CHAPITRÉ XLVII
Des œuvres de l'àme parvenue au troisième degré.
La patience, la force, la persévérance, couronnées de la lumière de la très sainte Foi, voilà, en effet, les trois glorieuses vertus fondées sur la vraie charité. Elles sont à la cime de Tarbre de la Charité. Avec ces vertus et cette lumière, 1 ame court, sans trouver de ténèbres, dans la voie de la Vérité. Elle est élevée trop haut par le saint désir pour pouvoir rencontrer d'obstacles. Ce n'est pas le démon qui peut l'arrêter avec ses tentations : il a trop peur d'une âme embrasée du feu de la charité ! Ce ne sont pas les calomnies ou les injures des hommes; car, malgré que le monde la persécute, elle fait peur au monde. Ces épreuves, c'est ma Bonté qui les permet, pour affermir la vertu de ces parfaits et les faire grandir devant Moi et devant le monde, après qu'ils se sont abaissés eux-mêmes par l'humilité.
Regarde mes saints ! Ils se sont faits petits, je les ai faits grands à jamais, en Moi qui suis la vie durable, et dans le corps mystique de la sainte Église, qui toujours célèbre leur mémoire, parce quêteurs noms sont écrits dans le livre de vie. Tu vois donc bien que le monde les honore d'avoir méprisé le monde.
Si mes serviteurs cachent leur vertu, ce n'est pas par crainte, mais par humilité. Si le prochain a besoin de leur service, ils ne se dérobent pas, par peur de souffrir ou de perdre leur propre consolation, mais courageusement ils vont servir, en s'oubliant eux-mêmes, en s'abandonnant eux-mêmes. De quelque manière qu'ils dépensent leur vie et leur temps, si c'est pour l'honneur de Moi, ils sont dans la joie, ils trouvent la paix et le repos de l'esprit. Pourquoi donc? Parce qu'ils ne choisissent pas de servir à leur convenance, mais à la mienne. C'est pour cela qu'ils sont toujours prêts. Tous les temps leurs sont bons, que ce soit celui de la consolation ou celui de la tribulation, celui de la prospérité ou celui de l'adversité. Adversité et prospérité ont pour eux le même prix, parce qu'en toute chose ils trouvent ma volonté, et qu'ils n'ont point d'autre souci que de se conformer à ma volonté, partout où ils la trouvent.
Ils ont vu que rien n'a été fait sans Moi et que tout a été mystérieusement ordonné par ma divine Providence, tout, à l'exception du péché qui n'est pas quelque chose. C'est pourquoi ils ont la haine du péché et sont pleins de respect pour tout ce qui est. Cette pensée les rend si assurés et si inébranlables dans leur vouloir, qu'ils suivent la voie de la Vérité, sans s'arrêter jamais. Ils servent leur prochain avec fidélité, sans regarder jamais à son ignorance ou à son ingratitude. Parfois même ils recevront les injures des méchants ou leurs réprimandes: rien ne ralentira leurs bonnes œuvres, rien ne les empê-
eh era de crier vers moi dans leurs saintes oraisons, pour que je leur pardonne, n'ayant de douleur que de l'offense qui m'est faite et du tort que leurs insulteurs ont fait à leur âme, sans aucun souci de leur propre injure. Ils se redisent la parole de Paul, mon glorieux apôtre : Le monde nous maudit, et nous, nous bénissons : il nous jperse'cute et nous lui disons merci. On nous jette dehors comme Vordure et la halayure du monde, et patiemment nous nous laissons faire ' .
Voilà, ma fille bien-aimée, à quoi Ton reconnaît quelâme a quitté l'amour imparfait et est parvenue à l'amour parfait. De tous ces signes, le plus démonstratif est la vertu de patience qui la fait marcher sur les traces du doux Agneau immaculé, mon Fils unique. Sur la croix, où le tenaient attaché les clous de l'amour, il ne se laissa point détourner de son sacrifice par les défis des Juifs qui lui criaient : « Descends maintenant de la croix et nous croirons en toi'-. » Votre ingratitude ne l'empêcha point non plus de persévérer dans l'ot^éissance que je lui avais imposée, et si grande fut sa patience, qu'il ne fit pas entendre le moindre murmure. Tel est le modèle et telle est la doctrine que suivent mes fils bien-aimés et mes féaux serviteurs.
Par caresses ou par menaces le monde voudrait bien les retirer de cette voie. Mais ils ne s'arrêtent point à détourner la tête, pour regarder le sillon; ils n'ont d'yeux que pour l'objet de ma Vérité. Ils ne