CHAPITRE II
Comment nette âme très dévote, en remerciant et en louant Dieu prie pour le monde entier et pour la sainte Eglise. Elle termine cet ouvrage en recommandant la vertu de foi.
Alors, celte âme, qui avec le regard de Tintelligence et à la lumière de la très sainte foi, avait vu et connu la Vérité et l'excellence de l'obéissance, qui l'avait entendue par le sentiment, goûtée par l'amour, dans un désir pâmé, qui fixait toute son âme dans la divine Majesté, lui rendait grâce : Merci, disait-elle, merci à vous Père éternel, qui ne m'avez pas méprisée, moi, votre créature, qui n'avez pas détourné de moi votre visage, mais avez au contraire exaucé mes désirs. Vous la lumière, vous n'avez pas regardé à mes ténèbres ; vous la vie, vous ne m'avez pas repoussée, moi qui suis la mort. Vous le médecin, vous n'avez pas fui de moi, à cause de mes graves infirmités. Vous, pureté éternelle, vous n'avez pas été rebuté par mes innombrables souillures. Vous l'Infini, vos yeux se sont abaissés sur moi, qui suis finie. Vous la sagesse, vous avez condescendu à ma folie. Ni le nombre et l'énormité de mes fautes n'ont arrêté votre sagesse, votre bonté, votre clémence, votre bien infini, et vous ne m'avez point méprisée, malgré les innombrables
misères qui sont en moi. Votre clémence m'a fait connaître la vérité et avec elle j'ai trouvé votre charité et l'amour du prochain. Et qui donc vous a déterminé? Pas mes vertus assurément, mais votre amour, uniquement votre amour! C'est votre amour qui vous a porté h éclairer mon intelligence de la lumière de la foi, pour que je puisse connaître et entendre la vérité que vous m'avez révélée.
Faites que ma mémoire soit capable de conserver vos bienfaits, que ma volonté brûle du feu de votre charité, et que ce feu fasse bouillonner dans mes veines et répandre pour vous, tout mon sang; qu'avec le sang versé pour l'amour du Sang et avec la clef de l'obéissance, j'ouvre enfin la porte du ciel. Cette même grâce, je vous la demande aussi, et de tout mon cœur, pour toute créature raisonnable en général et en particulier, et pour le corps mystique de la sainte Église. Je confesse et je ne nie pas, que vous m'avez aimée avant que je ne fusse et que vous m'aimez ineffablement, comme si vous étiez fou de votre créature.
O Trinité éternelle I ò Déité ! ô Nature divine qui avez donné un tel prix au sang de voire Fils ! Vous, Trinité éternelle, vous êtes une mer sans fond où plus je me plonge, plus je vous trouve, et plus je vous trouve, plus je vous cherche encore. De vous, jamais on ne peut dire : c'est assez ! L'âme qui se rassasie dans vos profondeurs vous désire sans cesse, parce que toujours elle est affamée de vous, Trinité éternelle; toujours elle souhaite de voir votre lumière dans votre lumière. Comme le cerf
soupire après l'eau vive des sources, ainsi mon âme désire sortir de la prison ténébreuse du corps, pour vous voir en vérité! Oh! combien de temps encore votre visage sera-t-il caché à mes yeux ò Trinité éternelle, feu et abîme de charité? Dissipez donc aujourd'hui même le nuage de mon corps! La connaissance que vous m'avez donnée de vous, dans votre Vérité, me fait désirer avec violence de déposer le fardeau de ma chair, de donner ma vie pour la gloire et l'honneur de votre nom. Car j'ai goûté et j'ai vu, avec la lumière de mon intelligence dans votre lumière, votre abîme, ô Trinité éternelle, et la beauté de la créature. En me contemplant en vous, j'ai vu que j'étais votre image, et que vous m'avez donné votre puissance à vous, Père éternel, avec dans mon intelligence la sagesse, qui est votre Fils unique, en même temps que r Esprit-Saint qui procède de vous et de votre Fils, faisait ma volonté capable de vous aimer. Vous, Trinité éternelle, vous êtes le Créateur, et moi, votre créature. J'ai connu, dans la réparation que vous avez faite de moi par le sang de votre Fils, que vous êtes épris de la beauté de la créature !
