‹ Le diable est aux vaches [microforme]Chapitre 9 sur 16 · BONS CHEMINS FCNT LES PAYS PROSPÈRES · texte numérisé non relu

BONS CHEMINS FCNT LES PAYS PROSPÈRES

Paix et Monuments.

En attendant que l'avenir nous éclaire sur le sujet, Sir Djâne Maquedelaine, Baptiste et Le Toine, au grand ahurissement du Père Tremblay et de tout le Bas, avaient conservé leurs positions dans le haut du Trois.

Puis la tou 1ente électorale passée, chacun avait repris son rôle.

Sir John gouvernait de nouveau le pays, et l’endettait, mais pour construire le Pacifique. Baptiste continuait à acheter à crédit, mais hypothéquait sa ferme pour éviter de tomber dans les griffes des usuriers, entre les mains de qui avaient échoué plusieurs de ses billets signés aux encans.

Antoine, lui, continuait à racheter noblement son accès de mauvaise humeur en endurant avec patience les visites des troupeaux de Baptiste dans ses cultures; visites que les animaux d’Antoine se croyaient maintenant obligés de rendre, tant ils étaient eux-mêmes devenus vagabonds grâce aux mauvaises clôtures, et à l'exemple donné par leurs congénères et voisins.

Un monument, toutefois, ou plutôt deux, rappelaient, et après plus d’un quart de siècle rappellent encore, tant ils sont durables, l’incident des Grandes Fardoches.

Ce sont les parts de chemins de Baptiste et d’Antoine, tant dans la route que dans le grand rang -t au cordon.

Au lendemain même de « l'affaire », Baptiste s'était mis à l’œuvre avec ses bœufs, et vous avait fait les plus baux chemins du comté: ronds, bien fossoyés. : presque r1a. : damisés, () Antoine, piqué au vif, en :vait fait autaut pour les siens, mais par des méthoues différente: , attendu que tout ce travail s’accomplissuii avaut l:s accordailles.

Et ses chemins, tout en lui coûtant moins cher, avaient plus de durabilité, et aussi plus de fini et plus de chic que: ceux de Baptiste, attendu que pour les nfectionner et aussi pour y mettre la dernière touche il avait fabriqué, au moyen d’un billot fendu, un appareil peu coûteux, mais très efficace, qui n’est autre que l’ancêtre direct de la Split Log Drag, ou niveleuse de chemin, tant vantée aujourd’hui par les Ontariens et les Américains, ©? qui se pensent toujours plus fins que les autres.

Ilen fut si satisfait, qu’il l’employa désormais pour confectionner et entretenir ses chemins de ferme, même en hiver.

(1) L'Union Expérimentalé des Agriculteurs de Québec, qui a son siège à Oka, préconise beaucoup l'usage de cette machine. Elle a même accordé des primes à ceux de ses membres qui la construisaient et s'en servaient dans des conditions déterminées. Peut-être même en accorde-t-elle encore,

(2) Les automobiles y circulent aujourd’hui sans aucune dificr'té.

L'avenir s’assombrit.

L'hiver arriva, et Baptiste était soucieux. Beaucoup de comptes à solder chez les marchands ; de gros intérêts à rencontrer sur son hypothèque! Et son beurre ne se vendait pas : On n’en aimait pas l’apparence. Pourtant Agathe était bien propre, et écrasait toujours avec soin, à l’a. Je d’une bouteille, le gros sel destiné à le conserver. Et les grosses et robustes tinettes de 50 livres, que le Père Pinette avait fabriquées sur ses vieux jours, étaient toujours lavées avec soin, puis ébouillantées à la tisanne de framboisiers.

Mais en vain ! Les tinettes pleines s’accumulaient depuis six mois dans la cave basse et obscure, et personne n’en offrait un prix raisonnable.

Le beurre dut être sacrifié à vil prix pour éteindre les dettes les plus criardes.

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Nous ignorons s'il Y avait dans la cave de M. Pinette, du beurre produit en hiver. Si nous le savions il nous serait plus facile de dire au lecteur, pourquoi ce beurre ne se vendait pas. C'est qu'à cette époque, où notre industrie laitière était encore, pour ainsi dire, à l'état d'enfance. On ne s'occupait guère de la ventilation des étables ; des caves, des bâtiments de ferme—pas plus que de la ventilation systématique des maisons d'ailleurs.

Aussi, au contact habituel d'une atmosphère contaminée, le lait, et plus tard le beurre acquéraient un “arôme ”, et même une Saveur qui effrayaient le marchand et faisaient le désespoir du consommateur.

Il se fabrique aujourd'hui des ventilateurs d'une efficacité et d'une énergie remarquables. Et ils peuvent s'adapter à n'importe quel bâtiment. Ce sont les ventilateurs “ Eoliens ”.

On peut s'en procurer à Montréal, 366 r. Notre-Dame, chez I. L. Lafleur, (Limitée), quincailliers (marchands de fer), qui d'ailleurs tiennent en magasin un assortiment considérable de matériel de ferme, d'huiles, de peinture, etc.

Héroïque décision.

Bref un matin de novembre Baptiste résolut d’aller, avec deux de ses chevaux, hiverner dans les chantiers de la Bondrée.

Cela ne s'était jamais vu dans la famille Pinette. Aussi c'était dur et humiliant de manquer aux traditions familiales. Mais il le fallait !

Baptiste, le cœur bien gros, prit donc le chemin du Maine, avec ses deux meilleurs chevaux, laissant l’autre, plus les 14 vaches, la vachaille, les moutons, les porcs, tout enfin, à la garde de sa courageuse épouse et de ses enfants, encore bien jeunes pour pourvoir aux besoins d’un tel troupeau.

Mais encore là, il le fallait, avait conclu Baptiste,

Aussi les semaines furent-elles longues à la ferme, en l’absence du père...

Mais n’anticipons pas.

(1) Frontière, boundary.

Se rappelant la leçon qu'il avait reçue dans les Grandes Fardoches, M. Pinette contrairement à son habitude, avait profité des jours pluvieux et des longues soirées de l'automne pour fabriquer, au moyen de grosses éclisses de frêne, une certaine provision de carcans, pour tenir ses vaches attachées, l'hiver.

