CHAPITRE XLVIII
Du quatrième état qui n'est pas séparé du troisième, et de l'opération de l'âme, parvenue à cet état. Comment l'âme éprouve le sentiment continu de son union avec Dieu.
Je t'ai appris à quels signes, Ton reconnaît que l'âme a atteint la perfection de l'amour d'amitié, de l'amour filial. Je veux te découvrir maintenant quelle douceur l'âme goûte en moi, tout en demeurant dans son corps mortel. Dès qu'elle est parvenue au troisième état, dans cet état même, ainsi que je te l'ai dit, elle acquiert le quatrième état, qui n'est pas séparé du troisième, mais lui est si étroitement uni que l'un est inséparable de Tautre, de même que lamourqu'ona pour Moine saurait exister sans l'amour du prochain. C'est un fruit produit par ce troisième état de parfaite union contractée par l'âme avec Moi, où eiie reçoit ma Force. Désormais ce n'est plus par patience, qu'elle souffre : un désir ardent la presse, elle ne souhaite rien tant que d'endurer peines et tourments pour la gloire et l'honneur de mon nom.
C'est alors qu'elle se fait gloire des opprobres de mon Fils unique, comme le disait Paul, mon héraut ■ fe me glorifie dans les opprobres et les tribulations du
Christ crucifié^ et, dans un autre endroit : Ov chercher ai- je ma gloire^ sinon dans le Christ crucifié. Je porte en moi, dit-il encore, les stigmates de Jésus crucifié d.ans mon corps '-. Ainsi ceux qui ont la passion de mon honneur, et qui on faim du salut des âmes, courent à la table de la très sainte Croix. Ils n'ont d'ambition que de souffrir et d'affronter mille fatigues, pourle service du prochain, pourconserver, pour acquérir la vertu, en portant dans leurs corps les stigmates du Christ, car l'amour crucifié qui les brûle, brûle dans leur corps ; il éclate dans le mépris qu'ils ont d'eux-mêmes, dans la joie qu'ils éprouvent dans les opprobres, dans l'accueil qu'ils font aux contradictions et aux peines que je leur accorde, de quelque côté qu'elles viennent et de quelque manière que je les leur envoie.
Pour ces fils bien-aimés, la peine est plaisir. Leur vraie peine, ce sont les joies, les consolations, les satisfactions que le monde parfois veut leur donner. Non seulement ils s'attristent des attentions que le monde a pour eux, par une disposition spéciale de ma Providence, alors que les serviteurs du monde sont contraints par ma Bonté de les vénérer et de les assister dans leurs besoins temporels, mais ils vont encore jusqu'à mépriser, par humililé et par haine d'eux-mêmes, la consolation spirituelle qu'ils reçoivent de Moi Père éternel. En vérité, dans la consolation, ce n'est pas le don,