CHAPITRE XI
Comment ce pont est construit en pierres qui signifient les vertus : sur le pont se trouve une hôtellerie, où l'on donne la nourriture aux voyageurs. Qui passe sur le pont va à la vie, qui s'engage dessous va à la perdition et à la mort.
Ce pont est construit en pierres, afin que la pluie, qui peut survenir, n'arrête point les passagers. Sais-tu quelles sont ces pierres? Ce sont les pierres des vraies et solides vertus. Ces pierres n'étaient pas entrées en construction avant la passion de mon Fils : aussi, nul ne pouvait-il parvenir à sa fin, quelque fidélité qu'il mît par ailleurs à suivre la voie de la vertu, parce que le ciel n'avait pas été ouvert avec la clef du sang-.
La pluie de la justice interceptait le passage.
Mais après que les pierres furent taillées et posées sur le corps du Verbe, mon doux Fils, qui, comme je t'ai dit, est le pont, pour les lier entre elles, il détrempa la chaux avec son sang. Oui, le sang est mélangé avec la chaux de la Divinité, avec la force et le feu de la charité. Par ma puissance, ces pierres des vertus entrèrent dans une construction qui repose sur lui-même; car il n'est aucune vertu qui n'ait son fondement en lui ; toutes sont éprouvées en lui, et toutes ont vie par lui. Aussi bien,
nul ne peut avoir de vertu communiquant la vie de la grâce, sinon par lui, en suivant ses traces et sa doctrine. C'est lui qui a édifié les vertus, qui les a posées comme des pierres vivantes et cimentées avec son sang, afin que tout fidèle pût passer à Taise, sans aucune crainte servile d'être arrêté par la pluie de la justice divine, couvert qu'il est par la miséricorde, cette miséricorde descendue du ciel, par rincarnation de mon Fils. Et comment ouvret-on le ciel? Avec la clef de son sang.
Ainsi, tu vois comment le pont est construit, et abrité par la miséricorde*. Sur ce pont, se trouve rhôtellerie, dans le jardin de la sainte Église, qui possède et distribue le Pain de vie et donne à boire le Sang, afin que les passagers, qui sont mes créatures, ne tombent pas de fatigue au cours de leur voyage. C'est dans cette pensée que ma charité a ordonné que Ton vous distribuât le sang et le corps de mon Fils unique, vrai Dieu et vrai homme.
Le pont traversé, Ton arrive à la Porte qui le termine et fait corps avec lui, et c'est par cette porte que tous doivent entrer. N'a-t-il pas dit : « Je suis la Voie^ la Vérité et la Vie; qui passe par moi ne chemine pas dans les ténèbres mais à la lumière ' . » Et dans un autre endroit, ma Vérité dit encore que nul ne peut venir à Moi sinon par Lui. Et il en est vraiment ainsi. S'il t'en souvient bien, c'est cela même que je t'ai dit et exposé quand j'ai voulu