0 abîme, ô Divinité éternelle ! Océan sans fond ! Eh ! pouvez-vous me donner davantage que de vous donner vous-même ?Vous êtes le feu qui brûle toujours et fie s'éteint jamais. Vous êtes le feu qui consume en lui-même tout amour-propre de l'âme ; vous êtes le feu qui fond toute glace et qui éclaire ; c'est à sa lumière que vomb m'avez fait connaître votre vérité 1 Vous êtes la lumière au-dessus de
toute lumière ; c'est cette lumière qui communique à l'œil de rinlelligence une clarté surnaturelle, si abondante et si parlaite que la lumière de la foi en est éclairée, cette foi, par laquelle je vois que mon âme a la vie, et dans cette clarté vous reçoit, vous, la Lumière. Par la lumière de la foi, je possède la sagesse dans la sagesse du Verbe votre Fils. Par la lumière de la foi, je suis forte, constante et persévérante. Par la lumière de la foi, j'espère et je ne me laisse pas défaillir en route. Cette lumière m'indique le chemin et, sans cette lumière, je marcherais dans les ténèbres. C'est pourquoi je vous ai demandé. Père éternel, de m'éclairer de la lumière de la très sainte, foi. Cette lumière est vraiment un océan, car elle plonge l'âme en vous, l'océan de paix, ô Trinité éternelle! L'eau de cette mer n'est pas trouble ; l'âme n'y a pas peur, car elle y connaît la vérité. Elle est transparente et laisse voir les choses qu'elle recèle en ses profondeurs. Aussi là où abonde la resplendissante lumière de la foi, l'âme a, pour ainsi dire, l'évidence de ce qu'elle croit. Elle est un miroir, — c'est vous, Trinité éternelle, qui me l'avez appris, — et en regardant dans ce miroir tenu par la main de l'amour, je m'y contemple moi-même en vous, moi votre créature, et vous-même en moi, par l'union que votre Divinité a contractée avec notre humanité. Dans cette lumière je vous connais, et vous êtes présent à mon esprit, vous le Bien suprême et infini.
Bien au-dessus de tout bien ! Bien qui fait la félicité! Bien incompréhensible ! Bien inestimable !
Beauté qui surpasse toute beauté, Sagesse audessus de toute sagesse, bien plus, la Sagesse même 1 Vous, le pain des anges, dans Tardeur de votre amour vous vous êtes donné aux hommes. Vous êtes le vêtement qui couvre toute nudité, la nourriture qui réjouit par sa douceur, tous ceux qui ont faim. Car vous êtes doux, sans ombre d'amertume!
0 Trinité éternelle, dans votre lumière que vous m'avez donnée et que j'ai reçue, avec la lumière de la très sainte foi, j'ai connu, par les explications aussi nombreuses qu'admirables, la voie de la grande perfection. Vous me l'avez montrée, pour que je vous serve dans la lumière et non dans les ténèbres, pour que je sois un miroir de bonne et sainte vie, et que je renonce enfin à cette existence misérable, où jusqu'ici et par ma faute, je vous ai servi dans les ténèbres.
Je ne connaissais pas votre Vérité, voilà pourquoi je ne l'ai pasaimée! Et pourquoi vousai-je ignoré? Parce que je ne vous voyais pas, à la glorieuse lumière de la très sainte foi, parce que la nuée de Tamour-propre obscurcissait l'œil de mon esprit I Et c'est vous, Trinité éternelle, qui par votre lumière avez dispersé ces ténèbres.
Qui donc pourra s'élever jusqu'à votre hauteur, pour vous remercier de vos largesses divines et de l'immense bienfait que vous m'avez accordé, par cette doctrine de vérité ? C'est vous-même qui me l'avez apprise; elle est un don particulier que vous m'avez fait, en dehors des grâces communes que
vous répandez sur les autres créatures ! Vous avez voulu condescendre à ma nécessité et à celle des autres âmes qui voudront y trouver un miroir de vie.
Mais répondez, vous-même, Seigneur, à tant de bienfaits ! C'est vous qui avez donné, remerciez vous-même et rendez grâces, en répandant en moi une lumière surnaturelle, afin que par cette lumière ie puisse vous dire ma reconnaissance. Revêtezmoi, Vérité éternelle, revêtez-moi de vous-même, pour que je passe cette vie mortelle dans la véritable obéissance et dans la lumière de la foi très sainte, dont vous avez à nouveau enivré mon âme.
Beo gratias. Amen.
Ici finit le livre fait et composé par la très vénérable Vierge, très fidèle servante et épouse de Jésus-Christ crucifié, Catherine de Sienne, de l'habit de saint Dominique, Amen.
Priez Dieu pour votre frère inutile.
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES
P, désigne la préface.
I, — le premier volume.
II, — le second volume.
Les chiffivs romains indiquent les pages de la préface.
Les chiffres arabes — — du dialogue.
Adam. — Son péché, ses conséquences, I, 57, 59.
Sa dt'^sobéissance. II, 252. II pécha par complaisance pour sa femme, II, 146.
Adversité. — Rebute les faibles, I, lL.9. Du mauvais emploi de l'adversité, I, 1G9, 33C.
Afifectlon. — Porte l'âme comme les pieds portent le corps, I, 87, 88. Moyen de rendre l'àme plus parfaite, II, 198.
Agnès (Sainte de Montepulciano).
— Comment la Providence pourvut à sa détresse par la multiplication du pain. Son monastère fondé sur la foi à la divine Providence. Sa prière en cette nécessité et comment elle fut exaucée, II, 227.
Ame. — Image de la Trinité par ses trois puissances :
Mémoire, intelligence, volonté.
Comment elle s'unit à Dieu par
loraison, I, 4.
Comment elle est en Dieu et
Dieu en elle dans la sainte
communion,!, 7, 8.
Devient un autre Christ par
sentiment d'amour, 1, 3, 88, 8y.
