‹ Le diable aux champsChapitre 69 sur 88 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

PIERRE, MANICHE, assis dans un pré, au bord d'une mare.

maniche. — Ma fine, mon Pierre, si tu as du souci à cause de ça, tu me feras repentir de te l'avoir dit.

pierre. — Du souci, moi? je serais bien sot! Et cependant... j'en ai encore par secouées ; mais ça ne dure guère, et ça va toujours en diminuant. Foi d'homme, encore deux ou trois jours, et je te promets qne ça sera passé.

maniche. — A la bonne heure, mon vieux. Je patienterai, i ça le revient sur le cœur ; mais comme ta peine me peine

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aussi, moi, tu seras bien mignon si tu t'en défends de ton mieux.

pierre. — Si je ne m'en défends point, il faudra me battre. Dame! après ça, qu'est-ce que tu me devais dans ce tempslà? rien du toutl Et j'aime mieux que ça soit Gottin qu'un autre, parce que c'est un gars bien comme il faut. Tu ne Tas point affiné... Tu n'as point voulu m'affiner non plus. Ça me donne la preuve que tu ne m'affineras jamais, parce que tu ne saurais point mentir.

mamche. — Ob! ma fine, la menterie, c'est la plus mauvaise marchandise du monde! Ça ne sert de rien, les choses viennent toujours à se savoir, et ce qui a été caché reste toujours taché, au lieu que ce qui a été confessé est blanchi.

riERRE. — C'est comme si la rivière y avait passé, quoi? Allons, allons, ma grosse, viens danser sur la place. Entends-tu la musette qui descend au village? Allons-nous-yen ! je me sens gai comme une alouette 1

mamche. — Tu me prends donc toute la main aujourd'hui?

pierre. — Eh dame ! nos bans sont publiés d'à ce matin; j'ai bien ce droit-là et je ne veux point, le perdre. Hier, c'était seulement par le petit doigt que je pouvais te prendre; mais nous voilà accordés! Veux-tu mettre ton bras dans le mien ?

mamche. — Eh non! ça, c'est pour après le second ban.

pierre. — Bah 1 qu'est-ce que ça y fait? Nous ne voulons point rompre, à c'te heure, pas vrai?x

mamche. — Je te donne mon bras dans le lien, en gage que non.

pierre. — Dis-donc, Maniche, j'ai une idée pour un cadeau que je veux te faire.

mamche. — Ah bah! des cadeaux, mon vieux! Il y en a bien assez quand on se marie. Vaut mieux ménager l'argeijt pour les enfants qui viendront.

pierre. — Je sais que tu es la fille la plus raisonnable qu'il n'y ait pas ! Mais ça ne coûte pas bien gros, et ça me fera plaisir de te voir porter ça.

maniche. — Qu'est-ce que ça sera donc?

pierre. — Devine!

maniche. — C'est peut-être bien un parapluie?

pierre. — Juste! je savais bien que tu désirais ça! Eh bien, tu l'auras! Je veux que ma femme aille à la foire avec un parapluie sous son bras.

maniche. — Ma foi, c'est vrai que j'y ai souvent songé!

pierre. — De quelle couleur que tu le veux"? rouge ou bleu?

maniche. — M'est avis que le bleu sera plus de durée.

pierre. — Oui, mais le rouge, c'est plus réjouissant.

mamche. — Eh bien oui, rouge, puisque ça te plaît mieux. Je le ménagerai un peu plus. Je ne l'ouvrirai ni au soleil ni à la pluie, quoi!

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