M. DE COURCELLES, ALPHONSE
M . DE COURCELLES
Ah! te voilà, Alphonse ! j'étais sûr de te trouver ici !
ALPHONSE
Je ne fais que d’arriver.
~ M. DE COURCELLES
Au petit jour, moi, j’étais sur pied : c’est un plaisir si vif que celui de la chasse! et puis on a une vieille réputation à soutenir I j'ai toujours ! passé pour un des meilleurs chasseurs du parquet, | et je tiens à honneur de ne pas déchoir.
ALPHONSE
Mais vous êtes encore fort adroit.
m. de courcelles, avec bonhomie.
Oh ! ce n'est pas l’adresse qui me manque! ( A part en allant déposer son fusil.) Et pourtant je ne peux pas l’attraper, cediable de... {Revenant à Alphonse.) Mais la vue n’est plus ce qu'elle était; l'œil se fatigue à lire des dossiers indéchiffrables, et la justice finit par y voir trouble.
ALPHONSE
On n’est pas procureur du roi pour son plaisir. 1
M. DE COURCELLES
Ni. pour celui des autres ; mais enfin c’est une carrière... nous avons en perspective la cour de cassation et la Légion-d’IIonncur, et un ruban rouge fait toujours bien sur un habit noir.
ALPHONSE
Ohl la croix vous tombera d'un moment à l'au- ; tre...
M DE C0URCRLLES.
Tout en chassant ce matin, je me suis eucore occupé de ce diable de discours de rentrée I
ALPHONSE
Eh bien ?
M. DE COURCELLES
Je suis dans mes jours de malheur!
Alt : De sommeiller encor, ma chère.
A mon discours dès que je fiensr,
J'aperçois un lièvre qui part.
Surpris par ccttc circonstance.
J'ajuste et je tire au hasard.
Eu agissant de cette sorte.
Je manque tout, perdrix et plaidoyer.
Et tour à tour le veut emporte Mon éloquence et mon gibier.
ALPHONSE
A votre place, je nie renfermerais dans mon cabinet une journée entière s'il le fallait.
H. OE COURCELLES
J’en ai essayé, cela ne m’a pas réussi; je n’ai pas d'idées quand je suis seul ; il me faut le grand air, la société... avec ma femme, j’en ai beaucoup! {Il s'est débanassé de sou attirail de chasse.) A propos, je ne suis pas fâché que nous soyons seuls; j’ai à causer avec toi.
ALPHONSE
Avec moi!
M. DE COURCELLES
Ouï, et sérieusement.
C’est une plaisanterie.
M. DE COURCELLES
Tu as vingt-cinq ans, avec l'éducation que tu as reçue, tu trouveras facilement à te caser. Mais avant tout, mon ami, il faut renoncer à la vie de garçon. Un homme marié offre plus de garanties à la société : le mariage, c’est un cautionnement moral. M mc Ducray, cette bonne vieille M** Ducray, ta tante et celle de ma femme, veut avant de mourir te voir établi. Elle t'a trouvé un excellent parti : bonne famille, belle fortune, la jeune fille très-bien élevée... deux cent mille francs de dot I
ALPHONSE
Et vous croyez que cela me lente?
M. DE COURCELLES
On te trouvera une belle place.
ALPHONSE
Je n’en ai pas besoin.
M. DE COURCELLES
Raison de plus : il n’y a que ceux qui n’en ont pas besoin qui en obtiennent.
ALPHONSE
D'ailleurs je ne me sens aucun goût pour le mariage.
H. DE COURCELLES
Tant pis, il faut se marier jeune. C’est un grand avantage de vieillir ensemble, les goûts, les humeurs continuent de s’accorder. Si lu attends trop tard pour le marier, tu seras exposé à bien des chances! Si tu savais comme l'emploi de vieux mari est triste à exercer! Au surplus, tiens, prends; lis la lettre de ta tante , {il la lui donne) et consulte-toi bien avant de ma donner ta réponse.
ALM9M.
Elle sera constamment la même; dans dix ans je ne dis pas... mais voici ma cousine.