‹ Le dialogue de Sainte Catherine de SienneChapitre 163 sur 287 · CHAPITRE LUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LUI

Comment saint Paul, après avoir été ravi dans la gloire des bienheureux, désirait d'être délivré de son corps. Et ainsi font ceux qui sont parvenus à ce troisième et à ce quatrième état.

Paul avait vu et goûté ce bonheur, quand je rélevai au troisième ciel, c'est-à-dire dans la profondeur de la Trinité. C'est là qu'il avait goûté et connu ma Vérité et reçu pleinement TEsprit-Saint, là qu'il avait appris la doctrine de ma Vérité le Verbe incarné. Là son âme, par sentiment et par union, s'était revêtue de moi Père éternel, comme les bienheureux de la vie durable, sans que toutefois son âme fût séparée de son corps. Mais comme il plut à ma Bonté de faire de lui un vase d'élection dans l'abîme de ma Trinité, je le dépouillai de moi, parce qu'en moi Ton ne peut souffrir et que je voulais qu'il souffrît pour mon nom. Je proposai donc désormais comme objet au regard de son intelligence le Christ crucifié, en le revêtant de sa doctrine, en le liant et en l'enchaînant par la clémence de l'Esprit-Saint qui est le feu de la Charité. Et lui, comme un vase d'argile, se laissa façonner et reformer par ma Bonté, sansaucune résistance. Quand

je le frappai, il n'eut de parole que pour dire : Seigneur, que voulez-vous que Je fasse? Dites-moi ce qu'il vous plaît que je fasse et je le ferai! Je renseignai donc, en proposant à ses regards le Christ crucifié, en le revêtant de la doctrine de ma Vérité ; je l'éclairai parfaitement par la lumière d'un véritable repentir fondé sur mon amour qui effaça son péché.

Dès lors, il ne connut plus d'autre doctrine que celle du Christ crucifié ^ Il s'y attacha si étroitement que rien désormais ne l'en put séparer, ni les assauts du démon, ni les tentations de la chair auxquelles il demeurait enbuttepar une permission de mabonté, qui parcescombats voulait le faire grandir encore en mérite et en grâce et le conserver dans l'humilité, après l'avoir fait jouir de sublimité de ma Trinité. Jamais plus il ne dépouilla ce vêtement, jamais il ne s'en sépara ne fût-ce qu'un instant. Persécutions, supplices, tribulations, il endura tout plutôt que de renoncer à la doctrine de la Croix. Il se l'était si bien incorporée qu'il sacrifia sa vie plutôt que de s'en dépouiller, et que c'est avec ce vêtement qu'il retourna à moi, le Père éternel.

Paul avait goûté ce que c'est que de jouir de moi sans être appesanti par le poids de son corps. Car je lui avais donné cette jouissance par le sentiment

1. Ce développement ne se trouve pas dans le texte italien de Gigli ni dans l'édition de Cornetti. 11 est en^prunté à la traduction latine: son absence laisse une lacune dans le texte italien, puisque sans lui, ce texte ne répond plus aux promesses du titre du chapitre F. plus hauly p. 275.

de runion,'sans toutefois le séparer tout à fait de son corps. Quand il fut revenu à lui, revêtu de ce vêtement de Jésus-Christ crucifié, il lui sembla qu'il n'aimait plus que d'un amour imparfait, en comparaison de ce parfait amour qu'il arail goûté en moi et qu'il avait vu dans les Bienheureux séparés de leur corps. Le poids de son propre corps n'était plus à ses yeux qu'un obstacle à ce complet rassasiement du désir, que trouve l'âme après la mort. Si imparfaite et si faible lui paraissait sa mémoire ! Elle ne lui permettait pas de me retenir, de me recevoir, de me goûter avec cette plénitude que possèdent les saints séparés de leur corps !

Tant qu'il demeurait en ce corps mortel, tout dans ce corps lui semblait une loi mauvaise en lutte contre l'esprit. Cette opposition n'était pas celle du péché puisque je l'avais rassuré de ce côté quand je lui avais dit : « Paul ma grâce te suffit * )>. C'était cet obstacle apporté à la perfection de l'esprit, laquelle consiste à pouvoir me contempler dans mon essence. L'appesantissement du corps empêchant cette vision, Paul s'écriait donc : « 0 malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps mortel. Car dans tous mes membres je sens une loi qui m,'enchaine et qui est en opposition avec la loi de mon esprit - » ?

C'est l'exacte vérité. La mémoire, dépendante du corps, est amoindrie par cette servitude ; l'intelligence, entravée par son poids, ne peut me contem-

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