Aujourd'hui cette précaution est inutile, grâce aux carcans mobiles dits : “ Stanchions ” que l'on peut se procurer, à Montréal, chez I. L. Lafleur. 366 r. Notre-Dame, Ouest.

Ce système absolument sûr, et au fond le moins dispendieux puisque les appareils durent indéfinimentrest en usage à la Ferme Expérimentale, à Ottawa, à l'Institut Agricole d'Oka, au Collège Macdonald, et dans la plupart des fermes modernes du pays.

Aux Etats-Unis il est employé depuis longtemps.

Voir gravure de la page 62

Au chantier,

Un soir dans la campe N° 2 de l’un des chantiers

de la Bondrée, le draveur ( de provisions rapporta (1) Du mot anglais driver.

des lieux civilisés une lettre qui rendit tout pensif le meilleur teasmter (charretier) de la conçarne, Baptiste Pinette. Au moins, affirmaient ses collègues, il en eut été le meilleur si ses chevaux fussent arrivés mieux préparés à prendre l’hivernement.

Quoiqu'il en soit, Baptiste était déjà fort estimé dans la campe, Il était bien instruit, disait-on, savait lire et écrire, faisait bien parler une lettre, avait même toujours un fion de prêt quand il s’agissait de correspondances sentimentales, Grâce à ce talent d’épistolier, il était vite devenu le secrétaire général et universel de toute la gang; et même des chantiers voisins.

Aussi ce fut avec regret que le lendemain, trois jours avant Noël, les camarades le virent plier ses sleighs ® pour retourner dans les Townships, où il arriva l’avant veille de Noël.

(1) Note pour la Société du Parler Canayen, Plier ses sleighs, dans le langage suggestif de nos travailleurs es bois n’est pas une simple image. Le charretier qui quitte le chantier, ramène l'arrière train e son double traîneau sur le train d'avant, y jette, pour les besoins du voyage, une grosse botte de foin et un sac d'avoine, puis: «fouette cocher ». Plier ses sleighs a donc la même signification que plier bagages.

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: pensif nçarne, ; collèfussent nt.

estimé ait-on, lettre, s’agise à ce 'étaire ne des

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rilleurs uitte le sur le grosse Plier s.

Le Sauvage,

La Noël menaçait d’être triste au foyer de Baptiste Pinette. Agathe, épuisée par des travaux trop rudes, était à la veille de prendre le lit, et y tenir compagnie aux deux plus jeunes enfants déjà malades.

A la ferme on avait perdu des animaux de toutes les catégories, veaux, vaches, cochons, etc. et la plupart des autres étaient atteints d’affections à symptômes variés. -

Les plus savants du haut, du bas et du centre du rang, tour à tour consultés, avaient attribué ces malheurs divers au vertigo, au mal de cornes, au mal jaune, aux lutins, aux loups-garous ou à quelque maléfice.

Aussi, en attendant le retour du père de famille, les sages du rang avaient conseillé d’enfermer, sans distinction, toutes les bêtes dans l’étable-écurie (aux fins de les y tenir bien à la chaleur) et d’user iibéralement de poivre, de sel et de vinaigre, tant pour les cornes que pour la queue, plus des bouchons en cormier, pour les cornes, et des vesces-de-loup pour les incision: faites à la queue à cause du vertigo.

D: premier coup d’œil Baptiste crut qu’il ne pourrait seul faire face à la situation, et il dit à sa femne :

J’ai envie d’aller chercher le soigneux.

—Quel soigneux ?

—Le Savage, du Lac; le marichal.

—Le marichal savage! Ah! celui qui soigne du secrette ? Ah ben! arrange-toi avec. Tu sais ce que les gens en disent...

—Les gens en disent...les gens en disent... Le curé en dit rien encore, Puis... faut toujours sauver nos animaux.

—Arrange-toi avec, mon homme. Ça me fait rien à moi...

Et Baptiste alla atteler, Pour un voyage de dix

lieues à la recherche du Sauvage, qu’il amena Je lendemain, ‘eille de Noël.

Cet homme ne Paraissait avoir son teint noir, ses longs cheveux assez prononcé, Les gens disaient que perdu la voix dans des excès

tats-Unis, où, Paraît-il, il avait étu

de sauvage que et un laconisme

rdre tout

Paraissait Pas instruit et n'avait pas l’air trop mecieu.

Quant il jasait un peu, il nous autres, mais il tutoyai À mesure qu’il approchait du 3e rang le parlait un peu plus, surtout il questionnait. { Chez cet habitant-ci,» disait-il, {comment-ça n)

—Pas trop ben non plus, répondait Baptiste, une vache de morte hier.

—Il y a quelque chose qui va pas dans la place, déclara le Sauvage.

—Et ici ?

— ci iis n’ont Pu faire de be:

que de Ia colle. Du monde pro

—Je m'en doutais : Ça va mal.

-—Et celui-là, il à dû s’endetteret subir des pertes ?

—Oh, oui! Il a perdu trois chevaux et deux poulains en deux ans...

Il est découragé lui aussi, ses filles sont rendues aux impotiquée.

—1l faudra voir à ça, il faudra voir à ça, disait le Sauvage en hochant la tête. ee

1rre de l’année, rien pre, pourtant !

Son encan est faite; et Jacteries ; sa terre est

En passant au moulin, à un mille de chez lui, Baptiste héla Je meunier gaudriole était prête.

pour lui demander si sa

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uvage que laconisme ivait presisson aux médecine mais que rdre tout procédés

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De la fenêtre la meunière fit signe que nor.

€ Marche,» fit aussitôt Baptiste, appliquant un coup de fouet au cheval, qui enleva le berlot à une allure plus rapide.

Cinq minutes plus tard, la porte du moulin s’entrouvrit, et une grosse voix cria quelque chose. Mais Baptiste, tout préoccupé de ce qui l’atten-

dait dans un quart d’heure à la ferme, n’entendit pas.

L'antique moulin à vent, et même la grande roue hydraulique, qui actionnaient autrefois les moulins à farine sont aujourd'hui chnses du passé.

Il est vrai que grâce à l'Ouest canadien et aux chemins de fer les provinces de l'Est se procurent maintenant à grand marché les diverses farines et “ moulées ”.

