‹ Le disciple de Pantagruel: precédé d'une noticeChapitre 15 sur 27 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

NTRE les merveilles de par delà, c^est qu'il y a de grandz corbeaulx noirs, aussi blancs que signes, qui vivent en Taer comme vaches, qui est une chose digne d'admiration.

Et d'advantaige, il y a foison de chèvres verdes,

qui ont les aureilles plus larges que les vens

dont on venne le bled.

Quand il pleut ou qu'il gresle, ceulx qui les

meinent paistre se cachent dessoubz, de peur

d'estre mouillez de la pluye.

Elles sont cornues, mais elles ont la corne au

cul soubz la queue, qui n*est pas droictement en

bon sens.

Quand elles voyent les gens, elles s'enfuyent

de peur, et courent fort comme escrevices ou

limassons es montaignes d'Auvergne.

Quand elles sont vieilles, les gentilz hommes

du pays leur font coupper les aureilles et en

font des manteaux qui sont fort beaux, car ilz

sont plus fia verds que le plus fin velours ou satin que vous veîssiez jamais.

Après qu'elles ont les aureilles couppées, elles deviennent femmes et sont nommées chievrea coeffées. Il y a plusieurs folz qui en sont si amoureux qu'ilz en perdent les piedz, comme font les amans, lesquek baisent souvent la clicquette de la porte de celles qu'ilz pensent estre leurs amyes.

pw* De l'isle des Papillons, et la manière dont les gens du pays font les maisons et habita^ tions et les églises, et comme les grues volent en l'aer toutes rosties par belles bendes.

a en aulcuns quartiers des- I dictes isles des papillons qui ont 8 les aelles si gtandes qu'on en faict I les aelles des moulins à vent et

Sjles voyles des navires, lesqoelz

papillons, après qu'ilz ont perdu les aelles et qu'ilz sont muez, il/ deviennent cerfz grandz et cornuz, lesquelz sont fort dangereux et maulvais à rencontrer, llz se nomment cornupetes.

Le pays et la terre sont si gras et si fertiles que tout ce qui y croist vient comme par des-

pit; et entre les aultres choses, les courges ou cucurbites y croissent si grandes et si grosses qu'ilz en font les maisons et les églises après qu'ilz en ont osté tout ce qui est dedans, et qu'ilz les ont faict seicher.

Les habitans du pays demeurent dedans, comme ilz feroient en grandes maisons ou chasteaux, car ilz font des portes, des huys et des fenestres comme nous faisons en noz maisons par deçà.

Il les faict fort bon veoir après qu'elles sont dressées debout , car le bout d'en hault sert de clocher ou cheminées, comme vous povez ymaginer, ou y allez veoir si vous ne m'en voulez croire, car je vous asseure que je n'en ment d'ung seul mot.

Vous verriez voler en Taer les grues par moult belles et grandes bandes toutes rosties et toutes lardées , en sorte qu'il ne reste qu'avoir du sel et du pain pour manger avec; mais il y a bien manière de les prendre , car elles volent fort hault.

Toutesfoys, pour les prendre, ilz ont des gerfaultz qu'ilz laschent en Taer à tout leurs sonnettes, et quand ilz sont au dessus d'elles en l'aer, ilz les font descendre en bas, et puis ilz les prennent à la course et les mangeussent comme j'ay dict.

&^' Comme Panurge voulut visiter plus amplement lesdicles ysles, et des trois fleuves singuliers qu'il trouva, et des arbres oit croissent les craquelins et eschauldej.

K, pource que les géographes et cosmograpbes font grosse estime d'icelles isles, nous les voulusmes bien periusirer et visiter toutes de une part et d'aultre. Et en ce fai- , nous trouvasmes en icelles isles troys grandz fleuves, comme le Rosne ou le Rhin, d'une merveilleuse estimation.

Car l'uog est de vin blanc, le meilleur que jamais homme goustast.

Le second est de vin clairet, le plus excellent qu'il est possible de trouver en tout le monde. Le tiers est de vin vermeil, qui passe en bonté tous les vins bastardz, tous les ambrosiades, malvoysies, et tous les ypocras qui feussent jamais.

Et y a du long d'iceuk fleuves des bayes d'arbres comme rosiers, ausquelz croissent les petitz gasteaulx, craquelins, eschauldez et petitz chouk, les plus frians et savoureux que jamais homme goustast.

Et i)areillement le mestier et les oublies de toutes sortes, et ne couste sinon à prendre et à cueillir, comme vous feriez les roses sur ung rosier.

Sur les bortz et rives d'iceulx fleuves, vous trouverez les godetz et les tasses de Beauvais arrangez pour boire, sans avoir la peine de vous mettre à genoulx, le cul en hault , comme font les bergiers quand Hz boyvent en ung ru, ou en une fontaine, quand sont aux champs.

Et d'advantage, pour emporter d'iceulx vins, il y a de grandz arbres pleins d'estocz ausquelz pendent les flacons, barilz et bouteilles de toutes sortes, lesquelz chascun peult emplir d'icelluy vin et emporter là où il veult. Toutesfoys, les meilleurs, pource faire, sont noz beaulx flacons de Beauvais, qui sont azurez et bons à merveille, et se garde mieulx le vin en iceulx longuement frais et sans corrumpre, comme j'ay tousjours ouy dire à ceulx de nostre ville de Beauvais et à ceulx de Savignie et de Leraule, qui sont les lieux là où on les faict.

3^ De /ys/e

louies sortes.

les fromages de

1 aussi plusieurs aultres si lld'arbres grandz et haulu c Snoyers, contre lesquelz croissent i angelotz fins et les fromages toutes sortes, comme vous avez veu aulirefois les sauges croistre contre les noyers, contre les ormes ou contre les bouleaulx; et sont communs à tout le monde qui en veult prendre.

^9^ De l'isle où croissent les espées, pongnards, cousteaux gratis et pelis de toutes sortes.

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