INSTRUCTIONS POUR BRUIX
Paris, 25 ventôse an VII [15 mars 1799].
Le cit. Bruix, commandant en chef l'armée navale de Brest, appareillera de cette rade aussitôt que la situation de Tarmée et les vents le permettront.
Le but de sa mission est de pénétrer dans la Méditerranée et d'y détruire, ou du moins d'en chasser les forces navales ennemies qui peuvent s'y trouver.
En conséquence, le Directoire exécutif lui enjoint d'éviter tout combat qui pourrait l'arrêter ou même le retarder dans sa marche, soit en sortant de Brest, soit en atterrant au détroit de Gi!braltar.
Si cependant l'ennemi était stationné de manière à ce ({ue le passage du détroit fût impossible, sans être obligé de combattre en ligne, alors seulement l'amiral Bruix l'attaquera; mais dans ce cas, s'il le juge convenable, il est autorisé de requérir l'escadre espagnole d'appareiller à l'instant, soit pour faire une diversion, soit pour mettre l'ennemi entre deux feux, soit enfin pour ajouter les vaisseaux qui la composent à son armée, et attaquer dans l'ordre qu'il jugera le plus avantageux. L'amiral Bruix n'oubliera pas, même dans le combat et quelle qu'en soit l'issue, qu'aussitôt l'entrée de la Méditerranée libre, il doit en profiter pour l'exécution de la mission qui lui est confiée : on observe encore que, si les Espagnols ne mettaient pas sous voile aussitôt la réquisition.
l'amiral français doit de suite forcer le passage avec ses propres moyens.
Si, par suite d'un combat inévitable, des avaries majeures forçaient le citoyen Brnix de rentrer dans un port pour s'y réparer, il ne négligerait rien pour gagner le port de Toulon de préférence à tous autres.
Dans le cas où l'escadre française serait poursuivie par une escadre ennemie supérieure, l'amiral Bruis est autorisé de se retirer dans un port ami, mais préférablement dans celui de Toulon.
Dans le cas contraire, où il entrerait dans la Méditerranée sans avaries et sans être poursuivi, il se porterait sur les côtes d'Italie, embarquerait trois ou quatre mille hommes de troupes, et prendrait sous son escorte les bâtiments nécessaires à l'approvisionnement de Corfon, de Malte et d'Alexandrie. On embarquerail à bord de ses propres vaisseaux ces mêmes approvisionnements. Il les porterait d'abord sur Corfou, ensuite sur Malte et Alexandrie, où il distribuera les troupes et les munitions nécessaires à leur conservation.
Le Directoire croit inutile de rappeler au citoyen Bruix que, dans le cours de cette opération, il ne doit négliger aucune des combinaisons qui pourraient mettre «n son pouvoir les divisions ou escadres ennemies, occupées du blocus de Corfou et de Malte, ou tenant des -croisières sur les divers points qu'il aura à parcourir.
L'amiral Bruix détachera une ou plusieurs frégates,, pour donner avis à Ancône de son arrivée à Corfou, et pour prendre dans le premier port un convoi qui y sera préparé pour le ravitaillement de l'armée navale.
Aussitôt qu'il aura opéré à bord de ses vaisseaux le versement des vivres que lui a portés le convoi, et qu'il aura mis les places de Corfou et de Malte sur un pied de •défense respectable, il se rendra à Alexandrie, où il débarquera le reste des troupes, les armes, munitions de
guerre et boissons ; il prendra en échange les matelots qui ne seraient pas nécessaires à l'armée d'Orient.
Il est bien entendu que ce plan est subordonné aux circonstances qui peuvent résulter de la force et de la position de Tennemi, que le citoyen Bruix aura soin de faire observer par tous les moyens qui sont en son pouvoir; mais, dans tous les cas, il n'oubliera jamais que la conservation de l'armée navale d'une part, et l'honneur du pavillon républicain de l'autre, sont les points essentiels que le Directoire exécutif lui ordonne de fixer constamment *.
Barras, Reubell.
Merlin, Révellière-Lépeaux.
TreiUiard.
(Arch. nat.)