Il nous fait plaisir de constater que d'entreprenants compatriotes, dont la réputation en fait de conduite de moulins est universelle dans la Province, ont acquis les Moulins à farine de Rigaud, P.Q.; “RIGAUD MILLING CO. ” et fournissent maintenant aux provinces de l'Est des farines et des moulées de qualité supérieure.

11 nous fait particulièrement Plaisir de noter ce succès de nos compatriotes dans la grande meunerie,

M. Arthur Mercier est le gérant des moulins à farine de Rigaud, et M. Adélard Mercier en est le secrétaire,

Il vaut la peine, à l'instar d'importantes maisons de Quéec et des Cantons de l'Est, de s'adresser à eux avant d'acheter ailleurs.

Le gérant de ce moulin a été lui-même producteur de blé au Manitoba ; et, tout le monde le sait, a de plus une longue expérience dans la conduite des moulins.

Spectacle lamentable.

Après s'être réchauffé au poële à trois ponts et avoir pris une bonne tasse de thé, plus un gros repas de grillades de lard salé, de galettes de sarrasin chaudes et de sirop d'érable, que Madame Pinette avait offert sur une blanche nappe de toile ‘du pays, le Sauvage, accompagné de Baptiste, procéda à la visite de l’étable.

L'auteur de ce récit original et captivant était à cette époque un gamin fourré partout, à preuve qu’il se trouvait là (comme par hasard, bien entendu), quand M. Pinette ouvrit au nord l’unique porte de l’étable pour y faire entrer le Sauvage.

La porte était à peine ouverte qu’un nuage de Vapeur aveugla la compagnie ; ce qui n’empêcha Pas trois petits Pinette et votre serviteur, alors à peu près du même âge que ces derniers, d’entrer quand même à la suite du grand monde.

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tait à reuve ndu), te de

e de êcha Drs à itrer

A l'intérieur le nuage produit par la vague froide qui venait d’entrer paraissait encore plus épais. On n’y vit goutte d’abord; en revanche on réalisa tout de suite que ça ne sentait pas bon dans cette établelà. Puis la vapeur se dissipa, c'est-à-dire se condensa et, grâce à la clarté blafarde qui pénétrait, du côté nord près de la porte, par quatre petites vitres entièrement couvertes de givre et à peine translucides, je finis par compter onze vaches, tellement maigres que, sans la couche de saletés, humides ou durcies, qui leur recouvrait presque tout l’arrière-train, elles eussent été à peu près aussi transparentes que les quatre vitres. Leur dos était aussi couvert de chenilles, que les petits Pinette prenaient plaisir à extraire de leur alvéole en les faisant sauter perpendiculairement en l'air.

Ce sport, pratiqué avec une habilité consommée, était très simple.

Avec les pouces et les index on pressait l’alvéole, et si la chenille était «mûre », elle sautait en l’air comme une flèche, puis retombait comme une balle...

Je vis aussi trois chevaux, dont l’un surtout, une jument métiffe érabe, à ce que l’on me dit, paraissait n’avoir rien mangé depuis au moins la Confédération, et à travers la peau de laquelle on pouvait étudier l’anatomie, peut-être même l’astronomie, la géométrie, la philosophie, plus l’histoire du Trois et des Townships.

Derrière les chevaux, dans une espèce de cloaque, de marécage enclos où ils vadrouillaient depuis des semaines, quatre grands cochons, bruyants et maigres criaient gratuitement leurs souffrances à tout venant. Leur infernal concert redoublait d’intensité si on avait le malheur de prononcer devant eux le mot siau ou air pur.

Une barrage derrière les vaches tenait 2mprisonnées une vingtaine de brebis, à moitié suffoquées par la chaleur malsaine qui se dégageait de cette agglomération de toutes les bêtes de la ferme.

En face des vaches, sur la longue auge en bois, fabriquée avant Je mariage de Baptiste, des poules souffreteuses, au plumage terne et sale reposaient

vaches, il me répondit avec une admirable quiétude de conscience: « A

Quand on ouvre la porte pi qu'y fait frette dans

restait ouvert de deux doigts, vu que les petits Pinette, dans leur <mpressement habituel à finir le truin, en néglig-aient les détails. La colonne d'air qui tombait du guichet solidifiait les ch. ses humides qu’elle rencontrait, et de plus incommodait les vaches voisines jusqu’à leur donner des diarrhées chroniques.

Par contre, derrière les chevaux, le fumier accumulé depuis l’automne servait de réchaud sinon de désinfectant à l’air que respiraient les bêtes.

De tout cela, et malgré le froid du dehors, se dégageait une atmosphère humide, tiède et fétide. En certains coins elle était absolument nauséabonde, à preuve que le Sauvage avait déjà deux fois doublé le volume de sa chique.

Le mur sud, absolument vierge d'ouvertures, sauf le guichet, ruisselait d’ure buée intense, tout comme le plafond ; le mur nord, surtout autour des deux seules ouvertures du bâtiment, était couvert de frimas.

Le Sauvage, comme stupéfait, regardait tout cela

d’un air effaré, portait la main au front, mais restait muet.

en bois, ; poules osaient aient le oir.

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Et M. Pinette regardait tour à tour le Sauvage

puis ses bêtes,

Nous, les jeunes, regardions les deux hommes.

L'âme commune souffrait évidemment, ou au

moins était inquiète. L'une des plus grosses vaches essaya de se lever, mais n’en eut pas la force. Le bruit qu’elle fit en retombant avec lourdeur sur le pavé gluant, détermina chez les autres animaux le mouvement d'ensemble inquiet, puis nerveux, qui se produit quand le troupeau voit ou espère voir venir la ration.

Le mouvement, comme une onde, se propagea à toute l'étable - écurie - bergerie - porcherie - poulailler. Toutes les bêtes y prirent part, puis se calmèrent.…..

L'onde avait passé...

Mais au fond, là-bas, les deux bœufs de travail, qui depuis plusieurs minutes nous regardaient tristement de leurs grands yeux doux et mornes, tournèrent ensemble la tête vers le groupe humain dont M. Pinette était le centre, puis relevant le museau et le regardant presque fixément comme s'ils eussent voulu s'adresser spécialement à lui, firent tous deux entendre un mugissement, à la fois si lugubre et si plaintif, qu’au milieu du silence général, quelque chose de navrant nous gâgna. Et M. Pinette tourna la tête, évidemment pour cacher les deux grosses larmes que nous voyions perler à ses yeux...

