‹ Le dilettante; ou, Le siège de l'Opéra; folie-vaudeville en cinq petits actes, à propos du siège de Corinth. Par MM. Theaulon, Th. Anne et GondelierChapitre 2 sur 39 · LA BARONNE, PROSPER, HORTENSE · texte numérisé non relu

LA BARONNE, PROSPER, HORTENSE

LA BARONNE

Je crois en vëi'itë q^ue mou mari perdra la léte avec sa musique italienne.

PROSPKR.

II est sûr qu'on ne Irouverait pas dans tout Paris un dilettante plus détermine'.

LA BARONNE

Dans toiis Paris!... je délie qu'on trouve son pareil dans le monde entier; et ce qu'il y a de plus sinj^ulier c'est qu'il ne sait pas une note de musique.

PKOSPER.

C'est toujours comme celaj mais du reste, la manie de INl. le baron de Rémival est la maladie à la mode dans le beau monde •, c'est là que se jugent gravemejit et eu dernier ressort les oeuvres lyriques qui nous viennent de l'étranger... car pour la musique frau(a.ise, c'est à peine si Fon ose s'en

occuper en passant , aussi que trouve-t-on clans la salie de concert de M. le Baion... le Fiançais par excellence, quant aux manières et aux sentimens politiques! les bustes de tous les compositeurs ultramoutains , de tous les orphées de l'autre rive du Rliin...Rossini .. Mozart... Cimarosa, ^layer- Berr, Paësiello, Wéber et pas une célébrité française... l'esprit national de M. le Baron ne descend pas jusques là.

AiH : De la Sentinelle.

Nul n'est , dit-on, prophète en son pajs; Ce vieil adage est vrai surtout en France , Et les taiens ont pour nous peu de prix , Quand près de nous ils ont reçu naissance. Aussi , voit-on émigrer ces taiens Pareils à cet essaim volage Des chantres ailés du printemps , Qui vout chercher en d'autres champs Uu sûr abri contre l'orage.

LA. BARONNE

Pour en revenir à nos dilettanti , vous savez que le siège de Coriuthe les met tous en rumeur aujourd'hui; mon mari n'en a pas fermé l^oeil depuis trois jours, il mourrait je crois ,de chagrin s'il ne pouvait voir la première représentation de cet opéra; monsieur le Baron est d'un ridicule achevé.

UORTElfSE.

Oh! pour moi, je pardonnerais volontiers ce travers à M. le Baron, s'il n'allait pas chez lui jusqu'à vouloir me l'aire épouser M. Bolafi.

PROSPER, riant.

Ah! oui! il signor Bolafi... le Bazile du dilettantisme; c'est un original, fort honnête homme du reste, qui a trouvé le moyen de s'introduire dans les meilleures maisons de Paris en ilallant la manie musicale de ces dames et de ces messieurs; il devait naturellement s'emparer de l'esprit de M. le Baron, son accent italien était une première chance de succès.

UORTENSt:.

M. le Baron est mon bienfeiteur; piuvre orpheline je dois tout à ses bontés... jamais je ne l'oublieiai , mais janstais je ne consentirai à ce mariage.

PROSPER

N'est-ce pas aussi à sa noble gt'norosilé que je dois l'éducation que i';ii reçue ^ et ne m'a- 1 il pas fait voyager à ses frais en Allemagne et en Ifal'e pour me perfectionner dans l'art de la composition qu'il place bien au-dessus de tous les arts... malheureusement mes progrès n'ont pas répondu à son attente : il voulait faire de moi un compositeur tudesque ou napolitain , et je suis resté Français.

LA BARONNE

C'est ce qu'il ne vous pardonnera jamais!

LE BARON, en dehors.

Qu'on aille sur-le-champ chercher mon barbier.

LA BARONNE

Je l'entends ; laissez-moi avec lui , mes enfans , et reposez-vous sur mon amitié. Depuis long-temps votie mariage est anangé dans ma tète: vous vous convenez s^us tous les rapports, et je saurai bien déjouer tous les projets de mou cher mari.

( Ilortense et Prosper sortent. )

Page 1