‹ Le dialogue de Sainte Catherine de SienneChapitre 179 sur 287 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Du fruit des quatrièmes larmes : les larmes unitives^

Je l'ai parlé du fruit des troisièmes larmes. J'ai à t'eiitrelenir maintenant du quatrième et dernier état des larmes, qui sont les larmes unitives. Cet état comme je te l'ai dit, n'est pas séparé du troisième : ils sont unis ensemble, comme ma charité est unie à la charité du prochain, l^une étant la condition de l'autre. Mais l'âme a fait tant de progrès que nonseulement elle supporte avec patience, mais qu'elle appelle avec allégresse les persécutions. C'est la caractéristique de ce quatrième état. L'âme méprise désormais toute joie, de quelque côté qu'elle lui vienne, et n'a plus qu'un désir, celui de ressembler de plus en plus à ma Vérité, le Christ crucifié.

Le fruit qu'elle en reçoit est un repos parfait de l'esprit, une union étroite et sentie avec ma douce Nature divine où elle goûte le lait, comme l'enfant dont les cris s'apaisent dès qu'il repose sur la poitrine de sa mère, où ses lèvres, pressant le sein maternel, tirent de sa chair le lait. Ainsi l'âme,

1. Voir la note du chapitre précédent. Dans l'énumération faite au chapitre 88, ces quatrièmes larmes sont les cinquièmes.

arrivée à ce dernier élat, se repose sur le sein de ma divine charité, et applique les lèvres du saint désir, sur la chair du Christ crucifié, je veux dire qu'elle s'attache à suivre ses traces et sa doctrine. Car elle a bien compris, dans le troisième état, que ce n'est pas moi, le Père éternel, qui suis la voie, parce qu'en moi Père éternel, ne se peut rencontrer aucune souffrance ; c'est qu'on la trouve dans mon doux Fils aimé, le Verbe d'amour î

Vous non plus, vous ne pouvez passer la vie sans souffrance, et c'est par bien des tribulations que vous pourrez atteindre aux solides vertus. Attachezvous donc au cœur du Christ crucifié qui est la Vérilé même, pour en tirer le lait de la vertu qui vous donnera la vie de la grâce, et goûtez en lui ma nature divine qui fait douce la vertu. Voilà la vérilé. Les vertus par elles-mêmes manquent de douceur, mais elles sont devenues douces quand elles ont été acquises en moi et quelles demeurent unies à Tamour divin, c'est-à-dire, quand Tâme n'a plus aucun souci de son propre intérêt, mais seulement de mon honneur et du salul des âmes.

Vois donc, ma douce Fille, combien doux et combien glorieux est cet état, où Tâme est si étroitement unie au sein de la charité, que ses lèvr.-s ne cessent jamais d'en presser le lait, et que ce sein ne demeure jamais vide. Elle n'est jamais séparée du Christ crucifié, ni de moi le Père éternel, qu'elle trouve toujours en elle, en goûtant la souveraine et éleinelle Déité. Oh ! qui comprendra quelle plénitude y puisent les puissances de lame! La mémoire est

continuellement remplie de ma pensée, qu'elle tire de l'amour de mes bienfaits : amour qui s'attache beaucoup moins aux biens mêmes qu'elle a reçus qu'à la Charité avec laquelle je l'en ai comblée.

Et tout d'abord elle considère le bienfait de la création, par laquelle je la fis à mon image et ressemblance. La considération de ce bienfait lui a fait connaître, dans le premier état que je t'ai exposé, le châtiment qui était réservé à son ingratitude, et l'a amenée à sortir de sa misère par le bienfait du Sang du Christ.

Par ce second bienfait je l'ai créée à nouveau en grâce en purifiant son visage de la lèpre du péché. Elle est ainsi placée dans le second état où elle éprouve une grande consolation dans la douceur de l'amour, en même temps que la douleur de sa faute. Elle comprend alors la gravité de son offense, en voyant comme je l'ai châtiée sur le corps même de mon Fils unique.

