‹ Le disciple de Pantagruel: precédé d'une noticeChapitre 17 sur 27 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

N icelles isles,en montant en mont contre bas, il y a troys aultres isles. En Tune habitent les mytaines, en Taultre les mouffles, et en Taultre les botynes.

Elles ont chascunes son capitaine et duc pour les conduire et mener en bataille.

Celluy des mytaines se nomme Mytouart; et celluy des mouffles se nomme Moufflard ; et celluy des botynes se faict appeller Boytart. Ilz sont fort crains et obeys chascun en son pais. Entre icelles moufifles, je congneuz par

P^' Des isles fortunées et heureuses, là où croissent les latctues, les cboulx et aultres herbes grandes à merveille. Plus, il y a des

arbres oit croissent les doubles ducat j, nobles à la rose, escuj au soleil et aultres pièces d'or, et de la monnoj-e.

J ES terres qui sont entre deux fleuiont si fertiles que tout ce qu'y st est excessivement grand, en I^À^^^JS sorte qu'il y a des laictues et des > B.£»B .aia|f.hniili si grands que, s'il y en t ung planté au meillieu de Paris, il donneroit umbre à toute la ville, en sorte qu'on serolt à couvert dessoubz comme en la salle du Palais ou comme dedans l'église Nostre Dame de Paris.

Vous pouvez bien croire que icelles isles ne sont pas nommées pour néant ny sans cause les isles fortunées et heureuses, car il y a des choses fort merveilleuses et difficiles à croire, qui ne les auroit veues; et entre les aultres choses dignes de mémoire, il y a de grans arbres, comme chesnes ou noyers, qui portent ung fruict gros comme la teste d'un

asne, rouge par dehors comme grenades, lequel est tout plein de désirez, doubles ducatz, nobles à la rose, escuz au soleil^ et de toutes aultres espèces d'or monnoyé, qui croissent dedans iceluy fruict, comme font les pépins dedans une grenade ou dedans une figue ou une courge.

Ledict fruict ne tumbe jamais de Tarbre )usques à ce qu'il soit meur. li y en a aulcunesfoys de véreux qui ne sont pas de fin or, comme vous voyez les philipus, les florins et les aultres pièces de bas or.

Il estoit environ la my aoust quant nous arrivas mes par delà , qui est la saison que le fruyct est meur; parquoy nous feismes monter Tung de noz gens dessus Pung des plus grans arbres qu'y fust pour le crouller et hocher, lequel le scouet si fort qu'il en tumba de si gros et en si grande habondance qu'ilz tuèrent plusieurs de mes gens, tant estoient pesans et pleins de pièces d'or : car ilz estoient trop curieux et trop convoyteux de recueillir d'icelluy fruict. Les habitans du pays n*en tiennent non plus de compte que font les pourceaulx par deçà de poires molles. Quant ilz chéent de l'arbre sur la terre , ilz s'eschachent et ouvrent par pièces, comme font les figues quand elles sont fort meures, ou comme font les poyres molles soubz les poyriers ou figuiers. Nous les perceasmes du bout de noz espées et pongnardz, et les cousismes à noz jaquettes et à noz halecretz et hocquetons, plus prés Tung de l'aultre et plus drus qu'es-

caille de poisson; parquoy il sembloit qu'ilz eussent cru sur noz habillemens. Je vous promectz que, sans point de vérité, que nous y en cousismes tant que nous ne les pouvions soustenir ny porter.

Je voudroye qu'ung tas d'avarlcieux et usuriers publicques feussent pardelà pqur les recueillir, et qu'il leur en feust cheut de si gros sur la teste qu'iljs les eussent assommez comme pourceaulx, affîn qu'ilz feussent rassasiez. Et pareillement ung tas de meschans gens insatiables, qui n'auroient pas assez de tout Tavoir et de tout l'argent du monde, et neantmoins n'emporteront qu'ung drap ou une corde et chesne de fer.

^ Des isles où n'y a point de femmes, et comme , quand les habitans du pays sont fort vieulx et ennuyé^ de vivre, on les boute dedans un g grand tonneau de malvoysie doulce comme succre, et là meurent doulcement , et comme, après qu'ils sont morts, Von en refaict d'aultres jeunes gens.

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