CHAVIGNI, LE COMTE
chavigni, tenant la lettre et la regardant . Il est de fait que si on lui a ordonné de me la remettre mystérieusement... il s’en est acquitté à merveille... car je n’y conçois rien.
le comte, souriant . Vraiment !
chavigni. Oui, d’honneur... je n’ai jamais vu le prince, et je ne pensais pas être connu de lui. le comte, de même. Laissez donc.1 chavigni. Non, je vous le jure.
le comte. Vous n’avez pas encore l’habitude de feindre... Votre surprise n’est pas naturelle... je m’y connais. Mais vous avez tort de dissimuler avec moi, car je me doute de ce que contient ce billet.
chavigni. Vous êtes donc plus avancé 2 que moi, car je l’ignore; et j’y tiens fort peu3... Voyez plutôt.
le comte. Vraiment... vous êtes donc bien sûr qu’il ne m’apprendra rien?...
chavigni. Quelque invitation de bal...
le comte, lisant. “ Je ne puis recevoir chez moi monsieur de Chavigni ; mais je le prie de m’attendre à une heure dans le parc de Surville ; la proximité de la chasse me permettra de m’échapper, et de lui parler quelques instants.” 4
chavignl Par exemple ! 1 voilà qui est bien singulier... et je vous demanderai ce que cela signifie ?
le comte. C’est à vous, mon cher, que je ferai cette question... car vous n êtes pas venu ici sans motif.
chavigni. C’est vrai,... Je venais, comme je vous l’ai dit, pour un costume de bal.
le comte. A d’autres ; 2 ce n’est pas à moi que vous ferez accroire de pareilles folies, qui sont bonnes tout au plus pour ma fille ou pour madame de Surville... Mais pour moi, faites-moi l’honneur de m’inventer de meilleures raisons, ou avouez-moi tout uniment... que des motifs particuliers vous forcent au silence... auquel cas je comprends ce que cela signifie, je n’insiste plus, et je ne vous demande plus rien.
chavigni. Eh bien ; que vous disais-je tout-àl’heure ? Voilà déjà votre génie diplomatique qui s’éveille,3 et qui forge4 mille conjectures; mais rassurez-vous.
Air: Un homme pour faite un tableau.
Vous auriez tort de vous troubler ; 6
Car au plaisir seul je m’applique :
Je l’aime trop pour me mêler
Des secrets de la politique...
Et dans l’emploi que j’occupais,
Même aux affaires étrangères,
Je n’avais qu’un défaut, j’étais...
Toujours étranger aux affaires.6
Et je vous le répète, votre défiance, votre finesse habituelle, vous font voir de graves événements là où il n’y a rien.
le comte. Ah ! ce n’est rien à votre avis, lorsqu’aujourd’hui même le prince ne veut recevoir