‹ Le dialogue de Sainte Catherine de SienneChapitre 149 sur 287 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Comment l'âme qui se connaît vraiment elle-même, évite sagement toutes ces tromperies.

Je n'ai pas voulu te cacher, ma fille bien-aimée, l'erreur où tombent communément ceux qui se laissent égarer par Tamour-propre sensitif, qui accompagne leurs quelques bonnes actions, et le peu de bien qu'ils font dans le temps de la prospérité.

Je t'ai entretenu aussi del'amour-propre spirituel des consolations intérieures qui égare mes serviteurs. Je t'ai montré en quoi ils se trompent, et de quelle manière cet attachement aux joies de l'esprit les empêche de connaître la vérité de mon amour, de discerner le péché, de le voir là où il est, et le piège où le démon les attire, par leur faute. Je t'ai dit tout cela, pour que toi et mes autres serviteurs marchiez droit à la vertu pour l'aniourde moi, sans chercher autre chose. Ceux qui ne possèdent quel'amourimparfait, qui m'aiment à cause de la faveur qu'ils reçoivent et non à cause de moi qui la donne, sont exposés à tous ces périls, et bien souvent ils y tombent.

Mais l'âme qui, en vérité, est entrée dans la demeure de la connaissance d'elle-même, pour s'y

adonner à l'oraison parfaite, quitte l'amour imparfait et la prière imparfaite, comme je te Tai expliqué en parlant de l'oraison, et me reçoit par sentiment d'amour, fm cherchant à tirer le lait de la douce consolatioE du sein même de la doctrine du Christ crucifié. C" sst ainsi qu'elle arrive au troisième état, c'est-à-dire à l'amour de l'ami, à l'amour filial. Elle n'a plus l'amour mercenaire. Entre elle et moi, désormais, ks rapports sont ceux d'amis très chers. Elle en agit? vec moi comme un ami avec son ami. Si l'un ree oit un présent de l'autre, ce n'est pas seulement a 1 présent qu'il regarde, c'est aussi au cœur, au se itiment de celui qui donne, et il n'accorde de prie au présent que celui qu'il attache à l'affection de son ami.

Ainsi, l'âme parvenue au troisième état, qui est celui de l'amour parfait. Quand elle reçoit mes faveurs et mes grâces, elle n'a pas d'yeux que pour le don, elle regarde aussi par l'œil de l'intelligence au sentiment de ma chanté, à Moi le donateur. Pour que l'âme n'ait aucune excuse de ne pas agir ainsi, j'ai eu la prévoyance de joindre au don le donateur lui-même quand j'unis la nature divine à la nature humaine. Le Don que je vous fis alors, c'est le Verbe mon Fils unique, qui est une même chose avec moi, comme je suis une même chose avec lui. Par le fait de cette union, vous ne pouvez donc regarder le don sans me voir moi-même. Moi le donateur. Comprenez donc de quel grand amour Vous devez aimer et désirer tout à la fois et le don et le donateur.

Si VOUS fai ♦es ainsi, votre amour ne sera plus un amour mercenaire, mais un amour pur, un amour sans tache, l'amour de ceux qui toujours demeurent enfermés dans la cellule de la connaissance d'euxmêmes.

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