ET DICTÉE A SON SECRETAIRE
PENDANT qu'elle ÉTAIT RAVIE HORS d'eLLE-MÊME
DANS UNE EXTASE DE l'eSPRIT
Dans ce traité, on voit Dieu le Père conversant avec la Vierge Catherine, en forme de dialogue, c'est-à-dire à la façon de deux personnes qui parlent ensemble.
On y trouve contenus des secrets divins très profonds et très suaves.
1. Le titre donné par Gigli est : Traité de la Divine Providence, composé en langue vulgaire. Ce titre est trop restreint si Ton songe que l'ouvrage contient un traité spécial de la Divine Providence qui n'en forme qu'une minime partie.
Comment une àme, ravie hors d'elle-même par le désir de l'honneur de Dieu et du salut du prochain, s'applique à l'humble oraison. Puis, après avoir vu l'union de l'âme avec Dieu par la charité, elle adresse à Dieu quatre demandes.
En s'élevant au-dessus d'elle-même, une âme tourmentée d'un très grand désir de l'honneur de Dieu et du salut des âmes, en arrive à s'exercer pendant quelque temps dans la pratique des vertus ordinaires et s'enferme dans la cellule de la connaissance d'elle-même, pour mieux comprendre la bonté de Dieu envers elle. Car l'amour suit la connaissance et, en aimant, l'âme cherche à suivre la vérité et à se revêtir de la vérité.
Rien ne fait mieux goûter à la créature cette vérité, rien ne lui procure tant de lumière que l'oraison humble, continue, fondée sur la connaissance de soi-même et de Dieu. L'oraison ainsi comprise et pratiquée unit l'âme avec Dieu. En suivant les traces du Christ crucifié, par désir, par affection, par union d'amour, elle devient un autre lui-même. N'est-pas ce que le Christ a voulu nous
apprendre quand il nous dit : A qui m'aimera et gardera ma Parole, Je me manifesterai moi-même à lui : il sera une Tnême chose avec m,oi et moi avec lui \ Nous trouvons en maints endroits des paroles semblables. Puisque le Christ est Vérité, elles nous font bien voir que, par l'amour, Tâme devient une même chose avec lui.
Pour le montrer plus clairement, je me souviens d'avoir appris d'une servante de Dieu que, dans un grand ravissement de l'esprit qu'elle eut dans son oraison, Dieu, déchirant les voiles, lui avait fait contempler l'amour qu'il a pour ses serviteurs. Il lui disait entre autres choses : « Ouvre l'œil de ton intelligence et regarde en moi; tu y verras la dignité et la beauté de ma créature raisonnable. Outre la beauté que j'ai donnée à l'âme en la créant à mon image et ressemblance, contemple ceux qiri sont revêtus de la robe nuptiale, c'est-à-dire de la charité, ornée de la multitude des vertus. Ceuxlà, ne font qu'un avec moi par l'amour. C'est pourquoi je te dis : Si tu me demandais qui sont ceuxlà, je te répondrais comme le doux Verbe d'amour: Ils sont un autre moi-même, car ils ont dépouillé et perdu leur volonté propre, et ils ont revêtu la mienne, ils se sont unis et conformés à la mienne.
Il est donc bien vrai que l'âme s'unit à Dieu par sentiment d'amour.
Aussi, voulant plus virilement connaître et suivre la vérité et considérant d'abord que l'homme ne