Pourtant c’était la Noël, la Noël toute d’allégresse, puisque dans quelques heures les joyeuses volées des cloches au son argentin allaient convier aux joies célestes, puis aux innocents mais inexprimables plaisirs du foyer les peuples chrétiens en

liesse..….

Où l'on Pressent du mystère,

Le Sauvage prit M. ri Main sur l'épaule, Puis, basse: « Renvoie les enfa à te parler, »

Les enfants sortirent, mais non pour aller à Ja maison, Les Petits Pinette, 8rognant contre le Sau- Vage et disant : (On est chû-nous icitte », entrèrent dans la batterie contigie à l'étable, Je le:

nette à l'écart, Jui mit la le tutoyant, Jui dit à voix nts à la maison. J'ai affaire

vimes et entendîmes ce qui suit:

Il y a de l'extraordinaire,»

— Comment de l'extraordin Pinette.

disait Je maréchal, aire ? répondit M.

—Jamais! Ma femme peut le dire.

Je n'ai Pas été élevé richement, mais,

Dieu merci, mon défunt père, it son Ame, dit M. Pinette, por-

+ Tu connais de chicane

«Ya... le Toine, mon Vois... ; -.. dit Baptiste, regrettant m propre.

le sentiment qui faisait

taire M. Pinette et dit: « Va-t-en à la maison, puis

laisse-moi faire.»

lui mit la dit à voix J'ai affaire

aller à la re le Sauentrèrent Y suivis, idîmes ce

réchal, ndit M.

n? T'as

| pas été nt père, te, porà appris monde, ’onnais hicane

Vois... ; ettant

aisait » puis

Dans la loge.

M. Pinette sortit, mais nous restâmes dans notre «loge», et nous vimes le maréchal examiner les murs, les mesurer, les sonder, puis en faire autant pour le plafond et le pavé.

Puis il éclata de rire; d’un rire qui nous fit frissonner et fit murmurer à l’atné des Pinette: «Il parle au Méchant Esprit Et il rit avec... « Sauvons-nous!...»

Le Sauvaye sortit lui-même presqu'aussitôt, et gagna la maison, où nous nous cachâmes encore pour écornifler...

Le sort.

«C’est un mal donné, disait le Sauvage, en tête à © tête avec M. Pinette:

— Comment un mal donné ?

— Oui, un sort. Et un sort d’hiver encore! Et je n’y puis rien seul, c’est-à-dire sans ta permission; et sans le secours de l’homme qui a jeté le sort. Il a les sens plus fort que moi. Il faut qu’il soit ici et qu'i consente. Le sort est entré hiverner là, mais si sortir dans 13 jours, un vendredi.

—Mais s’il faut que celui qui l’a jeté y soit,

hasarda M. Pinette, évidemment Pour gagner. du temps et réfléchir.

—Celui qui l’a jeté, le Sauvage, charge. Donne-

—Peu après les vitres étaie épais, jonglait avec le Cuper de ce qui se

—1l vient, dit-il; bonne, il vient.

—Qui ça, demanda M. Pinette.

—Chut! On nomme personne. .. jamais! entendstu?... Jument grise; grelot fêlé. Il va te rendre un service... Il est Pressé... Bon! A l'ouvrage,

se levant tout à lancs sur lesquels

charges...

—Mais M. le curé, commença M. Pinette ?

—Le curé ne di j'sus catha-

ira rien. J’en réponds; lique moé aussi.

Baptiste commençait pres Promis le meilleur de ses trouvait le remède au mal.

qu'à regretter d’avoir chevaux au Sauvage, s’il

en tête à

e! Et je ssion; et Ilales et qu'il st censé peut le

Y soit, ner. du

lement su

, dont | givre t s’oc-

Devinant sa pensée, le Sauvage dit: «Cette nuit on ira à la messe et on verra le curé, si tu veux. Si je guéris pas tes animaux tu me devras rien. Mais si tu ne me laisses pas fai: seul avec l’homme qui va venir, ramène-moi chez-nous tout de suite. Je ne m'en mêle plus. C’est oui ou non, et dépêche-toi! l’homme s’en vient.»

—Quel homme ?

—Le seul homme qui puisse m’aider à chasser le sort. On ne nomme personne et on n’accuse personne; je l’ai déjà dit!

Baptiste, de plus en plus ahuri et perplexe, entra dans la grand’chambre où se tenait Agathe.

J’ai tout ertendu, déclara spontanément cette dernière, passablement consternée. Je ne m’en mêle pas... Ton Sauvage, tu sais!... arrange-toi avec... Je veux faire mes Pâques cette année encore... Je n’ai jamais vu d'histoires comme cela dans la Beauce. Des vieux draps il y en a dans l’armoire ; dans la tablette du mitan...

Un son de cloche félée venait de se faire entendre au dehors; puis quelqu’un frappa à la porte et entra. C'était Antoine Charlot.

(1) Milieu (vieux français, encore usité dans la Beauce).

Où Madame Pinette pâlit.

Antoine avait l’air pressé et parlait haut.

{Bonjour la Compagnée, » dit-il d’une voix forte, un œil sur le Sauvage, l’autre à la fenêtre... « Coudon, Baptiste, » continua-t-il, «je t’ai apporté une poche de gru; où est-ce que tu veux que je mette | ga ?... Wo! Arié la Grise... .)

Mais la Grise, laissée à la porte,

filait à une vitesse inacoutumée vers l’étable,

où Antoine la poursuivit...

| M. Pinette regarda puis entra dans la grand'cham- | bre, où Madame Pinette était toute pâle...

(Qui est-ce qui lui a dit qu’Antoine avait une jument grise et une clochette félée ? interrogea-t-elle avec anxiété, A-t-il pu le voir venir avec sa grise ou entendre la clochette.

—Non, c’est impossible,

—Lui en as-tu parlé ?

—Non.

—Vous êtes, vous arrêté quelque part? A-t-il parlé à quelqu’un dans jes environs.

—Pas à ma connaissance.

pas! :

—Mais qui a bien pu lui dire tout ça ?

—Le Bon Dieu le sait!... répondit Baptiste de plus en plus intrigué.

