‹ Le dilettante; ou, Le siège de l'Opéra; folie-vaudeville en cinq petits actes, à propos du siège de Corinth. Par MM. Theaulon, Th. Anne et GondelierChapitre 15 sur 39 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Lrs mêmes; Mlle. JACINTHE, PREVOT, Ta condursànt.

PREVOT

En attendant qu'on relève son cabrio'e! , si Madame voulait se remettre un instant de sa frayeur... Madame est toute tremblante.

Mlle. JACINTHE.

Ce ne sera rien!..

PREVOT , à un garçon.

Ufi verre d'eau pour Madame !.. pardon , Madame, si je vous offre un verre d'eau.

JACINTHE

Merci Prevot.

PBEVOT.

Pardon Madame...

», LE BARON

Offrez plutôt une bavaroise à Madame.

JACINTHE

Oli ! non, cela m'empêcherait de chanter; je ne sais pas même si la frayeur que j'ai eue... avec cela que je n'étais pas déjà Irès-bien disposée... mais que vois-je, c'est le baion de Rémival.

LE BARON

Lui-même, charmante fauvette ; tout à l'Iieure le phis désespéré des hommes et maintenant le plus heureux de vous rencontrer. Vous serez assez bonne pour me faire un billet de caisse.

JACINTHE

Celanous a étéexprcssément défendu parradrainistration : on vous refuserait à Ja porte... que n'ai-je deviné cela... Je viens d'envoyer deux places à lord Melvil.

( 21 ) LE BARON

Lord Melvil ! un anglais... deux places..! tandis que nous autres français ! ... Et de quel droit viennent-ils ces anglais s'emparer des loges de noire opéra, surtout le jour où on joue le Siège de Corintlie, le jour qui va voir résoudre à jamais sur notre théâtre national, cette grande et solennelle question : la musique italienne esl-elle prélérableà la musique française? oui , il y a long- temps que j'ai tranché la question , moi; les uns disent : mais,., les autres disent : si.», il y en même qui disent : si et mais , et moi je dis : oui...

JACINTHE, avec grâce.

Et moi , monsieur le baron, je dis : non î

LE BARON^

Non! et vous chantez du Rossini? O profanation !

JACINTHE

Je le chante avec plaisir, baron, mais

Air : de M. Hus Desforges.

Ne me vantez plus désormais

Votre musique itab'enne ,

La France est fière de la sienne ,

Et l'Europe a vu nos succès j

Par une bizarre manie.

Vos compositeurs d'Italie

Font toujours un bruit , un fracas ,

On écoule et Ton n'entend pas.

Que le riant zéphire

Effleure le gazon C'est la cimballe et le clairon , Fron , fron , fron , fron.

Qu'un jeune amant soupire

Près d'an jeune tendron , C'est la cimballe et le clairon , Fron , fron , fron , fron.

En France , de la mélodie, On sait mieux les suaves lois.

Chaque genre a son harmonie !

Le clairon chante les exploits .'

C'est lui qui conduit à la gloire ; C'est lui qui souae la victoire j C'est la musique des he'ros ; La flûte tendre et vaporeuse Peiut le doux ruurinure des eaux , Ou bien sa voix me'lodieuse Imite le chant des oiseaux ; La lyre et la harpe de France Chantent les doux tourmens d'amour j Et sur le de'cliu d'un beau jour , Le son du cor nous peint d'avance Le calme de la nuit qui sur son char s'élance. Ah! ne vantez plus désormais Votre musique italienne, La France est fière de la sienne.

Et l'Europe a vu nos succès.

i-E BARON aux dilettanti.

Dites-donc, elle est bien heureuse que le signoiir Bolafl ne soit pas là... c'est lui qui aurait i-époudu en maître.

JACINTHE

Vous ne voulez donc pas être de mon avis , baron ?

iE BAKON.

Je n'en serais pas pour six mille francs, je n'en serais pas pour dix mille écus, que dis-je? pour une loge à l'Opéra !

JACÏNTHE.

Ce n'est pas galant de votre part.

LE BARON

J'en suis fâché.

JACINTHE

Mais l'heure m'appelle au théâtre... l'accident arrivé à mon cabrioletdoit être réparé, je vous quitte... sans rancune, baron.

{Tous les dileltaniis la saluent fioidement\.

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