WILHELMINE, MULLER
MDLLER, à lui-même en entrant par le fond.
Le banquier est sorti ; mais on m'a dit que je
trouverais ici M"^ Heldinger... Ah! la voilà sans
doute, mademoiselle... que vois-je !.. Willielmine !
■WILHELMINE, entrant par la porte de droite.
M. MuUer à Nuremberg !.. oh ! mon Dieu !..
MULLER
Je conçois que ma présence soit un reproche pour vous, mademoiselle ! et je m'en voudrais d'éveiller dans votre àme de fâcheux souvenirs...
(Il veut se retirer.)
WILHELMINE
Oh ! de grâce, restez monsieur Muller !.. je suis si malheureuse!..
MULLER, revenant vivement.
Malheureuse... toi... toi, Wilhelmine... Oh ! oui, oui, vous devez l'être, car votre ingratitude envers moi fut grande !.. plus grande encore que celle de Gustave Breslaw.. . votre cousin ... Lui, pouvait avoir le désir d'aller courir le monde... c'est un sentiment naturel à tous nos jeunes Allemands, mais
vous!;, vous, Wilhelmine!.. oh! jamais!., jamais je n'aurais dû m'aflendre à un si cruel abandon.
WILHELMINE
Monsieur Muller!..
MULLER
Avez-vous jamais réfléchi à votre conduite envers moi?.. Riche, veuf et sans enfans, je prends dans ma maison deux orphelins que la mort d'un vénérable pasteur laisse dans la misère, l'une était sa fille, et l'autre son neveu... J'étais le parrain de tous les deux... je me crois destiné à devenir leur père... Je fais un apprenti joaillier du jeune homme... et je me dis : s'il devient habile, je lui laisserai quelque jour ma maison de joaillerie... qui est, je m'en tiatte, la première de l'Allemagne. Quant à la jeune fille, je la place dans le meilleur pensionnat de Vienne... je lui fais donner l'éducation d'une baronne allemande, et, lorsqu'elle rentre enfin chez moi, je lui donne ma maison à gouverner... au grand mécontentement de ma vieille gouvernante Brigitte... aussi ancienne dans ma maison que mon enseigne du Lion couronné... Encore l'enseigne... je la fais repeindre tous les trois ans... tandis que Brigitte... il n'y a pas moyen de la rajeunir... Enfin, pour en revenir à ma colère...
lier (les brillantes q.ualili's lie la jeune fille, et du «aractère fiatie et loyal du jeune homme , je crois enfin irouvcr ma récompense flans leur lendrt'sse, •jeur bonheur... et voila que tous deux disparaissent tout-à-cou() de chez moi, en m'adrcssant un l'roit! billet, renlermanl de froides excuses : — « Nous ne voulons plus vous èlre a charj^e, » écrivent-ils... «•(imme si des enfans pouvaient l'être jamais à un père !.. comme si ma maison n'était pas assez riche pour se permettre un bienfait si simple et si naturel!..
■WILIIELMINE.
Oh! oui!.. Gustave et moi, nous sommes bien coupables!., mais croyez à mon repentir, à la joie que j'éprouve de vous revoir. Depuis trois ans que je vous ai quitté, voici le premier instant de plaisir pour la pauvre Wiihelmine...
MCtl.EU.
Vous pleurez?., elle pleure!., oh! alors entendons-nous. Je ne suis plus fâché contre toi... et j'en reviens à ma première idée... car, je médisais dans mes bons momens : ces deux enfjiis ne peuvent pas m'avoir quitté sans un motif quelconque!... Aviez-vous un motif?... voyons... le banquier est absent... je nuis écouler ta justification.
M'ILHELMINE.
Oserai-je vous dire la vérité?...
MPI-LER.
Avec moi, "W'ilhelrnine?... toujours! Tu me connais... parle donc... Ton vieil ami a be-^oin d'apprendre qu'il peut... qu'il doit te chérir toujours!...
MILUEI,MI.>E.
Oh! oui! toujours, car pies de Gustave. et ne vous, monsieur Muller... j'étais la plus heureuse des femmes... Lui aussi semblait partajier ce bonheur; mais vous vous rappelez sans doute que, toul-à-coiip, mon cousin devint triste et rêveur...
MUI-LEK.
Je me rappelle cette circonstance et j'attribuais sa tristesse au peu de progrès qu'il faisait dans son état... à vingt-cinq ans, il savait,à peine distinguer un rubis d un grenat.
WILHFXM1>E.
Gustave au contraire se trouvait très habile ; ce qui le rendait triste, c'est qu'il était jaloux...
MCLLER.
Jaloux !... et de qui?...
WILUELMINE.
De vous, monsieur Muller!...
MILLER
De moi!... il était donc fou?...
■WILHELMINE
D'abord, son esprit s'était déjà éveille à l'ambition. Vous le connaissez... le contraste de votre opulence si honorable, avec sa pauvreté, le tourmentait sans cesse... et puis, faul-il vous le dire? votre vieille gouvernante Brigitte... je n'oserai jamais...
MULLER
Achève... achève, morbleu!., je veux tout «voù!...
TV'ILUELMIXE, avi'c liosilation.
Votre gouvernante Brigitte lui a-.ait confié, sous îe secret, que votre intention était de n^'épouser.
MILLER
T'épouser?...
Ain : Du cliarlalanismp.
Quoi, Brigitte av.iil dit cela?
WÎLIIELMINE.
A mon cousin, en confidence.
Des ce Jour Gustave 'rcmbla !...
mULLER.
Vit-on pareille extravagance !
T'épouser!... j'ignore vraiment Quel était le but de Brigitte; Mais, je l'avoùrai franchement.
Je conçois très l)ien maintenant Pourquoi lu pris soudain la fuite.
WILHELMI>E.
Oh ! ne croyez pas que celte idée ait pu me déterminer à m'éloigner de vous; mais Gustave... dévoré du besoin de s'enrichir, se décida à quitter votre atelier, pour aller chercher la fortune dans les pays étrangers... et il exigea de moi, qu'après son départ, je sortirais de voire maison... Il s'éloigna de Vienr.e.. .monsieur Muller... el quelques jours après j'entrai comme demoiselle de compagnie chez M. le banquier Heldinger... qui se trouvaitalors à Vienne avec sa lilie.
MPLLER.
Comment l'avais-tu connu?
WILIIELMINE.
M""^ Brigitte me présenta chez eux !...
MULLER
Ah ! .serpent de Brigitte !... EnGn, que la tète ait tourné à M. Gustave... je le conçois!... il avait puisé dans les livres de ton père , qui était un savant , CCS folios idées. La vue d'un diamant lui donnait le vertige, et son projet d'aller courir le monde, pour chercher la fortune , ne m'étonne pas... mais, ce qui m'étonne, c'est que tu n'aies pas eu assez d'empire sur lui, pour combattre toutes ces chimères.
wilhclm;>'e.
La jalousie de Gustave le rendait sourd à toutes les remontrances... il me voyait toujours au moment de devenir votre femme!... et, le croiriezvous, monsieur Muller... il me défendit même de vous écrire et de vous faire savoir la ville que j'habitais.
MULLER
Corbleu!... Je ne me croyais pas assez joli garçon pour exciter une pareille jalousie...
WILIIELMINE.
Comblée des bienfaits de M. Heldinger, et de sa fille, je ne pouvais être heureuse... car je songeais à mon ingratitude en\ ers vous. .. Elle devait me porter malheur... Dernièrement, le banquier, que des intérêts majeurs avaient conduit à t;onstantinople, annonça de Presbourg, îon retour a M'"' Amélie, en