‹ Le dispensaire de la Caisse des ÉcolesChapitre 13 sur 35 · MIXTE. ARTIFICIEL · texte numérisé non relu

MIXTE. ARTIFICIEL

prennent ou ont pris dans le sein maternel tout ce qu'il est ou a été capable de fournir (Voy. tabl. C, p. 22).

Les observations recueillies à la Consultation avec

soin, et suivies pendant des mois et même des années,

ont été utilisées pour plusieurs travaux sur l'allaitement. La durée de l'allaitement exclusif au sein, chez les

MR Ooue

femmes de la classe ouvrière, a été étudiée par le D' Dunème {1}; les observations qu'il a réunies l'ont amené à conclure que :

« Les 9/10° des femmes qui ne nourrissent pas au sein n’ont aucun motif sérieux pour nourrir leur enfant au biberon ; en réalité, elles laissent passer leur lait par mauvaise volonté, négligence ou

ignorance. | « À Paris, 90 p. 100 des femmes de la classe ouvrière peuvent

allaiter leurs enfants.

« Chez les femmes qui nourrissent, la durée de l'allaitement exclusif au sein n’est malheureusement pas suffisamment longue. Dans un tiers des cas, chez les femmes de la classe ouvrière, comme le démontrent nos statistiques, la sécrétion lactée devient insuffisante avant l'apparition des premières dents, c’est-à-dire du 4e au 6° mois.

« Malgré cette insuffisance relative, il est toujours possible d’éviter le sevrage prématuré et l'allaitement au biberon, en instituant l'allaitement mixte avec le lait stérilisé ».

L’allaitement mixte. — L'étude de l'allaitement mixte, complément du précédent travail, a fourni au D' Georges Voix (2) le sujet d'une monographie très documentée, que nous résumerons dans les quelques lignes suivantes :

«Les multiples indications de l'allaitement mixte se rattachent ‘aux trois causes suivantes :

« 1° Causes d'ordre physiologique. — Insuffisance de sécrétion lactée survenant, soit dès le début de l'allaitement (hypogalactie primaire), soit plus ou moins longtemps avant l’époque normale du sevrage (hypogalactie tardive).8

4) Dunème. Durée de l'allaitement exclusif au sein. Th. de Paris, 1902,

G. Steinheil.

(2) Grorces. Voix L’allaitement mixte. Th. de Paris, 1903, G. Steinheil.

« 2 Causes d'ordre pathologique. — Toutes les maladies qui peuvent atteindre la mère pendant l'allaitement.

« 3° Mécessités sociales. — À. Dans la classe ouvrière : obligation pour la mère-nourrice de travailler au dehors. — B. Dans la classe aisée : convenances mondaines.

« Dans la pratique, l’allaitement mixte est le plus souvent nécessité par l'insuffisance de sécrétion lactée. Dans la classe pauvre comme dans la classe riche, 1/3 au moins des femmes sont physiquement incapables d’allaiter leurs enfants exclusivement au sein jusqu’à l’époque normale du sevrage.

« Il ne nous est pas possible, d’après nos observations, de préconiser, à l'exclusion de l’autre, l’une des deux techniques de l’allaitement mixte, actuellement en usage (allaitement mixte alternatif, allaitement mixte complémentaire).

« La méthode qui consiste à compléter chaque tétée au sein par un biberon contenant la quantité de lait qui manque au sein maternel est à tout point ‘de vue la plus rationnelle, elle est la méthode de choix dans les cas d’hypogalactie primaire; mais nous avons vu que, dans la pratique, il était quelquefois difficile, sinon impossible, de la faire accepter par les mères.

« Si l’on ne considère comme véritables allaitements mixtes que ceux dans lesquels le nourrisson a profité du lait maternel au moins jusqu’à l’époque normale du sevrage, on constate que, dans la pratique, les tentatives du médecin désireux de favoriser l'allaitement maternel ne sont pas toujours suivies de succès. C’est parmi les nourrissons mis à l'allaitement mixte avant l’âge de 3 mois, que les insuccès sont le plus nombreux (1 sur 3 dans notre statistique). La recherche des causes de ces insuccès nous montre qu'ils sont presque toujours imputables à la mauvaise volonté des mères.

«a De la comparaison de notre série d’allaitements mixtes, au nombre de 97 observations, avec une série de 153 observations d’allaitements artificiels placées.exactement dans les mêmes conditions, il résulte que l'allaitement mixte nous donne dés résultats incontestablement supérieurs.

