JENNY, JACQUES
jaçques. —Oui, ma bonne et pure enfant, il faut oublier •le passé sans effroi et ne pas repousser la vie qui vous cherche.
jenny. — Mais non, monsieur Jacques, la vie s'éloigne de moi, au contraire.
jacques. — Ce serait donc votre faute?
jenny. — Non, j'étais bien décidée à ne pas me faire un devoir de ma tristesse. Vous m'aviez si bien prouvé, en deux mots, que c'était de l'égo'isme!... Et puis, je serai franche : je sentais, par moments déjà, des bouffées d'espérance qui me venaient malgré moi, comme un air de printemps qui vous passe jusque dans le cœur. Eh bien, je ne sais d'où cela me venait, mais, bien sûr, ce n'était pas Dieu qui m'envoyait cela, car il m'a passé tout à coup comme un froid mortel, et, à présentée me sens si malade dans mon àme et dans mon corps, qu'il me semble que je vais mourir.
jacques. — Jenny, ma fille, voulez-vous me promettre de ne penser à rien pendant quelques jours?
jenny. — Si je peux, monsieur Jacques. Et je crois qu'en effet, ce ne sera pas bien difficile ; je suis comme hébétée maintenant.
jacques. — Jenny, je vois plus clair dans votre cœur que vous-même, et je sais ce qui doit l'épanouir ou le tranquilliser. Vous n'avez donc pas besoin d'y regarder et de savoir ce qui s'y passe. Laissez-moi ce soin-là, et oubliez-vous vousmême. Tenez, vous dites que madame de Noirac vous a permis de porter des secours à cette pauvre famille qui demeure là, au bout du village? Allez-y, plaignez, assistez et consolez. Suivez votre pente, à vous, qui est l'abnégation de
soi-même, le dévouement pour les autres. Un jour... bientôt, viendra la récompense.
jenny. — Ah 1 monsieur Jacques, je ne sais comment vous faites, mais vous ne savez pas dire un mot qui ne donne du repos et de la consolation.
(Elle s'en va vers le village.)
Florence, accourant. — Ah ! elle vous quitte... lui avez-vous dit?...
jacques. — Pas encore, pas encore, mon ami. Cette personne-là est un ange; mais votre intention est si sérieuse que vous devez mettre cejeune cœur à l'épreuve. S'ilen sort triomphant, je ne craindrai pas de vous avoir laissé disposer de votre existence avec trop de précipitation.