‹ Le disciple de Pantagruel: precédé d'une noticeChapitre 9 sur 27 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

PRÉS avoir veu toutes ces choses, et que nous pensions bien estre quittes de tous perilz et dangers, nous cheusmes en ung aultre péril plus grand que tous les aultres que nous avons passez, comme vous orez. Car, en passant par la mer des Farouches, qui sont gens veluz comme ratz, et de telle couleur, qui habitent en cavernes au fons de la mer, esquelles ilz se cachent de peur d*estre mouillez quand il pleut en hyver, et en esté de peur de chaleur du soleil; lesqaelz apperceurent Tumbre de nostre navire passer par dessus eux, sortirent en si

— iode trois cens toyses de profond. S'ilz nous eussent prins et vatncuz, je crois qu'ilz nous eussent menez prisonniers en leurs cavernes au fons de la mer, qui nous eust esté fort estrange, pource que nous n'avons point accoustumé ny aprins à boyre eaue salée; touiesfois, grâce à Dieu, et au moyen de nostre vaillance, qui n'est pas petite, nous eschapasmes, et esperantz tousjours trouver quelque bonne fortune, ce que nous feismes puis après, comme vous orez.

P^' Comment en une isle Hy a des gens que l'on nomme AndouiUes,de dou^e pied^ de long.

lesquelles arrachèrent le nej à aulcuns des gens de Bringuenarilles.

NviRON l'heure de menuict, que I nuas pensions estre encor en la ntT d'iceuljt Farouches, le vent LCLis futaggreable que nous vios- HL'S aborder es isles Luquebaralideaux.esquelles habitent les Andouilles, qui sont grandes environ de douze piedz de long et de haulieur, et ont des dentz moulte trenchantes et aguës, et vont par grands trouppes parmy ycelles ystes, comme grues ou moutons. Et

d'abordée qu'elles nous veirent descendre hors de nostre nef, elles vindrent contre nous par moult grande impétuosité, saultant en Taer comme mytaines; en sorte qu'elles arrachèrent les nez d'aulcuns de mes gens, à cause que elles ne les pouvoient pas prendre par les oreilles ny par les cheveux, pource qu'ilz n'en avoient point, au moyen dequoy ilz demeurèrent tous camus, dont ilz estoient fort honteux. Toute sfoys nous prismes grand couraige; à grands coups d'espées à deux mains nous les tranchions à travers du corps, pource qu'elles n'avoient nulz os, et les mismes tous en fuyte, sinon celles que nous tuasmes : car elles demeurèrent mortes, et, n'eust esté ung gros fleuve de moustarde, qui vient d'une fontaine, laquelle sourd de dessoubs ung rocher de pierre grise de la couleur de moustarde, la plus forte que jamais homme gouslast, lequel fleuve court par le millieu et tout à travers d'icelles isles, nous les eussions mises toutes à mort; mais elles se jectcrent dedans iceluy fleuve, duquel elles ont accoustumé de boyre, et nouèrent oultre.

Aulcuns de mes gens se jecterent après pour les suyvir, et principalement ceulx à qui elles avoient arraché le nez, car ilz estoient fort animez contre elles; mais, pource qu'icelluy fleuve est de moustarde la plus forte que je vy jamais, et qu'elle leur entroit en nouant dedans les trouz des narrines, ilz furent contrainctz de soy retirer, pource qu'ilz ne pouvoient souffrir ny en-

durer la force de la mousUrde dudtct fleuve, et qu'ilz avoient les nez de nouveau arraches.

^•^ Comment Panurge commanda que Fon recueillisi îesdictes AndouilUs qui avoient esté couppées, pour mettre en sa navire pour nourrir et substanler ses gens.

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