quoi donc que vous feriez pour ça, monsieur Antoine?
ANTOINE
Je guetterais la première occasion, et je me mettrais dans
une rage à faire trembler le diable. Vous en seriez guérie! Tenez, moi, je l’ suis déjà à moitié, rien que d’ vous avoir vue tantôt...
Vraiment?
ANTOINE
Ça m’a fait peur... et ça m’a fait honte...
MARTHE, lui prenant la main.
Eh ben! écoutez, monsieur Antoine, sL au contraire, vous nie promettiez d’ètre toujours patient, doux et bon, comme maintenant, je tâcherais de vous imiter.
ANTOINE
Ah! diable!... c’est que jen’ suis pas encore bien sûr d' moi !.. C’est si nouveau!...
MARTHE
Attendez!... Il me vient une idée. Quand je sentirai l’accès venir... si j’accourais près de vous?
ANTOINE
Oh!., fameux!.. J’ vous calmerai, ne craignez rien.
MARTHE
Et d’ vot’ côte, s’il vous revient, par hasard, quéqu’ frénésie.
ANTOINE
Je n’ ferai qu’un bond vers ma petite Marthe. Et je suis bien sur que, près d’elle, ça ne durera pas.
MARTHE
Quel dommage que nous ne puissions pas en faire l’épreuve tout de suite!
Oh! oui!.. Voyons donc!.. Qu’est-ce que nous pourrions bien trouver qui n’aille pas à notre fantaisie?
MARTHE
Une bonne occasion d’ nous fâcher...
ANTOINE
De crier... de jurer, et de briser tout!
MARTHE
Tout ce qui reste!..
ANTOINE
Ça s’rait si bon de nous prendre les mains...
MARTHE
De nous regarder gentiment...
ANTOINE
Et de nous dire...