Puis elle se rappelle l'avènement de l'Esprit-Saint qui éclaira et éclaire toujours les âmes dans la vérité. Quand l'âme reçoit-elle cette lumière ? Après que, par le premier et par le second état, elle a r-'connu mon bienfait en elle. Je lui envoie alors une lumière parfaite qui lui révèle la vérité sur moi le Père éternel, et lui fait comprendre que c'est par amour que je l'ai créée pour lui donner la vie éternelle. Telle est la vérité que je vous ai manifestée par le Sang du Christ crucifié. Dès que. l'âme la connaît, elle l'aime, et dès qu'elle l'aime, elle prouve son amour en aimant uniquement ce

que j aime et en haïssant ce que je hais. Elle est ainsi dans le troisième état de la charité du prochain.

Voilà la plénitude qu'a puisée la mémoire au sein de ma Charité; voilà comme Fame s'est déli-| vrée de Timperfection, par la pensée et le souvenir continu de mes bienfaits. L'intelligence a reçu la lumière. En regardant dans la mémoire, elle a connu! la vérité, elle est sortie de l'aveuglemenl de Tamourpropre et elle est demeurée devant le Soleil qui est l'objet de sa contemplation, le Christ crucifié, où elle connaît Dieu et l'homme.

Outre cette connaissance, par l'union contractée avec moi, elle est élevée à une lumière qui ne vient j pas de sa nature, quelle n'a pu acquérir par l'exercice de sa propre vertu, mais qui est une grâce de ma douce Vérité qui ne dédaigne pas les ardents désirs, ni les sacrifices offerts devant moi. Alors la volonté qui suit l'intelligence s'unit à Moi avec un très parfait et très ardent amour. A qui me demanderait ce qu'est cette âme, je répondrais : Un autre Moi-même, par union d'amour.

. Quelle langue pourrait raconter l'excellence de ce dernier état unitif et les fruits multiples et variés que l'âme y reçoit, dans cette plénitude des puissances de l'âme ? C'est là, cette douce alliance des facultés dont je t'ai parlé, en t'exposant la signification générale des trois degrés du pont, à propos de la parole de ma Vérité. Non la langue ne le saurait dire ; mais les saints Docteurs l'ont bien montré, éclairés qu'ils étaient par cette glorieuse

lumière, en interprétant la Sainte Écriture. Le glorieux Thomas d'Aquin disait lui-même, que sa l science, il l'avait puisée dans son assiduité à l'oraison et dans Textase, dans la lumière qui éclairait directement son intelligence, bien plus que dans les études humaines. Aussi fut-il une lumière placée par moi dans le corps mystique de la sainte Église, pour dissiper les ténèbres de Terreur.

Et .Jean mon glorie ux TÉvangéliste ! Quelle lumière n'a-t-il pas trouvée sur le cœ«r du Christ, ma Vérité! C'est avec cette lumière qu'il avait puisée là, que, si longtemps, il porta au monde mon message. Tous ainsi, d'une manière ou d'une autre, ont manifesté cette lumière. Mais le sentiment intérieur qu'ils éprouvaient, l'ineffable douceur qu'ils goûtaient, la parfaite union qu'ils avaient avec moi, la langue ne le pourrait raconter, parce qu'elle est chose finie. N'est-ce pas ce que saint Paul voulait exprimer quand il disait : Vœil ne peut voir^ ni X oreille entendre, ni le cœur imaginer le bonheur que Dieu a prépare et donnera au dernier jour à ceux qui V aiment en vérité^ .

0 combien douce cette demeure, douce au delà de toute douceur, dans cette parfaite union de l'âme avec moi ! La volonté elle-même n'est plus vraiment intermédiaire dans cette union entre l'âme et moi puisqu'elle est devenue une même chose avec moi. Partout, à travers le monde, se répand, comme un parfum, le fruit de ses humbles et con-

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