Il faut lire avant-hier (8 juin
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Ce fut dans cet intervalle qae je reçus la dépêche da ministre en date du 42 [31 mai], par laquelle il m'informait que Mazarredo était à Carthagène.
J'appris en même temps que l'armée ennemie avait été vue entre Monaco et Yillefranche.
Malgré la difficulté de me soustraire à sa vue, avec une flotte aussi considérable, dans un golfe borné comme celui au fond duquel je me troavais, je conçus l'espoir, en calculant ses bordées d'après les vents régnants, de couper ses eaux à une distance suffisante pour n'en être pas vu.
En conséquence, et bien pénétré que ce serait une victoire remportée que d'effectuer ma jonction sans combat, je formai l'armée sur une ligne parallèle à la côte, que je rangeai toujours à la portée du canon, contre l'avis des pilotes qui craignaient le temps ; je pris la tête de la ligne, et malgré les bourrasques et l'orage, je me couvris de voiles, pour dépasser de bonne heure la partie de la côte, où je présumais que la bordée de l'ennemi le porterait le soir. £u passant devant Oneille, j'appris que l'ennemi s'y était montré la veille, après-midi.
Je fus singulièrement favorisé par les éléments : je coupai le point critique à l'heure que je désirais, et n'y voyant pas l'ennemi, je restai persuadé qu'il était maintenant entre Gênes et moi, et qu'ainsi ma jonction était assurée.
Pour ne laisser aucune trace de ma direction, je gouvernai dans la nuit, de manière à me trouver hors de vue de Toulon au point du jour. Je chargeai une corvette de se détacher à quatre heures du matin, de se présenter devant ce port sans y mouiller, de mettre un canot à la mer, et de transmettre au capitaine du Batave, <k à lui seul » et « sous le secret », l'ordre d'appareiller sur-lechamp avec sa division, et de me rallier en me donnant chasse jusqu'à Carthagène. Cette corvette a dû avoir
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rempli sa iDission avant huit heures du matin; car alors Tarmée était nord et sud et au large de Toulon, c'est-à-dire à cinquante lieues du point où la veille elle était à Tancre.
Aujourd'hui cette division, composée du Batave, du FougueuXf de la Fidèle et d'une corvette, ne m'a pas encore joint. Je n'en suis pas étonné, parce que le calme a régné toute la nuit, et que ce n'est que depuis quelques heures que la brise s'est levée. Je suis donc sans inquiétude sur ces bâtiments qui, marchant tous bien, rallieront sans doute l'armée avaùt son arrivée à Carthagène.
Depuis avant-hier au soir, aucun bâtiment n'a eu connaissance de l'armée, et, comme je me ^propose de faire faire route avec moi à tous ceux qui pourraient se trouver dans notre horizon, il est impossible que Jervis acquière la moindre notion sur ma direction.
Si, comme je l'espère, Mazarredo se pénètre comme moi de la nécessité de brusquer notre opération, je ne désespère pas de trouver encore Jervis, soit sur nos côtes, soit sur celles d'Italie, de détruire ou du moins de mettre sa flotte dans l'impossibilité d'agir de longtemps, et d'avoir rempli, sous trois à quatre mois, la mission dont m'a chargé le Directoire exécutif par sa dépêche du 7 [26 mai].
Au surplus, la flotte républicaine acquiert chaque jour l'ensemble et la précision qui font gagner des batailles. Les matelots se perfectionnent, les soldats deviennent marins, et les capitaines s'habituent à se former, à se maintenir en bon ordre, avec une célérité de marche qu'aucune armée française n'a peut-être eue jusqu'ici. Aussi comptons-nous des journées de soixante et quelques lieues. Celle d'avant-hier fut de soixante-dix, d'un midi à l'autre.
J'ai pensé que le Directoire pourrait avoir quelqu'in-
quiétude sur l'armée : c'est ce qui m'a décidé à détacher une corvette à Barcelone, pour lui faire passer cette dépêche par courrier extraordinaire.
(Arch. nat.)
11. BRUIX AC MINISTRE DE LÀ MARINE Â bord de TOcéan, 24 messidor an VII[12 jaillet 1799].
J'ai l'honneur de vous rendre compte que les flottes française et espagnole entrent dans ce moment à Cadix.
Le Directoire exécutif apprendra sans doute avec regret que l'escadre française n'est plus dans la Méditerranée ; et dans un moment surtout, où sa réunion avec les Espagnols semblait devoir lui assurer l'empire de cette mer. II n'a pas dépendu de moi de tirer de cette réunion tout le parti, que réclamaient la gloire du pavillon et l'intérêt de la République. Je n'ai rien négligé pour atteindre ce double but. Mais le fait même de ma jonction, ne m'a plus laissé le maître de la direction de mes forces; et au moment où je devais espérer, par ce premier résultat de mes efforts, de frapper enfin quelques coups décisifs, je me suis vu dans la pénible alternative, ou de compromettre les forces qui me sont confiées en m'isolant des Espagnols, ou de sacrifier ma gloire personnelle et celle de mes compagnons d'armes, en suivant ces mêmes Espagnols. Je n'ai pas longtemps hésité : je les ai suivis.
