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SCÈNE III

Sur la place du village de Noirac, près du porche de l'égiise.

JEAN, C0TT1N, PIERRE., GERMAIN, LE BORGNOT, et une

douzaine d'autres Paysans.

germain. — Tu dis qu'il n'est point pour le partage et qu'il est républicain? Eh bien, moi, je dis que c'est un faux républicain comme les autres.

le borgnot. — Vous voulez donc ça, vous, à présent, père chose, le partage?

germain. — J'en veux si j'y gagne, je n'en veux point si j'y perds. Je veux un partage qui donne au paysan sans lui ôter; et après ça, un roi ou un consul pour empêcher le dérangement de la chose, et je serai content.

jean. — Mais les consuls pas plus que les rois n'entendent le partage. Où diable cherchez-vous ça , vous, un roi partageux?

germain. — Faudrait bien qu'il l'endure, un coup que la chose serait faite. Ça serait à recommencer comme dans l'ancien temps que j'ai vu, moi. Une révolution pour faire nos affaires, et puis un homme bien entendu pour nous les conserver.

pierre. — Comme ça, c'est donc une révolution que vous souhaiteriez mon, père?

germain. — Non, je n'en veux point; mais s'il en vient une comme l'ancienne, et qu'on soit forcé d'y répondre, au moins faut-il qu'elle se tourne à notre idée.

le borgnot. — Qu'est-ce qu'il dit de ça, lui, monsieur Jacques?

pierre. -- Il dit qu'un partage ruinerait tout le monde; et je n'ai guère envie d'être ruiné, moi. Il dit que ça serait la ruine de la terre, qu'un chacun continuerait à tirer de

son côté, que les gros mangeraient vitement les petits, et qu'on reverrait la grosse propriété faire sa boule et prendre sa graisse comme au jour d'aujourd'hui.

le borgnot. — Comme ça , faut donc rester comme on est ?

pierre. — Il dit qu'il faudrait voir à s'associer tous ensemble pour cultiver nos biens, à seule tin d'amender la terre. Il appelle ça l'association.

germain. — Ali! c'est ça! Croyez ça, et vous verrez que tout sera mangé, pillé et voie!

pierre. — Si c'est nous-mêmes qui faisons valoir ensemble nos appartenances, qui donc qui viendra nous les voler?

germain. — Tout ça, tout ça... c'est de la peine à prendre et du risque à courir; je crois qu'il vaut encore mieux brouter à la :orde qui vous tient.

le borgnot. — Vous pouvez dire ra, vous qui avez do l'herbe sous la dent ; mais ceux qui n'ont que du caillou trouvent la nourriture bien sèche!

cottin. — Comme ça, père Germain, vous voulez donc voter avec les blancs, que vous dites qu'il faut rester comme l'on est?

germain. — Comment je voterai, ça ne regarde personne. Dites comme vous voudrez, vous autres. Parler ne cuit pas; mais quand il s'agira de fourrer le billet dans la bouillotte... Suffit! De la main à la poche, c'est le bon Dieu qui est le maître !

pierre. — Chut! attention ! Voilà monsieur le marquis sur son grand cheval. Allons causer plus loin.

cottin. — Non, il ne s'arrête pas, il entre au château, et voilà monsieur Jacques qui vient par le chemin d'en bas. Diantre, il s'est promené de grand matin, qu'il rentre déjà! Qu'est-ce qu'il y a donc dans le fond de sa carriole? on dirait d'une femme qu'il ramène chez lui?

jean. — Ça doit être la femme à l'Anglais. Je crois avoir entendu dire qu'elle devait venir le chercher un de ces jours pour le remmener à l'Ile de France.

pierre. — Dans quel endroit donc de la France qu'il y a une île?

jean. — Oh! c'est loin, loin! dans la mer.

le borgnot. — Gomme ça, il y a donc deux Frances?

jean. — Il y a de la France partout, mes enfants. Moi, j'ai été soldat de marine à la Martinique, et je vous dis qu'on y parle de la France tout comme si on y était, et qu'on n'y pense guère à autre chose.

germain. — Comme ça, la France est donc la plus fameuse nation de toutes les nations?

jean. — Tiens! je crois bien !

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