‹ Le discours de rentréeChapitre 10 sur 26 · ALPI10:<SE · texte numérisé non relu

ALPI10:<SE

Etqu'a-t-elledonc de si coupable, cette correspondance?

EUGÉNIE

Il faut bien qu'elle le soit, puisque je n'oserai» la montrer à mon mari.

ALPHONSE

Votre mari!... quand j'entends prononcer ce mot-là j'ai de l'humeur pour toute la journée ! et encore, là, tout-à-l'heure, devant moi, vous aviez pour lui des attentions; il ne vous manquait plus que de l'embrasser.

EUGÉNIE

C'est ce que j'aurais fait s'il me l'avait demandé.

Mais vous voulez donc me faire mourir?

EUGÉNIE

Je veux que vous soyez raisonnable, et que vous cessiez de me tourmenter.

ALPHONSE

Pourquoi ne pas dire tout de suite que vous me haïssez, que vous me détestez T

EUGÉNIE

Vous savez bien le contraire,

ALPHONSE

Si je le savais!...

EUGÉNIE

Quand ai-je manqué d'amitié pour vous? Vous seriez fort embarrassé de le dire, et peut-être ai-je à me reprocher de vous avoir témoigné trop d'intérêt.

ALPHONSE

A moi ?

EUGÉNIE

D'avoir eu la faiblesse d'écouter des paroles que je ne devais pas entendre, d'encourager par mon silence des sentimcns que je ne puis partager.

ALPHONSE

Il y a six mois, vous parliez différemment.

Il y a six mois, il entrait dans les projets de ma mère de vous nommer son fils.

ALPHONSE

El vous n'avez pas eu de peine à changer comme elle!

EUGEME.

J'ai dû lui obéir.

ALPHONSE

Et moi, je suis resté fidèle à un amour que vous avez oublié, trahi. ..

EUGÉNIE, avec douceur.

Tenez, mon cousin, je vous en conjure, ne revenons plus sur le passé: il n'est pas en notre pouvoir de rien changer à ce qui existe; des circonstances que vous ne jugeriez pas avec impartialité ont décidé ma famille à accepter ce mariage ; n'oubliez donc plus que votre cousine se nomme maintenant M™^ de Courcelles, et que ce nom lui impose des devoirs.

ALPHONSE

Vous n'étiez pas libre quand vous avez contracté ce mariage; c'est malgré vous que vous avez épousé M. de Courcelles : vous n'avez pas pu lui promettre de l'aimer.

EUGÉNIE

Si.

Eh bien! cette promesse...

EUGÉNIE

Je la tiendrai, monsieur.

ALPHONSE

Mais songez donc que je refuse tous les partis qui me sont offerts.

EUGÉNIE, atec bonté.

Pourquoi?... puisque mon sort est fixcî

ALPHONSE

Pourquoi? parce que je vous aime, parce que je suis sur qu'au fond du cœur vous êtes plus touchée de ma tendresse que vous ne \oulez le paraître.

EUGÉNIE

Oh ! que j'ai donc eu tort d'avoir cédé aux instances de M. de Courcelles 1 car c'est lui qui m'a pressée de vous écrire pour que vous vinssiez passer les vacances avec nous... moi, je m'y étais opposée: je craignais de vous revoir, je tremblais que votre vue ne réveillât en moi des souvenirs. . .

ALPHONSE

Ah î vous ne les avez point oubliés t

EUGÉNIE, atec abandon.

Alphonse, je ne m'appartiens plus, contentezvous de mon amitié.

ALPHONSE

Votre amitié... quand mon amour pour vous est plus violent, plus sincère que jamais !... Ohl non, vous n'avez pu bannir de votre pensée ces jours de noire enfance, où, destinés l'un à l'autre, nous échangions des noms si doux ; où, dans la confiance la plus intime, nous rêvions ensemble un avenir de [)aix et de bonheur... alors vous ne sépariez pas votre existence de la mienne... votre cœur partageait toutes mes espérances ; assise à mes côtés, vous vous unissiez à mes projets, vous en formiez vous-même...

EUGÉNIE, émue, voulant l'arrêter.

Alphonse, mon ami...

ALPHONSE

Ah! que de fois vous Tavez prononcé, ce mot qui m'enivrait des plus douces illusions; que de fois j'ai pressé dans la mienne cette main qui devait un jour m'appartenir ..

EUGÉNIE, encore plus émue.

Ah! taisez-vous, taisez-vous de grâce ',... sil'on vous entendait,.

ALPHONSE

Eh bien ! oui, oui, je me tairai... promettez de m'écoiiter ce soir.

EUGÉNIE

Mais c'est ma perte que vous me demandez!

ALPHONSE

Votre perte! moi qui vous respecte autant que je vous aime 1 qui donnerais ma vie pour vous épargner un chagrin, Eugénie... Eh! ne savezvous pas que le mystère le plus profond enveloppera cette enirevue... qu un secret inviolable, que personne au monde ne puurra soupçonner... (jlyec passion.) Eugfnic...

EUGÉNIE, à demi-vaincue.

Eh bien?

ALPHONSE, la pressant.

Eh bien !...

Au moment où l'on voit qu'elle va dire : J'irai , arrivr M. cle Courcelles.

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