Vous verrez, cit. ministre, par ma correspondance cijointe avec Mazarredo, que vainement j'ai proposé à cet officier général d'aller à la rencontre de l'ennemi, avant qu'il fût réuni en un seul corps d'armée; qu'il
s*est toujours retranché dans la nécessité d'attendre les ordres de sa cour; et que, malgré les démarches de notre ambassadeur auprès du cabinet de Madrid, pour que Mazarredo reçût Tordre d*agir en conséquence de mon plan, celui-ci a obtenu des ordres conformes à ses désirs.
Vous verrez encore, cit. ministre, que sentant désormais l'impossibilité de retenir Tescadre espagnole dans la Méditerranée, j'ai proposé une manœuvre propre à nous y rendre incessamment la supériorité; que ne pouvant plus compter sur la volonté de Mazarredo, pour une entreprise quelconque qui l'éloignerait de Cadix, j'ai dépêché un courrier à Guillemardet pour l'engager à obtenir du cabinet de Madrid l'ordre d'exécuter le seul plan, qui puisse rendre Mahon à l'Espagne, conserver Malte à la République; et enfin, que c'est dans l'espoir de trouver à Cadix les ordres que je sollicitais, que je me suis décidé à y entrer.
Au lieu d'un ordre impératif, Mazarredo a reçu du premier ministre, M. de lîrquijo, l'autorisation formelle d'entreprendre toute espèce d'opérations sur lesquelles nous serions d'accord; et cela, sans qu'il soit besoin d'en prévenir sa cour ni d'en attendre de nouveaux ordres, S. M. G. approuvant d'avance tout ce qu'il fera de concert avec moi.
D'après la lettre de M. de Urquijo, que j'ai lue, il n'est pas possible d'avoir le moindre doute sur les intentions du cabinet de Madrid, et de ne pas croire à son désir de nous seconder de tous ses moyens. Je remarque même qu'il est dit dans cette lettre, que la pire des choses pour l'escadre espagnole est l'oisiveté.
Mais, cit. ministre, quoiqu'il soit clair que le ministère espagnol ne partage pas les opinions de Mazarredo, il n'en est pas moins vrai qu'on ne lui donne aucun ordre positif, mais seulement pouvoir de tout faire; et qu'ainsi il dépend absolument de ce général d'utiliser
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ou de paralyser une des plus belles flottes qae Ton ait vues.
Or, je 'crois pouvoir vous affirmer que le plan de Mazarredo est de rester à Cadix, et qu'il n'ea sortira jamais, si le cabioet de Madrid ne lui en donne formellement Tordre.
C'est dans cette conviction, et désespérant de pouvoir le déterminer à un parti plus utile et plus honorable pour les pavillons combinés, que je me décide à envoyer un de mes adjoints à Madrid, avec des instmctioDS suffisantes pour mettre notre ambassadeur en mesure d'obtenir Tordre, sans lequel il est certain que Mazarredo ne quittera plus Cadix.
J*ai cru devoir lui cacher cette démarche; car c'est un homme extrêmement fin et délié, et qui, au moyen de ses amis à Madrid, et d'une sorte de considération qu'il a acquise dans les ports, pourrait bien influencer d'une manière conforme à ses vues la détermination du cabinet.
En attendant le résultat des démarches que va faire Guillemardet, je vais remplacer Teau des vaisseaux, o.t compléter, autant que je le pourrai, nos vivres de campagne.
Si, d'ici à huit jours, Tordre de sortir nous arrive, je crois pouvoir vous assurer, cit. ministre, qu'avant la fin du mois prochain je serai rentré dans la Méditerranée, et qu'avant vendémiaire j'aurai la satisfaction d'annoncer au Directoire exécutif que Malte est secourue, etc., etc.
Je vous prie de recevoir, cit. ministre, et de donner au Directoire exécutif Tassurance que je ne goûterai ni repos ni bonheur, que je n'aie complètement rempli ses vues. Toutes mes pensées, tous mes efforts sont constamment dirigés vers ce but, et la fortune me sera bien contraire, si à force de persévérance je ne parviens pas à l'atteindre.
E. Bruix.
^Mazarredo n'a reçu aucun ordre pour se ranger sous mon pavillon. Je ne sache même pas que le cit. Guillemardet ait fait des démarches à cet égard.
Le général espagnol commande son escadre, et moi la mienne. 11 s'en faut bien qu'une telle disposition soit conyeuable, et que deux escadres ainsi combinées aient la force qu'elles auraient sous un seul chef. Si ces 40 vaisseaux étaient français, je serais actuellement maître de la Méditerranée, depuis l'époque de ma jonction avec Mazarredo.
(Arch. marine).