‹ Le Diagnostic et le Traitement Chirurgical des Étranglements InternesChapitre 14 sur 32 · TITI. PARALYSIES RÉFLEXES · texte numérisé non relu

TITI. PARALYSIES RÉFLEXES

On sait qu’il y a deux espèces d’actions reflexes: les unes produisant une contraction de la fibre musculaire, d’autres, au contraire, se manifestant par une paralysie; ce sont les actions réflexes d'arrêt. À propos de ces dernières, M. Brown- Séquard (1), dans ses leçons sur les différentes formes de paraplégies, a démontré, et ce fait est généralement admis, que certaines paralysies des membres inférieurs dépendent d’une affection des parties voisines, étrangères aux centres nerveux (utérus, vessie, etc.), et disparaissent avec la maladie qui les avait produites. Pfugger (2) a obtenu l'arrêt des mouvements de l'intestin grèle en opérant une irritation mécanique de la peau de l'abdomen. On peut dès lors, et l'expérience de tous les jours en fournit de nombreux exemples, admettre un faux-étranglement par cause réflexe. Les affections qui peuvent y donner lieu sont fort

variées.

Sur18 cas de faux-étranglements réflexes que nous avons rassem-

bles, nous trouvons :

6 cas d’ectopie testiculaire (Curling, Valette, Henrot). 2 cas d'hydrocèle enflammée (Chassaignac, Dupuytren). 10 cas de tumeurs ou kystes des régions inguinale ou crurale

(Tillaux, Henrot).

Dans ces circonstances, les accidents d’étranglement, sont presque toujours rapportés à un étranglement herniaire; en tout cas, le diagnostic ne reste pas longtemps douteux, car le caractère le plus frappant de ce genre d'occlusion est de cesser rapidement lorsqu'une opération appropriée a fait disparaître la cause qui lui don-

(1) Brown-Séquard, Lecons sur le diagnostic et le traitement des principales formes de paralysie des membres inférieurs. (2) Brown-Séquard, loc. cit., p. 42.

nait naissance, cause qui dans la majeure partie des cas est évidente pour le chirurgien. Ceci est heureux, car d'autre part les symptômes offrent une analogie frappante avec ceux de l’étranglement vrai: ainsi dans presque tous les eas que nous avons analysés, on voit les vomissements devenir franchement fécaloïdes et la constipation résister absolument aux purgatifs. La douleur présente cependant une particularité importante, c’est que, quoique s'irradiant dans tout l’abdomen, elle paraît cependant avoir son maximum d'intensité et comme son point de départ dans la partie lésée. C’est ce qui était bien manifeste chez un malade atteint d’une paralysie réflexe par suite de la suppuration d'un kyste inguinal droit et que nous avons eu l’occasion de voir cette année dans le service de M. Tillaux.

L'ectopie testiculaire avec étranglement de la glande donne souvent lieu aux symptômes d’occlusion interne. M. Valette, professeur à l’Ecole de Lyon, a présenté à la Société de chirurgie de Paris une observation de ce genre que nous résumons ici pour donner une idée de l’ensemble des signes présentés en pareil cas par le malade.

Oss. VI. — X..…., terrassier, 21 ans. Ascension du testicule droit dans l’aine après un violent effort, le 22 février 1869. Douleurs violentes surtout à la région inguinale. Coliques, vomissements bilieux, puis fécaloïdes. Ventre baïlonné, douloureux à la pression. Alternatives d’amendement et d’exacerbation des symptômes jusqu’au 27 février. Ce jour-là, castration; cessation immédiate des

signes d’occlusion. Exeat, guéri le 419 mars.

Nous avons vu cette année un exemple de ce genre dans le service de M. Laugier.

Voici quelle est en pareil cas la pathogénie des accidents d’occlusion. Il y a d’abord irritation des nerfs testiculaires à la suite du déplacement et de la compression de l'organe,

(1) L'observation détaillée se trouve publiée dans le Bullet. de thé-

rapeutique, 45 mars 1870, p. 213.

(2) Comptes-rendus de la Soc. de chir., séance du 28 avril 4869.

puis cette impression est transmise à la moelle qui réagit sur l’intestin par l'intermédiaire des fibres du grand sympathique; cette action paralysante du grand sympathique se produit aussi bien sur les fibres musculaires de l'intestin que sur ses vaisseaux et occasionne l'arrêt des matières alimentaires, les phénomènes d’étranglement et enfin la congestion.

Après avoir rapporté l'observation de son malade, M. Valette ajoutait qu’il est bon, en pareil cas, si l’on veut éviter une phlegmasie de la portion paralysée de l'intestin, de ne pas laisser longtemps les choses dans cet état. Le fait suivant que nous devons à l’obligeance de M. Tillaux démontre la vérité de cette asserlion.

Oss. VIL — Demoisel'e de 56 ans, atteinte depuis bien des années d’une tumeur de l’aine droite. Velpeau, consulté jadis, avait diagnostiqué un kyste et proposé la ponction et l’injection iodée.. Ce kyste s’enflamme il y a quinze jours, devient tendu, du volume du poing d’adulte, rouge, douioureux à la pression, et le même jour la malade vomit et a une garde-robe abondante. Cinq jours après, mêmes accidents locaux; constipation rebelle, mais ni hoquet ni vomissements. Elat général assez bon. M. l'illaux qui avait été appelé dans le courant de la maladie par M. le Dr Coffi, incise le kyste le huitième jour et trouve à la palpation, après l’écoulement du liquide, quelques saillies dures qu'il attribue à des indurations de la paroi. Aucun soulagement n’est obtenu. La question d’entérotomie était discutée, lorsque le treizième jour quelques gaz sortent par l’ouverture du kyste. M. Tillaux le fend alors dans toute son étendue et trouve ‘une anse incomplète d’intestin au: niveau de l’anneau inguinal externe, derrière la paroi du kyste, anse non perforée, mais suffisamment malade pour nécessiter l'établissement d’un anus contre nature immédiat.

Il n’entre pas dans notre plan de répéter icicomment un intestin non malade peut être assez influencé par'une affection voisine pour réagir à son tour et donner lieu à des phénomènes d’étranglement ; pour plus de développements, nous renvoyons à ce sujet au mémoire de M. Henrot «et à

RE

un article publié par M. Lefort dans la Gazette hebdomadaire (1).

En résumé, le fanx étranglement réflexe apparaît à la suite d’une irritation locale d’un nerf sensitif, persiste aussi longtemps que eette irritation et disparaît pour ainsi dire en même temps qu’elle. Ce sont là des signes pathognomoniques suffisants pour établir le diagnostic qui se fera donc surtout par l'examen attentif et l’investigation serupuleuse des différents organes contenus dans l’abdomen et

des parties voisines que nous avons vu pouvoir donner lieu à la malsdie.

Page 1