—Je pense pas que ce sit le bon Dieu qui lui ait

| dit tout ça.., Au contraire! En tout cas, ce pauv’Antoine, faites-lui rien toujours...

D'ailleurs ça se peut

Dans la cuisine le Sauvage donnait des signes d’impatience.

| Antoine retourna auprès de lui,

| . aussitôt la parole. «Je ne lui ferai

que ça, déclara-t-il, ni à toi ni à te

{ je vais travailler dans ton éta

{ marteau neuf et une égohine

et ce dernier prit pas plus de mal S animaux; mais ble avec lui, un

neuve, Est-tu

forte, « Couté une mette

vitesse 1ivit….

cham-

t une -t-elle grise

« décidé?... Va t'en à l’église et laisse-moi faire « avec l’homme aujourd’hui. Après demain ce sera « à ton tour de travailler... C’est oui ou non.)

Baptiste regarda sa femme, et finit par répondre:

—Fais pas de simagrées inutiles.

—Crains pas.

—Surtout, faites pas de commerçages avec les gens de l’autre monde... avec... les Mauvais Esprits, écoute !

——Non, mais donne-moé les draps.

—Ça presse-tlage je t'en baré un. ©

Encore ; c’est bon, je m’en vas voir l’homme.

.autrement..

y? Quand je serai revenu du vil-

(1) baillerai, donnerai.

Antoine et le Sauvage

C’est vous qu'êtes le marichal ? dit Antoine au Sauvage, dès que celui-ci l’eut rejoint à l’étable, ui Monsieur.

—J’ai entendu dire, continua Antoine, e: :re deux touches et en refoulant Je tabac de sa pipe du revers de son Pouce, j'ai entendu dire que vous soignez du segrette ?

—On : it Pas toujours comme on veut.

—Vous allez me dire j | quoi est-ce qu’y ont do

r, un sort d'hiver! I] est

la grange; à st logé Partout, jusque dans le fumier, -.. Faut le faire sortir malgré lui ; et pas Par où il est entré; ilr

eviendrait tout de suite. Faut le faire sortir par le

fin faîte de la grange,

—Ah ben!...

— Voulez-vous lui . rertdre un service à votre voisin ?

—Vous le Voyez ! j'étais venu Pour ça. —Peux-tu trouver

cinq ou six bons hommes pour un bi? :

— Une courvée ?

— Oui, une Courvée, —C'te relevée ?

| | —Tout de suite ; au plus vite.

| — Oui! et des bons! le IE père),

un bi, n’importe,

(: 8e rang.

ntoine au table,

le, e: re Pipe du ue vous

X, mais

Il est ge; à fumier, malgré t tout de la

votre

pour

mon voisin arboutant.... Y viennent toute d’achever de faire boucherie chu moé; y peuvent même commencer avant dîner si vous voulez.

—As-tu de la planche chez vous ?

—Oui ; pourquoi ?

—Ben, avant dîner cu’ils fassent, premièrement, comme manière de tuyvu carré, un peu plus grand du bas que du haut, une quinzaine de pieds de long, deux pieds carrés au moins, deux par trois pieds, disons.

—Mais pourquoi ça ?

—Pour faire sortir le sort. Puis dis leur, quand ils viendront de ne pas me poser deux fois la même ques'ion. C’est important !

Pour engraisser vos porcs servez-vous des moulées de RIGAUD.

Le‘bi”.

Le bi, c’est-à-dire la corvée collective, commença Presqu'aussitôt, et en l’absence de Baptiste. Ce dernier était descendu au village et avai

équidés et les bovidés furent étrillés, brossés, etc. les questions

— Pourquoi tant écurer que Ça, je vous demande, faisait l’une ?

—Le Méchant aime la Cochonnerie, Madame, répondait le Sauvage.

—Mais les cochons, eux, ne font pas de mal dans l’étable ; Pourquoi pas les laisser là ?

—Vous avez jamais entendu lire, Madame, que le Méchant Esprit, chassé de la Maison, se réfugia

dans le Corps des Pourceaux, qui allèrent ensuite se noyer.

—C’est pourtant vrai!

— Pourquoi ce tuyau carré que vous faites Partir

du plafond et qui va jusqu’au dessus du faîte de la grange ?

commença tiste. Ce L consenti uit, et à oudrait à maléfices, capitaine liate des table fut ême des

uées au id. Les és, etc.

iestions Le de la illeurs, t, lacoaterro- S qui, it par à lande,

lame, dans que

ugia € se

rtir e la

—C'est pour faire sortir le Méchant, Madame.

—Pourquoi tant de châssis, du côté du sud; les deux châssis de couche-chaude à Mame Pinette, puis les deux grand trous carrés où il n’y a pas de châssis ?

—Le Méchant aime la noirceur, il a horreur de la lumière et se complaît dans les ténèbres, comme dit

Monsieur le curé au prône.

(Les dames entre elles: (On voit qu’il fréquente

l’église, toujours! »...)

«La Gazette.»

A la brunante arr surnommée « La Gazette » à cause de

dénicher et

r, à grossir les r bliques les plus banales,

Cancans les plus abenrdes.

| Cette fois la commère Peu en retard dans |’

umeurs pu- Comme à faire naître les

elle ves -là à ma femme

est pour le Sau-

trouva M. Pinette, disant 8u commis: « Si tu trou (une occasion, env,

{tout de suite, et fais

(attention, M «le Sauvage

{Pirette en Baptiste, commère, se h

t pas à la et sans plus

surnomcause de icher et prenait surnom ite à les urs puître les

nt soit s foncelle ne comme

> Corige, où qu'elle dérou-

, elle ouves emme Sau-

qu'il ssent ra et

s en ette; en )resame ee.

À la lus

d'explications. Et il s’esquiva pour ne pas avoir à répondre aux questions qui brûlaient les lèvres de son interlocutrice, et qu'effectivement elle posait déjà.

Ne pouvant rien obtenir de plus en fait de nouvelles, «La Gazette» fila vers le Trois, dans sa cariole rouge, avec le mystérieux paquet.

Rien de plus pressé que de l’ouvrir et de l’inventorier dès qu’elle fut hors portée de tout regard. Quelle ne fut pas sa déception de constater qu’il ne contenait que du vulgaire coton jaune, très clair, «du coton de six sous la varge » ! fit-elle avec un espèce de dédain.

