Voir plus haut, ch. 154, p
238 DE l'obéissance
faussée sous le marteau de l'orgueil. Le Verbe est venu, mon Fils unique, il a pris lui-même en main cette clef de l'obéissance, il l'a purifiée dans le feu de la divine charité, il l'a retirée de la boue pour la laver dans son sang, il l'a redressée avec le glaive de la justice, quand sur l'enclume de son corps il répara vos iniquités. Il l'a si bien forgée désormais que, quel(5ue accident que Thomme lui fasse volontairement subir, l'homme le peut réparer luimême par son libre arbitre, avec le secours de ma grâce, en se servant des mêmes instruments.
0 homme aveugle, et deux fois aveugle ! Tu vois bien que cette clef de l'obéissance, tu l'as faussée ! Et tu ne te soucies pas de la réparer ? La désobéissance a fermé le ciel, crois-tu donc que c'est elle qui te l'ouvrira ! L'orgueil en a été précipité, penses-tu que c'est lui qui l'emportera d'assaut? Tu portes un vêtement déchiré et malpropre, et tu te flattes d'être admis au festin de noces? Tu t'es assis, tu croupis dans les liens du péché mortel, et tu prétends arriver, et sans clef , à ouvrir la porte du cénacle ? Non, ne t'imagines pas cela, ce serait une illusion décevante! Il faut rompre tes entraves, il faut sortir du péché mortel par la sainte confession, accompagnée de la contrition du cœur, de la satisfaction et du ferme propos de ne plus m'offenser. Tu te déferas alors de l'habit sale et laid qui te souille, et, revêtu de la robe nuptiale, tu pourras courir à la lumière de la foi jusqu'à cette porte : avec l'obéissance, tu auras en main la clef qui te permettra de l'ouvrir. Pour ne pas la perdre.
DE l'obéissance 259
attache-la ! Mets-y un cordon à cette clef, le cordon de iabnégation,dumépris de toi-même etdu monde; par ce lien, fixe-la à ma volonté, à moi ton Créateur ; puis, que cette volonté soit comme une ceinture qui t'enserre toujours. Ainsi tu ne la perdras jamais.
Nombreux sont ceux, sache-le bien, qui ont commencé par se munir de cette clef de l'obéissance, après que la lumière de la foi leur eut fait voir, que sans elle ils ne peuvent échapper à la damnation éternelle. Mais ils la portent à la main, sans ceinture et sans cordon pour l'y attacher. Cestà-dire qu'ils ne se sont pas revêtus parfaitement de mon bon plaisir : ils se complaisent encore en eux-mêmes; ils ne se sont pas procuré le cordon de labnégation; ils ne se soucient pas d'être comptés pour rien, ils attachent trop de prix aux louanges des hommes. Ceux-là sont tout près d'égarer la clef, pour peu qu'il leur arrive quelque peine ou quelque tribulation un peu plus forte, soit de corps, soit d'esprit. S'ils n'y prennent garde, maintes fois, la main du saint désir se relâchera de son étreinte, et ils la perdront. En vérité, ^lle est moins perdue qu'égarée; car il esten leur pouvoir de la retrouver, s'ils le veulent, tant qu'ils vivent. Mais, s'ils ne le veulent, ils ne la retrouveront jamais. Oui leur fera connaître qu'ils l'ont égarée? L'impatience : cai* patience et obéissance sont inséparables. Oui n'est pas patient a, par là même, la preuve que l'obéissance n'habite pas dans son âme. *
Ah ! Combien douce et glorieuse cette vertu qui
260 DE l'obéissance
enferme en elle toute les vertus! Elle a été conçue et enfantée par la charité. Sur elle est établie la pierre de la très sainte foi. Elle est une reine : celui qui l'épouse est à Tabri de tous les maux, elle apporte avec elle la paix et la tranquillité. Contre elle viennent se briser tous les flots d'une mer en courroux. Elle est le centre même de l'âme qu'aucune tempête ne peut atteindre. Contre les injures, celui qui la possède n'a jamais de haine; il veut obéir, et il sait qu'il est une loi de pardon. Les privations ne lui causent nulle affliction ; car l'obéissance lui a appris à ne désirer que moi seul, qui puis, si je le veux, réaliser tous ses désirs, en même temps qu'elle l'a dépouillé des richesses du monde. Ainsi, en toutes choses qu'il serait trop long d'énumérer, il trouve paix et tranquillité, pour avoir élu pour épouse la reine obéissance, que j'ai comparée à une clef.
O obéissance, qui accomplis la traversée sans peine, et arrive sans péril au port du salut I Tu te conformes au Verbe, mon Fils unique; tu prends passage sur la barque de la très sainte Croix, prête à tout souffrir plutôt que de t'écarter de l'obéissance du Verbe et d'enfreindre sa doctrine. De la très sainte Croix, tu as fait une table, où tu te nourris des âmes, inébranlable dans l'amour du prochain. Toute pénétrée d'humilité, tu n'as point de convoitise du bien d'autrui, en dehors de ma volonté. Tu es toute droite, sans aucun détour; tu fais le cœur loyal, sans feinte aucune, à l'amour généreux exempt de tout calcul. Tu es une aurore qui an-i
DE l'obéissance 26I
nonce la lumière du divin amour! Tu es un soleil qui échauffe, parce que sans cesse lu es embrasée de la charité! C'est toi qui fais germer la terre, car par toi tous les organes du corps, toutes les facultés de l'âme produisent des fruits de vie, pour ellemême et pour le prochain. Tu es toute charmante, parce que jamais la colère ne trouble ton visao-e;' il conserve inaltérable la sérénité de la force, et la grâce que répand l'aimable patience. Comme ta longue persévérance te fais grande! Si grande, que tu vas de la terre au ciel, puisque c'est par toi et par toi seule qu'on le peut ouvrir. Tu es une perle cachée, méconnue, piétinée par le monde, et lu es la première à te mépriser toi-même et à le mettre sous les pieds de tous. Si haute pourtant est ta puissance que nul ne te peut commander : tu es affranchie de la mortelle servitude de la sensualité, qui ravalait ta dignité. En tuant cet ennemi par la hame et le mépris de la volonté propre, tu as reconquis ta liberté.