SCÈNE VIII
HELDINGER, GUSTAVE.
HELDINGER.
Auriez-vous donc renoncé à nos projets, mon cher ?
GUSTAVE
Renoncé? Oh! la dérision est grande... Esl-ce bien vous, monsieur Heldinger, qui ne craignez pas de me tenir un tel discours , après votre conduite envers moi!
HELDINGER.
Ma conduite envers vous, mon cher comte... En vérité, je ne sais ce que vous voulez dire... Dans le
Irouble bien naturel où nous avait plongés un événement inattendu, M. Muller vous lit emporter de mon hôtel... et depuis huit jours , je vous cherche dans Nuremberg, sans pouvoir découvrir votre retraite !
GUSTAVE
Serait-il vrai?...
HELDINGER.
AtB : Voici la riante semaine.
Enfin, monsieur, enfin je vous relrouve
En cet instant que tout soitoublié !
Car, vous voyez, au plaisir que j'éprouve,
Combien était franche mon amitié 1
Si je viens seul, vous devrez me comprendre..
Ce doux moment qui sait tout rapprocher ,
L'amour jaloux en secret doit l'attendre,
Quand l'amitié peut venir le chercher, (bis.)
GUSTAVE
Monsieur Heldingcr !
HELDINGEB.
Allons donc, monsieur le comte... allons, un peu de courage et de confiance en vous-même... rien n'est changé dans nos projets... vous êtes toajours le fiancé d'Amélie.
GUSTAVE, à part.
Oh ! Wilhelmine !
HELDINGER.
J'ai voulu prouver à toute la ville de Nuremberg ma haute estime pour vous , et ma plus belle voiture , avec ma livrée complète , est à la porte de cette maison, pour vous conduire solennellement à mon hôtel... au vôtre I car je le donne à ma fille !
(Muller entre et écoule.)
GUSTAVE
Monsieur Heldinger, une si noble prévenance me flatte et me louche... mais je sens que je ne la mérite pas !... Et d'ailleurs, il n'est plus temps!...
HELDINGER.
Comment!
CMuller parait au fond.)
GUSTAVE
Je VOUS avais confié mon amour pour une jeune orpheline... ma parente...
HELDINGER.
Eh bien !
GUSTAVE
Cette parente... je l'ai retrouvée... à Nuremberg... dans votre maison mèmel...
HELDINGER.
Wilhelmine !
C'est elle-même I... que j'allais délaisser!... et qui est venue, au jour de l'infortune, s'enfermer dans ce réduit, avec mes souffrances... avec ma misère! Ah ! tant de vertu m'a rendu à moi-même. Hier encore, je ne rêvais qu'opulence et grandeur; aujourd'hui, je rougis de mon fol orgueil , aujourd'hui je renonce à la brillante, à la riche Amélie,