C'était tout de même une raison de plus pour hâter son arrivée dans le Trois, où la situation était devenue critique.

Où Ch'niquy est appelé au secours,

A l’étable les travaux achevaient et tout le monde voulait savoir Pourquoi les deux ouvertures béantes entre les châssis vitrés, c'est-à-dire entre les deux châssis de couche chaude qui ornaient maintenant le mur sud et l'éclairaient.

Pressé de questions, le Sauvage se contentait de répondre qu'il lui manquait quelque chose, puis regardait furtivement Madame Pinette. Cette dernière ne disait rien, mais Paraissait assez embarrassée.,

L'arrivée de la mère Parlaplein sauva la situation, tout en la corsant d’abord.

« Tenez », fit-elle tout d’une haleine, en remettant le colis à Mme Pinette, « Monsieur le curé vous envoie Ça. Puis y est Pas content ! Ça me surprendrait pas de le voir arriver d’une minute à l’autre. Y serait venu tout de suite si y avait Pas tant de presse pour la confession... Vous comprenez que jme suis dépêchée : vous monter Sa avant qu'y arrive... Vo’t mari air si abattu, c’pauvr’homme!... Il m'en a fa'' ‘es recommandations !....Dans le village, y disent toute qu'y savent pas comment ça va revirer c’taffaire là ! Y en à plusieurs qui pensent que Ça pourrait ben aller mal, surtout si le curé s’en mêle! Ety parait qu’y va en faire une prêche demain !.,.»

—Eh!Eh!la mère, interposa le père Tremblay, vous en faites pas un peu ?

—Qui ça, moé ?

—Oui, vous. Vous en rajoutez pas un p'tit brin ?

—Moé en rajouter ?.. Pour quisse que vous me prenez?....,

—Ÿ avez-vous seulement parlé au curé ?

—Ben mon gueu seigneur ! je penserais que j'y ai parlé ! je sors de la confesse! 5

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—C'est à confesse, que le curé vous à dit tout ça, demanda l’un des fils Tremblay, gouailleur reconnu, qui avait déjà eu maille à partir avec la vieille.

—Toé mon grand élingué, viens pas m’achaler!... T'es t’encore trop jeune pour faire le tour de mon jardin !... Oui, ris, ris Eh visage !....T'es ben assez r’négat pour parler au yâbe toé aussi... espèce de Ch’niqui!...

Où Satan se baraude. ...0n vain

Pour toute réponse à cette flèche du Parthe évidemment dirigée contre lui aussi, le Sauvage ouvrit le paquet et en cloua gravement le mince coton jaune aux-câdr- des deux grands trous restés ouverts entre les châssis vitrés. Puis, non moins solennellement, il ajouta : « On verra si le curé en sait aus:i long que nous autres »..,,

L'air froid du dehors, plus lourd que l'atmosphère intérieure, exerça aussitôt sur les blancs et gracie 1x cotons une pression telle que ces derniers se gonflèrent un peu à la manière des voiles de bateaux, ce qui rappela au père Tremblay d'agréables souvenirs et lui fit remarquer : ( C'est joyeux icitted’ans!....»

Ça sent meilleur qu’à matin toujours, ajouta Antoine.

Oui, mais c’est Pas encore assez clair, retorqua le Sauvage. 11 faudrait blanchir les murs à la chaux, mettre tout blanc, pour être sûr que le Méchant ne revienne nas une fois sorti. Mais le soleil l’épeure déjà pas mal; l'air frais qui arrive par les cotons va le repousser par toute l’étable, où il va se barau-

der comme un chien fou Pour essayer à sorti: tout de suite par un côté Pour rentrer par l’autre. Mais il sera bien attrapé; il ne pourra pas sortir; les cotons et les vitres vont l'empêcher, Une fois découragé il s’en ira tout seul par le tuyau, jusqu’au-

dessus de la grange et on en sera débarrassé pour toujours...

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Madame Parlaplein retourna au village assez à bonne heure avant la messe de minuit,

Elle eut affaire, cette fuis, dans toutes les maisons, où après échange des saluts d'usage elle disait: « Contez-vous qui s'en passe des affaires au jour «d'aujourd'hui! Si c’est pas effrayant! »... Ou encore : 4 Croyez-vous, hein, si c'est pas trop «triste pour ce pauv’ Baptiste Pinette ?...»

Si on faisait la sourde oreille, si on avait l'air de ne pas saisir l’allusion, elle ne se sentait que plus heureuse; et sur le ton de l’étonnement le plus parfait, elle continuait: « Comment! vous ne savez pas ? «Mais le diable est aux vaches dans le Toa!... Y «a peut-être cinquante personnes de rendues dans «l’étable à Baptiste... des hommes, des créatures, « jusqu’à des enfants...»

—Qu'est-ce qu’y font là ?

—Y font!... Y regardent mourir les alimaux à Baptiste, pi y regardent L'’Antercri ( faire ses simagrés.

—Qui ça, l’Anteurecri ?

—Mais, le Savage, du lac, le marichal! Y parait qu c’est L’Antercri tout pur, le guiabe en personne ce savage là. Les cheveux en redressent rienqu’à l’ntende parler... Baptiste est venu trouver le curé Lur le faire envoyer, mais le Savage y a fait réponse qu'y partirait quand y voudrait... qu'y était maître dans l'étable. Si c’est pas effronté ! Faut dire aussi qu'y n’a un bon avec lui pour le seconder : le gâs du père Tremblay, le Djimé, là ! Que ça a couru l’Afrique et l'Amérique ; les chanqués pi les facteries ; ça été jusque dans le Michiganne, en en haut de Shalbrouque ; c’est à moitié pratestant : ça peut éventer les sacres ; pi c’est bon

(1) L'Antéchrist.

qu’à reluquer le monde. Ane vraie mauvaise langue... Jamais je crérai! ça viendra à être ramassé Pourtant ce visage insécrabe là...

« En tout cas, M. le curé est ben en peine avec tout ça... Même c'est juste si y va Y avoir une messe de min-nuit c’t année... à ce qui paraît...» C'te pauve Mame Pinette aussi est ben malade avec tout ça...»

Bref la commère fit un tel potin à propos de ce qui se passait dans l’étable de Baptiste, que ce dernier remonta en toute hâte à son domicile.

