‹ Le diplomateChapitre 9 sur 50 · ACTE I. SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE V

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les grands sont si souvent trompés ! Moi, alors, je me suis présenté... j’ai proposé de venir les chercher ici-même, sur les lieux : et connaissant mon intégrité et mon dévouement, on a daigné me charger de cette mission importante, avec les pouvoirs les plus étendus. Voilà ce qui m’amène.

la marquise, à part. Il m’a compris, je respire ... et c’est s’en tirer assez gaîment.

chavigni. Jusqu’à présent, mon ambassade s’annonce sous les plus heureux auspices... Ce matin déjà, à quelques lieues de la ville, l’aventure îa plus amusante... J’étais seul dans ma chaise de poste que je remplissais en entier de ma capacité diplomatique, et je ne sais pas comment cela s’est fait,1 j’ai renversé, sans m’en apercevoir, un lourd landau, immense bâtiment de construction allemande, et je crois voir encore le propriétaire, quoique comte du St. Empire, qui me reprochait d’aller comme le vent... Moi, ce n’est pas ma faute, il faut qu’un Français aille vite, et qu’un ambassadeur ait toujours l'air pressé... vous me l’avez dit cent fois, n’est-il pas vrai ?

le comte. Certainement... Et c’est pour un costume de bal que vous faisiez2 vos quatre ou cinq cents lieues?

chavigni. Vous en avez fait souvent le double pour des négociations moins difficiles... Celle-ci, vous, en conviendrez, est des plus délicates ; songez qu’elle me met en relation avec les plus jolies femmes du pays, et, pour ne point se laisser troubler, ni influencer... pour ne point faire attention à la personne, et ne regarder jamais que le costume... savez-vous qu’il faut de la tête... et que vous, qui parlez, vous la perdriez peut-être ?... Moi, c’est différent... j’y ai moins de mérite qu’un

autre ( regardant Isabelle), car depuis longtemps j’ai ma sauvegarde.

(Il passe à la droite d'Isabelle .)

Isabelle. C’est égal... voilà toujours une mission bien singulière.

le comte. Si singulière en effet... que, dans tout ce qu’il vient de nous dire (bas à la marquise ) je parierais qu’il n’y a pas un mot de vrai.

la marquise, de même et souriant Je pense comme vous ; il y a quelque autre motif (montrant Isabelle), que vous devinez sans peine.

chavigni, à part et les regardant Qu’est ce qu’ils ont donc?,., ils n’ont pas l’air de me croire, je leur ai pourtant dit l’exacte vérité.

le comte. Votre intention est-elle de vous présenter à la cour et au Grand-Duc ?

chavigni. Non vraiment... je n’ai pas des lettres de créance 1... je suis ici incognito, et sans caractère diplomatique : aussi je ne tenais à voir personne que madame de Surville, dont le goût et les lumières 2 peuvent me guider dans la mission difficile dont je suis chargé.

la marquise, avec intention . Je ferai du moins mon possible, pour vous seconder... mais il faut d’abord que je montre à cette aimable enfant l’appartement que je lui destine... car elle reste avec moi, sous ma garde... son père me la confie.

chavigni, avec joie . Vraiment !... cela n’empêchera pas les graves conférences que nous devons avoir ensemble... au contraire Dona Isabelle en sera témoin.

Air : Ces postillons sont d'une maladresse.

Nous traiterons de puissance à puissance,*

Et vous pourrez attester mes progrès ;

Nous parlerons de certaine alliance.

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