« Loin d’être des écoles d'allaitement artificiel, les Consultations de nourrissons, en conseillant et en dirigeant les mères de bonne

Es

We:

volonté, permettent au contraire, grâce à l'allaitement mixte, d'éviter à un grand nombre de nourrissons les dangers du hiberon ou du sevrage précoce ».

Le lait stérilisé. — En ce qui concerne le lait stérilisé, nous reproduirons les conclusions de la thèse du

Dr Armand Carel (1).

« Nos observations démontrent qu’à Paris l'emploi du lait stérilisé doit être recommandé chez les nourrissons au moment du sevrage. ;

« Dans l'allaitement mixte, il est nettement indiqué, pour remédier à l'insuffisance de la sécrétion lactée chez la mère, de n’utiliser que le lait stérilisé.

« C’est au lait stérilisé que nous devons recourir dans les cas malheureusement trop nombreux, où nous sommes contraints d'accepter l'allaitement artificiel. Si cet allaitement est bien dirigé, avec l’aide du lait stérilisé, il permet de réduire à leur minimum les dangers du biberon.

« Chez les enfants de poids normal et en bonne santé, nourris avec le lait stérilisé, La dentition et la marche s'effectuent dans les conditions normales.

« La mortalité par gastro-entérite est nulle chez les nourrissons convenablement alimentés avec le lait stérilisé.

« Les accidents gastro-intestinaux, toujours subaigus et de peu de durée, doivent être imputés à des fautes commises dans l'allaitement.

« De la comparaison de deux séries d'observations de nourrissons appartenant à des familles de même condition sociale, habitant les mêmes quartiers, et dont les mères ont reçu des conseils identiques, il résulte que 38,1 p. 100 de ceux qui ont reçu du Lait ordinaire (210 obs.), soit au moment du sevrage, soit dans l'allaitement mixte, soit dans l’allaitement artificiel, sont devenus rachitiques ; la pro-

(1) Carec. Le Lait stérilisé. Résultats oblenus par son emploi au moment du sevrage, dans l’allaitement mixte et dans l'allailement artificiel. Th. de Paris,

1903, G. Steinheil.

LRO

portion n’est que de 15 p. 100 chez les nourrissons alimentés avec le lait stérilisé (373 obs.).

« Aucun des 373 nourrissons alimentés avec le lait stérilisé, et

dont nous rapportons les observations, n’a présenté d'accidents pouvant être imputés au scorbut infantile (maladie de Barlow).

Nous nous croyons autorisé à faire nôtre cette conclusion du professeur agrégé Marfan : « Le lait stérilisé avec une bonne méthode et consommé rapidement parait mettre à peu près sûrement à l'abri du scorbut infantile ».

« L'allaitement maternel ou, à son défaut, l’allaitement mixte resteront toujours le traitement préventif par excellence de l’atro-

phie pondérale. Mais lorsque l’atrophie est constituée et que la

sécrétion lactée est tarie chez la mère sans aucun espoir de retour, le lait stérilisé, sans être le médicament spécifique de l’atrophie, possède sur le lait cru ou bouilli une supériorité incontestable et devient notre unique ressource.

Le lait cru. — L’essai du ail cru aseplique, tel que peut le fournir actuellement une ferme modèle des environs de Paris, essai tenté en 1905 et poursuivi pendant une période de 10 mois n’a modifié, ni l'opinion du D' Bresset, ni la nôtre.

Le lait cru a été expérimenté :

4° Dans l’allaitement artificiel..... .... .. 4 fois. 2panslallatementimixte remet . 9 3° Chez des nourrissonsen coursd’ablactation 4

Tout ce que nous pouvons dire, c'est que sans prétendre remplacer le lait stérilisé, le lait cru peut être

distribué sans de trop grandes difficultés matérielles dans

une Consultation de nourrissons.

Quant à ses indications, elles sont de trois ordres, et le lait cru peut trouver son emploi :

ee. pee

4° Chez les prématurés débiles dont les mères n'ont pas assez de lait et ne peuvent procurer à leur enfant le lait d'une nourrice mercenaire ;

20 Dans les cas d’intolérance gastrique dont l’étiologie reste douteuse, le lait cru donne des succès, là où a échoué le lait stérilisé ;

Tasceau D. — Distribution du lait stérilisé.

EE names!

| NOMBRE DE LITRES DISTRIBUTION ANNÉES. er ml T'OTAUX GRATUITE. Le EL 4898:;-: Foie 1.075 281 1.356 480): Re » 14.702 14.702 1000 er eree 545 21.707 22.252 1111, PARAIT 1.251 27.226 28.487 4902 re, 3.515.5 27.790 31 305.5 LEE Te CA 6.056 24.898 30.954 AODE eee. 3.255 22.095 25.350 19057. 3.178 18 440 21.618 TOTAUx 18.875.5 | 157.149 176.024.5

30 Dans les crises de gastro-entérite grave, chez des enfants déjà ablactés en partie, la reprise de l’alimentation donne avec le lait cru, de meilleurs résultats

qu'avec le lait stérilisé.

