SCÈNE XII
Les Précédens , PROSPER, tenant a la main une grande feuille pleine de fraises.
PROSPER
Un instant... un instant , ne commencez pas sans moi... j'apporte le dessert... des fraises de bois que j'ai cueillies, et dont je fais hommage à la mariée. Dites donc , me^ damesj dites donc, ma tante, écoutez celui-là.
Am des fraises.
L'époux qu'ici nous voyons
Sans en être bien aises ,
Doit cueillir rose et boutons ;
Et nous autres nous cueillous
Des fraises , des fraises , des fraises.
Voilà,.. Tenez, mademoiselle Marianne.
mariAnnè, baissant les yeux.
Monsieur... je ne sais... si je dois accepter...
prosper, étonne.
Hein!... qu'est-ce qu'elle a donc?
jbrémont, à Deschamps.
Vous le voyez, beau-père, des fraises, c'est trop fort... il va y avoir une scène.
DESCHAMPS
Du calme, mon ami.
DUSSAUSSET.
Oui,, jeune homme... je vais lui parler. caillardin, à Brémonty Deschamps et Dussausset , qui sont sur le devant du théâtre.
Eh bien ! messieurs , qu'est-ce que vous faites donc la. bas a causer... au lieu de venin nous aider?... M. Deschamps, venez ici... voilà une plape pour vous. (Au fond du théâtre j, autour dw grand châtaignier , on a placé des paniers , d'autres ont étendu leurs mouchoirs à terre. On dispose tout pour s'asseoir. )
dussausset, à Prosper qui est déjà assis. Venez ici , monsieur, j'ai à vous parler.
{Il le mené à Vautre bout du théâtre.) Marianne, le regardant.
Ce pauvre garçon !
dussausset, bas. Il faut, pour la tranquillité publique, que vous partiez a l'instant,
PROSPER
Partir dans ce moment! avec une faim aussi conditionnée ! ( regardant du coté du dîner.) surtout quand il y a là... de si bonnes choses !
MARIANNE
Quel regard il a jeté de mon côté !
DUSSAUSSET.
Apprenez donc que si vous restez, le mariage d« M, Brémont va manquer... parce que Mlle Marianne... vous adore.
prosper.
Laissez donc... pas possible.
DUSSAUSSET.
Elle Fa avoué à ses parens... a son prétendu... c'est luimême qui vient de me le dire... ainsi il n'y a pas de doute.
prosper.
Cette pauvre petite !... moi qui ce matin en disais du mal... Eh bien, je ne m'en étais jamais aperçu.
DUSSAUSSET.
Cest égal... tu n'en dois pas moins, par délicatesse, t'éloigner sur-le-champ... Tiens, voila de quoi aller dîner à l'auberge.
PROSPER
Oui, mon oncle... puisque vous le voulez... Est-ce étonnant d'être aimé à ce point-là ?... sans le savoir!., c'est la première fois que ça m'arrive... je n'y pensais pas du tout... eh bien! ça produit un effet qu'on ne peut pas rendre... Adieu, mon oncle... adieu, Mlle Marianne.
( Il sort. )
MARIANNE
A-t-il un air malheureux !...
{Pendant ce temps , tout le inonde s'est assis en cercle. On coupe le pain ; on débouche les bouteilles. ) gaillardiiv, coupant le pâté.
Eh bien !... eh bien !... où va donc Prosper ?
DUSSAUSSET.
C'est une commission que je lui ai donnée,,., il va revenir.
DESCHAMPS
Ah ça! j'espère que maintenant rien ne troublera plus notre dîner... Nous y voilà donc, ce n'est pas sans peine.
GAILLARDIN.
Oui, messieurs, procédons par ordre, et ne nous pressons pas, la table n'est pas louée!... Eh ! eh! eh !... deschamps, se donnant un coup de poing sur le front.
Coquins de cousins!... et un autre encore sur la jambe!., je suis sur que j'en aurai des cloches ... ( regardant en Vair. ) Ah ! en voilà-t-il!.. en voilà-t-il!... tous , regardant de même.
Dieux ! comme en voilà !
Mlle DUSSAUSSET.
Nous allons en être dévorés.
JVïad. GIMARD.
C'est signe de pluîe.
DUSSAUSSET.
Laissez donc : j'ai consulté mon baromètre ce matin, il est au beau fixe.