‹ Le discours de rentréeChapitre 19 sur 26 · ALPHONSE, EUGÉNIE · texte numérisé non relu

ALPHONSE, EUGÉNIE

AtPUONSE, riant.

Son testament I...

EUGÉNIE

Croyez-vous maintenant qu'il ne se doute de rien?

ALPHONSE, légèrement.

Certainement, je le crois toujours.

EUGÉNIE

Ah ! que de peines, que de tournions j'éprouve depuis quinze jours que vous êtes ici! Je ne puis faire un pas, dire une parole, sans être inquiète.

ALPHONSE

C'est de l'enfantillage!

EUGÉNIE

Eh bien, Alphonse, c'est plus fort que moi : je ne vis pas, la moindre chose me cause un trouble que je n'ai pas sauvent l'adresse de dissimuler... si M. de Courcelles a de l'humeur, je tremble d'en être cause ; s'il plaisante, je crois qu'il se moque de moi; quand il tarde à rentrer, je m'imagine qu'il est retenu par des gens qui lui parlent de vous, de moi : que sais-je? si au contraire, il rentre plus tôt que je ne l'attendais, je me mets dans la tête qu'il n'a pressé son retour que dans l'intention de me surprendre ; a-t-il une lettre à la main, la lit-il en cachette, oh 1 je me crois perdue, c'est une lettre anonyme!... il y a des mots, des noms, que je ne puis prononcer ni en- Ippdre sans tressaillir... enfin, depuis qu'un jour il ni'a dit que je parlais en rêvant, j'ai iine peur de mon sommeil...

Ah! ces craintes-là me disent que vous m'aimez encore.

EUGÉNIE, effrayée.

jSon, non, je ne vous aime plus, je ne veux plus vous aimer.

Elle va pour sortir.

ALPHONSE

Et OÙ allez-vous ?

EUGÉNIE

Mettre une barrière entre vous et moi, trouver M. de Courcelles, lui ouvrir mon cœur, lui découvrir mes plus secrètes pensées... Grâce au ciel, je puis encore tout lui dire.

ALPHONSE

Qu'allez-vous faire? blesser l'amour-proprc d'un homme que son âge ne rend déjà que trop susceptible.

EUGÉNIE

Il me protégera contre moi-même.

ALPHONSE

Et qu'avez-vous donc à lui dire? Si je suis parvenu à ramener votre pensée vers d'anciens souvenirs; si j'ai cherché à reprendre dans votre cœur la place que j'y occupais, et dont il ne m'avait

pas entièrement chassé, je n'ai fait qu'essayer de ressaisir mes anciens droits... Mais vous, Eugénie, vous n'êtes point responsable de mes actions , vous n'êtes point coupable.

EUGÉNIE, r interrompant.

Et pourquoi donc ne suis-je plus ce que j'étais autrefois? pourquoi mes jours sont-ils tourmentés? pourquoi mes nuits sont-elles sans repos, parce! que vous êtes venu me rappeler les joies, les espérances d'un passé qui ne peut plus revenir? Avant que vous vinssiez ici, j'étais tranquille: si je pensais aux jours de mon enfance, aux plaisirs de ma jeunesse, c'était avec calme et sans effroi; votre image m'apparaissait sans me causer de trouble; votre nom se plaçait sur mes Icvressans que la rougeur vint colorer mon front; ma journée s'écoulait paisible au milieu des plaisirs et des devoirs de ma position; j'accueillais le retour de mon mari avec contentement; ses soins tendres etbienveillans excitaient en moi la plus vive reconnaissance... je l'aimais, oui, Alphonse, je l'aimais» non pas avec cette ardeur irréfléchie qui souvent n'en est que moins durable, mais avec calme, et de cette amitié si tendre que le cœur éprouve pour un homme qu'on révère, qu'on estime; je jouissais avec orgueil du.respect qu'il inspire, de la considération qui l'entoure: j'étais enfin ce qu'on appelle dans le monde une femme heureuse, car toutes mes amies enviaient mon bonheur.

ALPHONSE

Vous voilà bien à plaindre, parce que je vous aime !

EUGÉNIE, vivement.

Alphonse, donnez-moi une preuve de cet amour.

ALPHONSE

Parlez.

EUGÉNIE

Rondez-nioi par votre absence la tranquillité dont je jouissais avant de vous avoir revu.

Mais, ma chère Eugénie, un départ aussi brusque , sans cause apparente , serait de nature à provoquer des soupçons.

EUGÉNIE

Alors ce sera moi qui partirai.

ALPHONSE

Vous!

EUGÉNIE

Moi, je le veux sur-le-champ; c'est un caprice, une fantaisie, une bizarrerie... donnez à nia volonté tous les noms qu'il vous plaira, je ne l'exécuterai pas moins.

Elle sonne.

ALPHONSE , à part.

Allons, allons, ce n'est pas le moment de la contredire, de l'irriter.

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