La distribution du lait. — Depuis 1898 il a été distribué 176,024 litres de lait stérilisé dont 18,879,9

gratuitement (Voy. tab. D, p. 21);

Le lait fourni par le Dispensaire est du lait de bonne marque, stérilisé dans l’industrie aussitôt après la traite, et qui nous a toujours donné entière satisfaction, car la proportion des bouteilles avariées n’a jamais dépassé 4 p. 1000.

Si après un rapide accroissement, les quantités de lait distribuées sont depuis quelques années en diminution notable, cela tient à la multiplication des dépôts de lait « social ou philanthropique », à 4 ou 5 sous le litre, dans tout Paris.

Beaucoup de mères ne venaient à nos consultations que dans l'intention de s’y approvisionner de bon lait - pour leurs nourrissons, et le jour où elles ont pu s’en procurer autant qu'elles en voulaient et à meilleur

marché, sans aucun contrôle et surtout sans être as-.

treintes à la formalité de présenter leur enfant à une consultation, elles se sont empressées d'oublier le chemin du Dispensaire. L'avenir nous dira si, dans la lutte contre la mortalité infantile, la Philanthropie commerciale peut rendre le même service que les OŒEuvres d'assistance de la première enfance, dans lesquelles le médecin occupe une place prépondérante.

Quoi qu'il en soit, la distribution du lait stérilisé au prix coûtant de 0 fr. 30 le litre semble aujourd’hui ne plus remplir le but que se proposaient les puériculteurs et que résumait parfaitement la notice suivante empruntée à l’un des rapports du D" Bresset (1898).

« Le lait stérilisé se vend, dans le commerce, de 0 fr. 60 à O0 :r. 70 le litre, et le lait ordinaire de la plus médiocre qualité se vend 0 fr. 30 dans nos quartiers. Il a été admis, de plus, que les mères nécessiteuses pourraient recevoir gratuitement le lait stérilisé à la condition

de nie té dép

stat il

Lou de 4 and 05 nee du pes ic fi de

2 o0 ie

d'adresser à cet effet une demande à la Mairie, qui après enquête, jugerait du bien ou mal fondé de la demande. Il ne faut pas oublier, en effet, que les-mères de famille nécessiteuses reçoivent du Bureau de Bienfaisance, des secôurs en argent, lorsqu'elles ont un nourrisson, et nous pensons que dans l'esprit de l'Administration, ce secours est destiné à acheter à l'enfant du lait de bonne qualité; c’est ce que nous leur donnons la possibilité de réaliser.

Nous avons jugé indispensable que la distribution fût faite au Dispensaire même, où nous sommes absolument sûrs de toujours donner du lait stérilisé depuis peu de jours, et dont nous pouvons contrôler la qualité. De même par les pesées et l'examen hebdomadaire des nourrissons, nous évitons toute supercherie et nous pouvons nous rendre compte de la façon dont l'enfant est soigné. Nous imposons là, aux mères, une perte de temps, mais l’amour maternel doit, nous l’espérons, leur rendre moins pénible ce fréquent déplacement ».

Ce qui constituait un progrès en 1898, est aujourd'hui suranné. Pour faire profiter les enfants de la classe ouvrière des avantages du lait stérilisé, 1l faut que leurs mères ne le payent pas plus de 20 centimes le litre (1).

Mais, par contre, nous ne pensons pas que la distribution gratuite soit à encourager, sauf dans les cas particuliers de misère profonde et qui relèvent avant tout du Bureau de bienfaisance.

« Ne faites pas de gratuité, a dit Jules Simon, la gra- « tuité ressemble à une aumône et l’on n'apprécie que « ce que l’on paie, mais faites du bon marché et vous « serez dans le vrai ». Il nous a été facile de contrôler cette assertion. Par suite d’une entente (2) entre le Bu-

(4) Dans une note très explicite sur cette question, présentée au Comité d'administration de la Caisse des Ecoles à la fin de l’année 1905, le D: Bresset demandait que le prix du lait stérilisé fût abaissé à 0 fr. 20 le litre. Cette proposition eut entrainé une dépense supplémentaire de 2,000 à 2,500 fr. par an, elle fut rejetée à l'unanimité!

(2) Le mot entente ne doit pas être interprété ici dans un sens très étendu. Cette entente n’existe guère que sur le papier, et le personnel subalterne de

Page 1