‹ Le diable aux champsChapitre 49 sur 88 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Dans le village de Noirac.

GERMAIN, PIERRE, à la porte de leur maison.

germain, effrayé. — C'est-il toi, Pierre?

pierre. — C'est donc vous, mon père?

germain. — M'as-tu fais peur !

pierre. — Ah dame, et vous à moi!

germain. — J'en étais malade. Depuis un quart d'heure d'horloge que je te voyais venir à six pas derrière moi, et que je n'osais point te parler!

pierre. — Et moi ! depuis l'écluse de la rivière que je vous voyais toujours dans mon chemin, et que je me disais : « Si c'était un chrétien, ça me parlerait, mais ça ne me dit rien, je ne veux rien lui dire. » J'en ai le mal de ventre !

germain. — Je voyais une chose toute noire sur le brouillard tout blanc, une chose grande comme moi, faite comme moi, avec un chapeau fait comme le mien... Je pensais, «Voilà mon double, » et quand on voit ça, c'est signe de mort ! La tête m'en chavire !

piERhE. — Ah! c'est des bêtises d'avoir peur comme cal Disons nos prières et couchons-nous. Voilà une nuit bien mauvaise ! Y aura des malheurs cette nuit sur la terre!

Page 1