‹ Le diable au moulin operacomique en un acteChapitre 4 sur 34 · TRIO · texte numérisé non relu

TRIO

TOINETTE ET FARGEAU

Ali ! r.omm’ vous v’ià biau not’ maitre !

J’ u’os’ quasi plus vous r’connaltrc :

Qué chang’ment! Dieu! qué cbang’ment!

J* vous f’sons bien not’ compliment!

(Toinette arrange le nœud de sa cravate. — Fargeau lui donne un dernier . coup de brosse.)

ANTOINE, achevant de mettre ses gants.

Comment trouvez-vous vot' maître!

Il m’ sembl’ que j’ dois vous paraître Bien plu» aimabt’ qu’autrement.

Me v’îà vêtu proprement!

TOINETTE, lui donnant un mouchoir.

Vous allez sans peine,

La chose est certaine.

Par vos biaux habits et par vot’ bon ton,

Séduir’ tour à tour chaqu’ fl U' du canton :

Fanchette et Margot, Denise et Jeanneton.

FARGEAU, lui apportant son chapeau.

Vous allez, je gage.

Dans notre village,

Rendr’ tous les garçons jaloux d’ vot’ bonheur;

Et les p’tits enfants vous front p’t-êt’ l’honneur D’ vous prendre en passant pour 1’ nouveau seigneur !

ANTOINE

J’ vais trouver, j’espère.

Un’ bonn’ ménagère

Qui m’ rendra content le reste d' mes jours!

Il est temps pour moi d’ penser aux amours.

Adieu 1’ célibat!... Adieu pour toujours !

ENSEMBLE

TOINETTE ET FARGEAU

Ah! comm’ vous v’ià biau not’ maître!

J' n’os’ quasi plus vous r’connaltre :

Qué chaiig'ment! Dieu! qué chang’ment!

J’ vous f sons bien not’ compliment!

ANTOINE

Comment trouvez-vous vot’ maître!

Il m’ sembl’ que j’ dois vous paraître Bien plus airaahl’ qu’autrement,

Me v'ià vêtu proprement!

(Antoine arpente la chambre en se regardant avec complaisance, tandis que Toinette et Fargeau achèvent le trio en lui faisant de grandes révérences.)

ANTOINE, avec impatience.

En voilà assez, (s’asseyant.) Allons, approchez tous les deux!.. Approchez donc! (iis s’approchent avec crainte.) Voyons, quelles sont les filles à marier dans le pays?

TOINETTE, avec hésitation.

Il y a moi, d’abord.

Toi!

ANTOINE, riant.

6UISNE II.

TOINETl’E, faisant des signes à Fargeau.

Mais c’est pas la peine d’y songer, not’ maître.

FARGEAU, bas à Antoine.

Je crois qu’elle veut rester garçon.

ANTOINE

C’est dommage! Tu n’es pas à rebuter, Toinetle... tu feras aisément le bonheur de quelque imbécile.

FARGEAU, à part.

Merci bien!

ANTOINE

Mais, sans être fier, je n’entends pas épouser une fille de moulin.

Riche comme vous ôtes, vous n’ manquerez pas d’épouseuses.

FARGEAU

Vous n’aurez que l’embarras du choix, (a part.) Faut le flatter.

ANTOINE

Tu parlais tout à l’heure d’une nommée Fanchelte. N’esl-ce pas une grande rousse?

TOINETTE

Avec un œil qui regarde en Champagne et l’autre en Picardie.

ANTOINE , vivement.

Je n’en veux pas !

FARGEAU

Tenez, not’ maître, la Margot, v’ià votre affaire.

ANTOINE

Margot?... une grosse dondon qui rit toujours.

TOINETTE

Une belle fille, mais qui n’a pas 1’ sou.

ANTOINE

Je n’en veux pas !

FARGEAU

Nous avons encore Denise.

La fille du nourrisseur... Les plus belles bêtes à cornes du pays.

FARGEAU

Vous qui vouliez en avoir... elle vous en apportera.

ANTOINE

C’est une idée... des bêles à cornes... (Se ravisant.) Ah! mais non, je n’en veux pas 1 (il te lève.)

TOINETTE

Après ça, je ne vois plus que Jeanneton.

FARGEAU

Ah! dame... c’est la perle d’ici... Elle est bien un peu cagneuse...

TOINETTE

Elle» bien une épaule un peu pointue...

FARGEAU

Mais... fille unique.

Et c’est à son père tous les colzas de la plaine.

ANTOINE

J’vas y aller tout droit! Et puis si ce n’est pas elle, ça sera une autre, donc ! J’ai mis dans ma tète d’avoir trouve une femme d’ici ce soir et il m’en faut une... ou je révolutionne tout r village.

FARGEAU

Il paraît que ça vous tient ferme.

TOINETTE

Ça vous a pris comme un coup de sang.

ANTOINE

J’ m’ennuie d’ètre seul. Je veux avoir quelqu’un à qui parler; une jeunesse qui trottera dans l’ moulin en chantant... que j* prendrai en croupe avec moi quand j’irai à la ville, et qui tue tricotera des bas de laine... sans compter les marmots qu’elle me donnera pour égayer la maison... J’en veux la demi-douzaine, ni plus ni moins... v’ià mon caractère 1 Toinette, ouvre l’armoire; donne-moi ma sacoche. Toi, donne-moi mon gourdin. (Tapant du pied.) Allons donc !

FARGEAU , courant.

Voilà, not’ maître.

TOINETTE, apportant la aaeoebe.

Dieu ! que c'est lourd.

ANTOINE, la prenant.

Avec ça d’une main pour attendrir la belle... (Prenant le gour- * dîn.) et ça de l’autre pour effaroucher les galants si s’en trouve, je crois que les cloches ne tarderont pas à sonner. Par ainsi, Toinette, veille à tout mettre en ordre; toi, cours chez le notaire lui dire de tailler ses plumes... Ce soir le contrat, et demain les violons!

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