Appareil à faire sortir le Méchant, Belzebube, etc. En vente chez I. L. LAPLEUR, 366 r. Netre-Dame, Montréal.

(Voir note, page 34.)

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La fin approche.

(Celle du conte—Découragez-vous pas).

Le Sauvage, voyant revenir Baptiste avant l’heure convenue, devina le motif qui l’amenait.

Aussi pour couper au plus court, il se porta audevant de lui et se hâta de déclarer: « Bonne! Ça «va comme sur des roulettes, et je repondrais déjà « de tout si je ne craignais que le sort fût aussi logé « dans ta grange et dans ton fourr..e. Pour le faire (sortir, il faudrait hacher en murceaux le foin et la {paille des vaches. »

—d’ai une vieille affaire pour hacher la paille..., et que j'ai achetés à l’encan à la Pointe-Lévis, risqua Baptiste...

—Bonne !...

A ce moment, deux des petits gars de Baptiste apportaient de la grange l’un une brassée de paille, coupée à la faucille, l’autre une brassée de long et gros mil de terre neuve, coupé très mur.

Ces deux rations étaient destinées à la seule vache qui donnât encore un peu de lait, pour le petit dernier qui relevait de la coqueluche.

Le Sauvage examina ces fourrages, les palpa, les flaira, fit une grimage, puis dit à M. Pinette :

—Tu n’auras pas grand lait avec ça, mon vieux. Le sort est encore pas mal là-dedans, surtout pour les vaches. Le mil peut faire pour les chevaux. Ils vont dehors, eux: ça fait évader le Méchant. Mais pour les vaches, surtout si tu n’as pas de trèfle, de blé d’Inde, ou de légumes (lesquels sont moins sujets aux sorts), hache ton mil et ta paille, puis une fois hachés, ébouillante-les; c’est plus sûr!... Ensuite laisse reposer ça plusieurs heures avant de le donner aux vaches. Avant de le faire manger, sens-le, ton fourrage. Si y sent fort, c’est que le Méchant, en est sorti et a laissé son

odeur. C’est le temps de le donner aux vaches. Ensuite, donne à chaque vache sept poignées de son: trois poignées de la main gauche et quatre poignées de 1* main droite.

Pour faire ça, ferme-toi les yeux durs; ou regarde en arrière pour pas voir ce que tu prendras dans le quart ou la poche; mais prends tes poignées aussi grosses que tu pourras, puis jette-les dans le fourrage ébouillanté. C’est. pas battu pour achever de combattre le Méchant qui cherche à se fourrer jusque dans le corps des animaux. Si à part ça, tu veux donner de la moulée sèche, surtout aux vaches que tu tires, n'importe quelle main peut faire...

Le coq à Baptiste.

Jimmy Tremblay, qui avait toujours été pas mal cocassier, mais l'était encore plus depuis son retour des États, venait d'entrer dans l’étable, portant sous son bras l’unique coq du troupeau de poules

de M. Pinette.

Le pauvre animal, faisait pitié, tant il était sale, maigre et vermineux.

Le Sauvage dit à Jimmy: «Tu connais ça, toé, de l’onguent gris !...»

Tout le monde se mit à rire, car on savait que Jimmy était récemment revenu du chantier précisément parce que l’usage de l’onguent gris y était devenu nécessaire, —temporairement au moins— pour tout le monde.

Or, la rire Parlaplein elle-même était obligée d'admettre que, malgré tous ses défauts, Jimmy possédait au moins une vertu : celle de la propreté.

C’est pourquoi il était venu passer dans sa famille le temps des fêtes, en attendant que‘la nécessité de l’onguent mercuriel, au chantier, fut disparue,

—Mets-lui gros comme un pois d’onguent partout où il a des bibittes, continua le Sauvage, désignant le coq; mais fais attention; c’est poison,

Et s'adressant à M. Pinette :

—L’'année prochaine tu ferais ben mieux de te construire un petit bâtiment exprès pour tes poules. Un seul lambris de planches ; le devant exposé au Sud, avec un grand châssis vitré et deux bons châssis en coton jaume commun. Chaque fois qu’il fera beau, et quand mêre il ferait froid, tu tiendras ces deux châssis ouverts toute la journée, pour que le soleil et l’air y entrent...

Au moyen d’un crayon de charpentier, le Sauvage exquissa grossièrement sur le mur encore tout « frimassé », la charpente et l’intérieur du bâtiment proposé, lequel devait avoir quinze pieds carrés et pouvait contenir, disait-il, une cinquantaine de poules.

Rappelant ses souyenirs l’auteur a pu retracer les grandes lignes de la construction et de l’aménagement intérieur esquissés sur le mur de l’étable par l’ex palfrenier de l’école vétérinaire américaine.

Et il est heureux d’en fournir à la fin de cet opus-

cule un dessin assez fidèle. (

Le Sauvage énuméra les divers soins à donner aux volailles, puis sortit d’une crèche un sac contenant une grossière poudre noire, et dit à M. Pinette : « Tiens toujours de ça davant les poules, du com- « mencement de l’année à la fin. Tiens en toujours € aussi devant les tout petits poulets. Donne-z’en € aussi à tes porcs; ça les tiendras en appétit, ça «les «tônera» et ça les empêchera de manger « leurs petits. »

« On dirait à la voir que c’est du charbon ou de « la poudre qui vient de l’enfer; mais crains pas; € y a rien de mieux, pour la volaille surtout... »

() Pour plus de détails sur le sujet, comme sur tout ce qui concerne la production et le commerce des oiseaux de basse-cour, demander au Département de l'Agriculture, à Québec, la brochure « L’Industrie A vicole ».

Êlle vous sera envoyé gratuitement.

(2) De l’anglais to tone: tonifier.

Le docteur sauvage dut interrompre ici ses ordonnances.

Un autre personnage venait d’entrer et réclamait l’attention de Baptiste. è

C'était le meunier.

—Tiens, disait-il à Baptiste, je t'ai apporté ta gaudriole, remets-moi le gru..…..

—La gaudriolel mais je l’ai reçue, fit Baptiste,

—Eh non! Le Toine s’est trompé de poche. Quand t’as passé, à matin, si t’avais attendu ains seulement dix minutes tu l’aurais eue...

—Si j'avais su !

