‹ Le diplomateChapitre 36 sur 50 · RODOLPHE, ISABELLE, CHAVIGNI, LA [MARQUISE · texte numérisé non relu

RODOLPHE, ISABELLE, CHAVIGNI, LA [MARQUISE

Isabelle, à Chavigni Ah ! monsieur... je vous cherchais... Vous faites de jolies choses... et vous tenez bien vos promesses.

chavigni. Ah ! mon Dieu, le bal commence... et notre contredanse...

Isabelle. Il s’agit bien de cela l1 Je viens de voir mon père...

chavigni. Il est furieux... je le sais.

Isabelle. Il devrait l’être... mais il s’est calmé... il s’est adouci2... “Ma fille, m’a-t-il dit, Chavigni m’a trompé avec un art, avec une profondeur dont je ne l’aurais pas cru capable... mais mon indignation ne m’empêche pas de lui rendre justice; et je puis encore lui pardonner... je puis même le nommer mon gendre... pourvu que la Saxe ne l’emporte pas. C’est tout ce que je demande.”

chavigni. O ciel !

Isabelle. Vous voyez donc bien, monsieur, que vous me trompiez... que vous vous êtes mêlé dans tout cela ; que tout ici dépend de vous ! et mon père consentirait à notre mariage, que c’est moi, monsieur, qui refuserais.

la marquise. Eh ! pourquoi donc ?

Isabelle. Pourquoi? Croiriez-vous, madame, que tout-à-l’heure encore, à moi qu’il aime, il m’a assuré qu’il ne connaissait rien, qu’il ne savait rien de ce qui se passait ici ?

Rodolphe. Une pareille discrétion...

Isabelle. Ce n’est rien encore ! Mon père lui a offert ma main, à condition qu’il confierait le

secret de son voyage et de sa mission : eh bien, madame, il l’a refusée.

Rodolphe, passant auprès de Chavigni. Il se pourrait ! 1 O généreux ami, je ne pourrai jamais m’acquitter envers vous. Mais que j’arrive 2 au pouvoir... que je règne... je ne veux pas d’autre conseil.

la marquise. Et vous ferez bien... En attendant, c’est moi qui me charge de la réconciliation... (A Isabelle.) Oui, ma chère enfant, vous lui pardonnerez, par amitié pour moi.

Isabelle. Il est bien heureux, madame, que vous le protégiez... sans cela... Mais au moins que la Saxe ne l’emporte pas,3 voilà tout ce que je lui demande.

la marquise. Et nous le lui demandons aussi*

Isabelle. N’est-il pas vrai ? il peut bien faire cela pour nous... car, qu’est- ce que cela lui fait, que la Saxe...

chavigni. Eh ! mon Dieu, si cela peut vous être agréable... Mais notre contredanse que nous oublions.

la marquise. Une contredanse! Penser à cela, dans un pareil moment !

chavigni. T ouj ours.

Air: Au temps heureux de la chevalerie.

J’aime le bal, le bruit et la musique ;

Est-il un temps qui soit mieux employé?

Le noir chagrin, les soins, la politique,

Tout dans un bal est bientôt oublié.

Un bal vaut seul un traité d’alliance.

Je formerais, si j’étais souverain,

Tous mes sujets en une contredanse.

Pour les forcer à se donner la main.

Venez, courons.

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