‹ Le dialogue de Sainte Catherine de SienneChapitre 264 sur 287 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Comment les vrais obéissants reçoivent cent pour un, et la vie éternelle ! Ce qu'il faut entendre par cet un et par ce cent,

C est' en ces vrais obéissants que se vérifie la parole de mon Fils unique, le doux Verbe d'amour. A Pierre qui lui demandait : Maître, nous avons tout quitté pour r amour de vous, et nous vous avons suivi! Que nous donner ez-vous en retour? rudi Vérité fit cette réponse : Je vous donnerai cent pourun^ et vous posséderez la vie éternelle. — Comme s'il eût dit : Pierre, lu as bien fait de tout quitter ; c'était Tunique moyen de me suivre. En retour, moi, je te donnerai, en cette vie, cent pour un!

Quel est donc, très chère fille, ce centuple, que doit suivre encore la vie éternelle? Qu'entendait et que voulait dire ma Vérité ? Parlait-elle des biens temporels? Pas spécialement, bien que je les multiplie parfois au bénéfice de ceux qui se montrent généreux dans leurs aumônes. Et qu'est-ce donc? — Entends-le bien, celui qui donne sa volonté, me donne une chose : sa volonté. Et moi, pour cette unique chose, je lui donne cent. Pourquoi ce nombre

i. Marc, X, 28-30.

DE l'obéissance 291

de cent ? Parce que cent est le nombre parfait, auquel on ne peut rien ajouter, à moins de recommencer à compter par un premier. La charité, elle aussi, est la plus parfaite de toutes les vertus; l'on ne saurait s'élever à une vertu plus parfaite, et l'on ne peut ajouter à sa perfection qu'en revenant à la connaissance de soi-même pour recommencer une nouvelle centaine de mérites, mais c'est toujours au nombre cent que Ton arrive et que l'on s'arrête. Voilà le centuple que j'ai donné à ceux qui m'ont apporté Vim de leur volonté propre, soit par l'obéissance commune soit par l'obéissance particulière.

C'est avec ce centuple, que vous obtenez la vie éternelle; car seule la charité entre dans le ciel en souveraine, escortée des mérites de toutes les autres vertus qui, elles, restent dehors. La charité pénètre ainsi jusqu'à moi, la Vie qui ne passe pas, où l'on goûte la vie éternelle, parce que je suis la Vie éternelle elle-même. La Foi n'est pas admise au ciel, parce que ies bienheureux possèdent par expérience et dans son essence même tout ce qu'ils ont cru par la foi. L'Espérance non plus n'y a point d'accès; car ils ont réellement ce qu'ils espéraient. Ainsi en est-il des autres vertus. Seule, la Charité y fait son entrée, comme une reine, et me possède moi, qui suis son propriétaire.

Tu le vois, ces petits enfants reçoivent donc bien

cent pour un, et en plus, avec ce centuple, la vie

ternelle. Ce centuple c'est le feu de la divine cha-

'ité. Et parce qu'ils ont reçu de moi ce centuple,

Ils sont dans une merveilleuse allégresse qui prend

292 DE l'obéissance

tout leur cœur. La charité ne connaît pas la tristesse, et Tallégresse fait le cœur large et généreux, sans étroitesse ni duplicité. L'âme qui a été transpercée de cette douce flèche, ne manifeste jamais sur son visage ou dans ses paroles, autre chose que ce qu'elle a dans le cœur. Si elle sert le prochain, c'est sans faux-semblant et sans intérêt personnel, uniquement parce que la charité est accueillante à toute créature. Aussi, l'âme qui la possède ne connaît-elle jamais la peine ni la tristesse; elle ne s'afflige de rien. Entre l'obéissance et elle, jamais un désaccord; elle est obéissante jusqu'à la mort.

Page 1