Faite par amour, elle ne peut
vivre que d'amour, I, 37, 38,
Connaît Dieu en elle-même et
elle-même en Dieu, I, 50, 51.
Par sa nature désire le bien,
1, 146. Mais aveuglée par l'amour-
propre, I, 146.
Libre, ne peut être vaincue Bi
elle n'y consent, I, 176.
Comparée : à un arbre, I, 325.
TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES
Ame. — A une cité, qui a trois
portes.
Celle de la volonté ne peut être prise si elle n'yconsent,II,i93.
L'âme en état de péché, I, 105- ItiH.
Lame dans l'état de crainte servile, 1, 167.
En l'état de lamour mercenaire, I, 184.
En l'état de l'amour fidèle, 1,185.
En l'état de l'amour filial, 1, 186.
Peut toujours, en cette vie, avancer dans la perfection, I, 276.
Est un ciel quand Dieu y habite, I, 112.
Dans l'extase plus unie à Dieu qu'elle ne l'est à son corps,
Comment Dieu se sépare de l'âme, non en lui retirant la grâce, mais seulement le sentiment de sa présence, I, 210,
Gomment, dans l'état très parfait, Dieu ne se sépare pas de l'âme, en lui retirant la grâce, ni le sentiment de sa présence, mais en interrompant l'union extatique, 1,209, 210, 274.
Pourquoi cette interruption?
Pourquoi l'âme en cet état d'union désire d'être séparée de son corps ? I, 275, 28â.
Ici-bas on peut toujours pécher, I, .348.
Au ciel fixée éternellement dans l'amour, I, 131.
Ne peut plus mériterni démériter, I, 135.
Jouit de la vision deDieu et du bonheur de Dieu, I, 131, 134.
Ame. — "Voit la gloire de Dieu en toute créature, I, 282, 283.
,Désir sans peine, rassasiement
sans défaut, I, 283.
Amour de Dieu pour nous :
Cause de la création, I, 69.
De l'Incarnation, I, 56.
De la Passion, I, 59.
Tenait N.-S. attaché à la croix,
Amour Qne nous devons àDiea.
— Charité. Vêtement nuptial des serviteurs de Dieu, I, 4.
Vivifie toutes les vertus 1, 9, 10 Mère de toutes les vertus, 1 12-13.
Nourrie par l'humilité, I, 12.
Se prouve par la patience,
Différentes sortes d'amour :
l'amour mercenaire, I, 198,
Amour filial, I, 202, 203.
L'amour parfait figuré par la
bouche de N.-S., I, 257, 260.
Comment on arrive à labouche, I, 258.
Signes qu'on aime Dieu. Les
oeuvres de l'amour de Dieu,
Bonheur qu'il procure, I, 265.
L'amour sensitif, I, 266, 272.
Amour du prochain. — Inséparable de l'amour de Dieu, 1,20, 24, 313, 314.
Le zèle des âmes I, 25 inspire
toutes les vertus : I, 26, 28.
Toutes les vertus s'exercent
à l'égard du prochain, 1, 25,29.
Prouve l'amour qu'on a pour
Dieu, I, 311, 312.
Comment on doit aimer le prochain. Le vase et la fontaine.
Imperfections dans l'amour du
prochain, I, 215. 216.
TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES
Amour-propre. — Principe de tout péché, I, 175.
Nuée qui obscurcit le regard de
l'esprit, I, 75.
Est tué par la discrétion, I, 41.
Doit toujours être combattu
même dans l'état de l'amour
filial, I, 192.
Amour-propre. — Fléau du monde et de la Sainte-Eglise, II, tiO.
Cause des péchés des ministres.
Péchésqu'il produil.II, 60,120.
Anges. — Ils sont au service des serviteurs de Dieu, II, 225. Ils servent saint Dominique et ses enfants, 11,227, 229.
Les Prêtres, anges de la terre,
Apôtres. — Imparfaits dans leur amour jusqu'à la Pentecôte, I, 209.
Arrhes. — Arrhes de vie éternelle que reçoivent en cette vie les âmes justes,!, 152, 154, 297.
Arrhes des supplices éternels
donnés aux pécheurs des icibas, I, 298, i<85.
Augustin. — Saint Augustin,
Ararice. — Procède de l'orgueil et nourrit l'orgueil, I, 109, 111.
Ses effets pernicieux, I, 111.
Les Avares comparés à la
Taupe, I, 110.
Les prêtres avares. Quel mal
ils ont fait à la sainte Eglise,
L'Eglise, par l'ava'-ice, caverne
de voleurs, II, 93.
Baptême. — Efface le passé et donne la grâce, I, 59.
Baptême.— Affaiblit l'inclination
au mal. Ses autres effets, 1, 59.
Dé l'eau entendue au sens mystique, I, 252.
Baptême du sang, I, 254.
Baptême du feu. I, 254.
Le baptême continué dans le sacrement depénitence, 1,254.
Il communique la foi, I. 358.
Remède contre le péché original, II, 148. Barduccio. — Di Pietro Caneg-
giani. Secrétaire de la sainte,