—Je t'ai crié; mais je voyais que t'étais pressé;. . c’est pour ça que je t'ai dit: « Je te l’enverrai par le Toine, je pense que c’est lui qui s’en vient avec sa jument grise, j'entends sa clochette félé. .. J'ai cru que t'avais entendu ; ton associé, ce mecieu-là, fit-il en désignant le Sauvage, s’est redeviré. Vous avez pas entendu, l'ami ?

L’ami, c’est-à-dire le Sauvage, avait de bonnes raisons pour garder

€... de Conrart le silence prudent.»

Aussi se contenta-t-il de murmurer négligemment : « On avait le vent contraire, voyez-vous...»

Cette mystérieuse poudre noire n'était autre que du charbon de bois, que le Sauvage avait, à l'insu de tous, fait venir de la forge du Village.

A cette époque, en effet, les forgerons se servaient encore beaucoup de charbon de bois pour alimenter leurs feux. Et ils le fabriquaient eux-mêmes, assez souvent.

Aujourd'hui on peut se Procurer, presque pour rien, cet article indispensable aux volail'es, dans notre pays.

Ainsi, à Québec, la “ Standard Chemical Co. ", en fournit, en poudre, pour 5 et 10 sous le sac de trois minots.

En gros morceaux la même compagnie le vend 15 sous le minot, ou encore 10 sous le sac d'un demi-minot. Trois sacs pour 25 sous, 12 sacs pour 75 sous.

S'adresser À la “ Standard Chemical Co. ”

LEO GAUDRY, gérant local, 92 r St-Roch, Québec, (au Palais, près de la gare du Canadien Pacifique.

Où le Toine parl2 aplormt* ... et Jimmy se croit aux noces.

«A c’theure, hourrah ! gréyons-nous pour la messe, dit le père Tremblay. »

Le Toine, qui aimait toujours à dire son mot, s’avança alors et, scandant chacune de ses phrases d’un geste décidé, parla en ces termes : « Ecoutez «mes amis, on à fini notre ouvrage; puis j'ai un « mot à vous dire. 4 J’ai fait une grosse boucherie, «vous le savez... Ma femme achève de faire le « boudin et les tourquières. Les croquecignoles sont «parées.» « Mame Pinette est trop maladif c’tan- « née pour qu’on y laisse mettre la table, après la « messe, pour le réveillon.» « Entre voisins, faut «s’entr’aider. » € En remontant du village, Baptiste, «sa femme, Monsieur le Savage, le beau-père, les « jeunesses pi les créatures vous arrêterez toute à la « maison, réveillonner sans cérémonie, se divartir, Cet prendre du plaisir toute ensemble... On va se «réjouir ! »

«Hi! Hi!» fit entendre joyeusement le Djimé, d’un cri aigu, léger soprano. Et il accompagne son exultante et folichonne exclamation d’un vif et subtile pas de danse, exécuté avec maestria, et terminé par un step si entraînant que l’on se serait cru aux noces.

Le proposition du Toine fut reçue par une ovation et... qui fut dit fut fait...

Vingt ans après.

Vingt ans après je demandai au vieux curé de l'endroit pourquoi en l’an de grâce 187.., il avait laissé une espèce de sorcier sauvage faire du spiritisme dans sa paroisse,

« Ce prétendu sauvage, répondit le vénérable pré- «tre, ne l’était pas plus que vous ou moi ; pas plus « spirite et pas plus médecin non plus. Il était « cependant doué d’une belle intelligence et se fut « rendu utile à la société si son ivrognerie ne l’eut { sans cesse empêché de travailler et de s’instruire.»

« Complètement décavé, ne sachant que faire, il «entra un jour comme garçon d'écurie dans un « hôpital vétérinaire de la Nouvelle-Angleterre. « Tant qu'il y resta, c'est-à-dire tant que son mal- « heureux vice ne l’en chassa pas, il eut l’occasion « d'observer et de noter les précautions et les soins « hygiéniques, les divers régimes alimentaires, etc., € auxquels avaient recours les médecins vétérinaires € pour guérir la plupart des animaux malades et, le « plus souvent, sans aucun traitement médical pro- « prement dit.

« Mis à la porte de l'établissement pour excès de « boisson, il profita des connaissances (pourtant « fort élémentäires) acquises là, pour gâgner misé- « rablement, mais assez honnêtement sa vie en « mettant ou laissant le public de la campagne « sous l’impression qu’il avait recours aux esprits « dans l’exercice de son art.

« Il passait en effet pour un artiste quand il s’agis-

.{ sait de guérir sans drogues.

« Je crois aussi que sa mentalité, ou plutôt une « certaine tournure particulière d'esprit, lui faisait « prendre plaisir à mystifier les gens comme il l’a « fait dans le Trois.»

« Il s’appliquait à faire observer à ses clients les « principes les plus élémentaires de l'hygiène ; mais

€ il entourait ses ordonnances de tant de mystère et « de pratiques superstitueuses, qu'on le prenait pour « un véritable magicien.

« Lui-même au fond se moquait et s’amusait de « la naïveté populaire, mais il savait que, dégagés « de tout cachet superstitieux ou cabalistique, ses « conseils et ses prescriptions n’eussent pas été mis « à exécution, pas plus que ne l’étaient les avis du « curé et des médecins vétérinaires quand ils repro- « chaient à leurs gens l’insalubrité de leurs bati- « ments de ferme, et leur manie de trop peupler « les étables, sans même songer à y faire entrer une « bouffée d’air pur ou un rayon de soleil.

« Voilà pourquoi je laissais faire le prétendu Sau- « vage, qui prenait plaisir à trouver à tous maux « des causes occultes, puis des remèdes mystérieux. « Ainsi, lorsque tard en été il se présenta chez « Baptiste Pinette poür réclamer un peu d’argent « Baptiste le lui donna de bon cœur, déclarant que {ses animaux étaient entièrement revenus à la « santé. Mais, ajouta Baptiste, depuis le printemps « je ne puis pas faire de bon beurre.» « Ça déclara

{spontanément le Sauvage, c’est un sort d'été, « faudra voir à ça.»

Nous reparlerons peut-être de ce sort d'été... à Pâques ou à la Trinité.

Aujourd’hui mon histoire finit dans par là.

Excusez-là.

Postcriptum.

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